Pierre Mignot est bien connu des amateurs de cinéma québécois. Directeur photo émérite, il s'est vu remettre en 2007 le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine de la cinématographie.
Pierre Mignot est également connu des fans de ski de fond pour avoir tourné en 2004 un documentaire sur la Grande Traversée de la Gaspésie en ski de fond.
6 novembre 2007

Pierre Mignot reçoit le prix Albert-Tessier 2007
C'est au directeur de la photographie Pierre Mignot qu'est décerné cette année le prix Albert-Tessier, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine de la cinématographie. Il a mis en images des films qui font partie de l'imaginaire collectif québécois, tels que J. A. Martin, photographe et C.R.A.Z.Y., traduisant avec une rare sensibilité la vision des réalisateurs avec lesquels il tourne.
Pierre Mignot commence à s'intéresser à la photo dès son premier contact avec la pellicule à l'âge de 12 ans. L'adolescent est immédiatement fasciné. Il économise l'argent qu'il gagne comme livreur d'épicerie pour acheter un appareil photo. Il apprend donc sur le tas, avec essais et erreurs, les techniques de l'image. Comme il n'y a pas de cours de photographie au Québec à l'époque, il étudie la technique de réfrigération.
Mignot est appelé un jour pour remplacer à pied levé un photographe de plateau. Il a alors un deuxième coup de foudre : le cinéma. Il va voir Michel Brault qui tourne Entre la mer et l'eau douce et lui demande s'il peut avoir une responsabilité. Durant six mois, il est assistant-monteur. Il décide alors de se lancer dans le métier. Delta Films l'engage. Puis, en 1967, l'Office national du film (ONF) lui propose d'être assistant-caméraman d'un court métrage. Mignot y reste douze ans durant lesquels il passe par tous les métiers touchant la caméra, tant pour des fictions que pour des documentaires. Son premier film en tant que directeur de la photographie date de 1971, une production privée de Marc Daigle s'intitulant C'est ben beau l'amour.
Mignot quitte l'ONF en 1979 pour devenir pigiste. Il a à cette époque une trentaine de films à son actif, presque tous des longs métrages, dont J. A. Martin, photographe, de Jean Beaudin, sorti en 1977. Plus de 50 films se sont ajoutés à cette liste depuis 1979. Entre autres, de 1982 à 1994, Mignot a travaillé sur de nombreuses productions du cinéaste américain Robert Altman, dont Come Back to the Five and Dime, Jimmy Dean et Prêt-à-porter. Mignot préfère les films à petit budget, comme le sont généralement les longs métrages québécois, aux grosses productions de type hollywoodien. C'est notamment pour cette raison qu'il n'a pas voulu faire carrière à Hollywood.
Mignot ne chôme pas au Québec. Il collabore avec une vingtaine d'auteurs, de Robert Favreau (Un dimanche à Kigali) à Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y.), en passant par Gilles Carle (Maria Chapdelaine), Jacques Leduc (La vie fantôme) et Robert Lepage (Nô). Et il reste fidèle à certains, comme Jean Beaudin (Mario, Sans elle), Léa Pool (Anne Trister, À corps perdu, Le papillon bleu, entre autres) et Robert Ménard (dont Une journée en taxi et Cruising Bar).
Pierre Mignot a remporté de nombreux prix. Il a obtenu trois prix Jutra, dont un pour Un dimanche à Kigali en 2007, un pour C.R.A.Z.Y. l'année précédente et un autre pour Le papillon bleu en 2005. Il a été nommé Grand Montréalais de l'avenir en 1983. La Cinémathèque québécoise lui a consacré en 2005 une rétrospective avec une quinzaine de films.
Le prix Albert-Tessier qui est remis à Pierre Mignot met en lumière le travail essentiel du directeur photographique dans la réalisation d'un film et la sensibilité doublée d'humilité qu'exige le métier.
10 novembre 2007

Entre esthétique et émotion
Mario Cloutier
Le credo artistique du directeur photo Pierre Mignot reste simple. Entre esthétique et émotion, cet artiste de l'image cherche la vérité, le sens.
« J'ai toujours essayé de mettre en images la vision du réalisateur. J'essaie de participer au scénario avec la lumière », souligne celui qui vient de recevoir, à 63 ans, le prix Albert-Tessier 2007, la plus haute distinction cinématographique au Québec.
Et sa carrière est loin de décliner. I1 vient de réussir un tour du chapeau en remportant de 2005 à 2007 le Jutra de la meilleure direction photo pour trois films très différents : Le papillon bleu de Léa Pool, C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée et Un dimanche à Kigali, de Robert Favreau.
« Let's go, on continue », lance-t-il à ce sujet. Bon an, mal an, il participe à au moins deux projets et l'artiste en lui souhaite encore faire mieux. Pas par ambition, ni par nostalgie, mais pour le plaisir de dire en images.
J'ai hâte de faire des films avec moins de plans et des séquences plus longues. Ça va revenir, je crois. Je pense à Pacino dans Le parrain, vu de dos. On sent tout le poids du monde sur ses épaules. Sans un mot, tout est dit. À mon avis, il faut revenir à des plans plus signifiants », raconte-t-il.
Son chemin de DOP, comme on dit dans le milieu (Director of photography), est exemplaire à ce sujet. Il a mis en images J.A. Martin, photographe, de Jean Beaudin en 1977. Pierre Mignot est également responsable des réussites visuelles suivantes : Maria Chapdelaine (1983) de Gilles Carie, À corps perdu (1988) de Léa Pool, La vie fantôme (1992) de Jacques Leduc et Nô (1998) de Robert Lepage.
Plus de 100 films
En près de 40 ans de carrière, Pierre Mignot, a agi comme directeur photo dans plus de 100 films. Il vient de terminer Cruising Bar II de Robert Ménard et il espère tourner avec Léa Pool à nouveau en 2008.
Ce qui l'intéresse dans un projet, ce sont les affinités avec l'équipe, la relation qu'il peut avoir avec le cinéaste et la façon d'aborder le sujet. Pour cette raison, il travaille souvent pour des cinéastes avec qui il s'entend bien : Jean Beaudin, Robert Ménard, Léa Pool et Roger Spottiswoode.
Il a aussi tourné neuf fois avec le célèbre cinéaste américain Robert Altman, disparu l'an dernier. En 1982, il avait d'abord relevé le défi technique de Come Back to the Five and Dime, Jimmy Dean, où la caméra devait capter les acteurs à travers des miroirs sans tain.
Suivront d'autres comme Fool for Love (1985) et Prêt-à-porter (1994). Mais Pierre Mignot avoue avoir été déçu, comme bien d'autres ici, quand le grand maître a déclaré quelques mois avant de mourir que ses compatriotes devaient encourager les techniciens américains plutôt que de continuer de tourner des films au Canada....
Hollywood
Mais l'artisan créateur qu'il est, selon ses propres mots, n'est pas du genre à ressasser ses choix de films. Il a, par exemple, travaillé sur The 6th Day en 2000, un film d'action hollywoodien avec Arnold Schwarzenegger.
« Je ne le regrette pas mais je ne le referais pas non plus. J'avais dit non deux fois à Roger Spottiswoode avant d'accepter. Dans le fond, j'aime le cinéma québécois, le cinéma intime et intimiste », avoue-t-il.
Il a joué seulement deux fois au cinéaste : un court métrage et un film pour la télévision, Blue la magnifique (1989) avec Denise Filiatrault et Geneviève Rioux.
« Parfois les réalisateurs passent cinq ans sans tourner. Je ne le pourrais pas, dit-il. En plus, je n'ai pas le bagout pour aller défendre un film pendant six mois. Puis, l'apport créatif que j'ai dans un film me suffit. Un scénario de film, c'est comme un opéra. L'acteur est le chanteur. Le réalisateur, le chef d'orchestre et le directeur photo, le premier violon. » Un scénario de film, c'est comme un opéra. L'acteur est le chanteur. Le réalisateur, le chef d'orchestre et le directeur photo, le premier violon.
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