Jeux olympiques de Tokyo

Le plaisir d’être au service de son leader

Montréal, 2 juillet 2021 – Les cyclistes Karol-Ann Canuel et Hugo Houle font partie du peloton international depuis une dizaine d’années. À eux deux, leur nombre de victoires se compte sur les doigts d’une main.

Qu’importe, là où ils font une différence n’apparaît pas à leur palmarès sportif et c’est avec une fierté bien sentie que les deux membres de l’équipe canadienne des Jeux olympiques de Tokyo ont expliqué dans une entrevue conjointe pourquoi ils aiment jouer ce rôle et comment ils en tirent une satisfaction.

Quel plan de match à Tokyo ?
Les Jeux de Tokyo seront les deuxièmes Jeux olympiques de Karol-Ann Canuel et Hugo Houle, eux qui étaient tous les deux à Rio, en 2016. Si la tactique de l’équipe canadienne masculine est déjà connue, celle à l’épreuve féminine n’a pas encore été déterminée.

Houle et le dernier cycliste qui reste à être nommé dans l’équipe olympique canadienne travailleront pour l’Ontarien Michael Woods, leader désigné de la formation. Houle l’avait d’ailleurs aidé dans sa conquête de la médaille de bronze aux Championnats du monde d’Innsbruck, en 2018.

« C’est une motivation supplémentaire de savoir que mon soutien peut l’aider à atteindre la plus haute marche du podium. […] On a une belle chance de médaille et ça ne se présente pas souvent », affirme-t-il avec confiance.

Chez les femmes, la décision n’a pas été arrêtée à savoir qui, de Karol-Ann Canuel ou de la Manitobaine Leah Kirchmann, sera la meneuse de l’équipe canadienne. Chose certaine, cette formation réduite ne sera pas un obstacle, croit la Gatinoise. « Je pense que nous avons de belles cartes à jouer ensemble. »

Canuel confirme aussi que la course en ligne olympique sera l’objectif principal de la saison pour les meilleures du peloton féminin, ce qui n’est pas forcément le cas chez les hommes.

« Du côté féminin, nous n’avons pas nécessairement de grands tours, alors les Jeux olympiques ont vraiment une place spéciale. Je parle avec d’autres femmes dans le peloton et les Jeux, c’est juste ce dont on parle. »

Un sport individuel en équipe
Qu’on les appelle lieutenants, domestiques ou gregarios, les équipiers d’un leader d’une équipe cycliste sont un rouage important pour remporter une épreuve, particulièrement celles disputées par étapes. Le cyclisme sur route n’est pas à proprement parler un sport d’équipe traditionnel, mais comme le veut l’expression, il a la particularité d’être un sport individuel qui se pratique en équipe.

« L’équipe est toujours à la recherche d’une victoire et en plus, je sais que les filles peuvent gagner, alors me sacrifier pour le résultat, c’est quand même assez facile à faire », mentionne Karol-Ann Canuel, équipière de longue date de la Néerlandaise et championne du monde en titre Anna Van der Breggen chez SD Worx.

Le printemps dernier, la championne canadienne a roulé fort en avant du peloton à la Flèche wallonne (Belgique) pour revenir sur l’échappée avant l’ascension finale du Mur de Huy. Un travail qui en dit bien plus que sa 41e place obtenue à cette course, car elle a notamment permis à Van der Breggen de signer une septième victoire consécutive à cette prestigieuse épreuve.

C’est en partie pour ses qualités de coéquipiers qu’Hugo Houle a quitté l’équipe AG2R-La Mondiale afin de se joindre à Astana-Premier Tech en 2018.

L’athlète de Sainte-Perpétue a rapidement pu gagner la confiance de ses leaders et les succès de ceux-ci ont rayonné sur tout le groupe.

« Lorsqu’on te donne une mission ou un rôle précis, que tu réussis à l’accomplir et qu’en plus l’équipe finit avec la victoire, c’est très satisfaisant ! Au Critérium du Dauphiné 2019, quand Jakob Fuglsang avait gagné, il y avait tout un esprit de groupe qui s’était créé. Tout le monde devient meilleur quand notre leader performe. »

Les deux Québécois ont rarement changé d’équipe durant leur carrière professionnelle, signe que leur travail est reconnu et apprécié dans le milieu.

Sur papier, se dévouer pour son leader semble être une tâche simple. La réalité peut-être bien différente croit Houle. « Il y a souvent certains intérêts personnels qui ont envie de passer en avant de ceux de l’équipe. Il faut que le management de l’équipe soit très habile pour bien nous mettre ensemble afin d’atteindre nos objectifs. »

La gestion des egos est aussi la partie « la plus complexe et difficile à maîtriser » dans une équipe, avance-t-il avec le sourire. « Un leader n’est rien sans son équipe et une équipe n’est rien sans son leader. »

« Des fois, je me demande comment ils font (les directeurs sportifs), mais j’ai l’impression que tout le monde a eu sa chance dans l’équipe », s’empresse d’ajouter Canuel aux propos de son compatriote. « C’est ce qui fait que nous avons une équipe vraiment forte. »

De l’aide, pas juste pendant la course
Revenir sur les échappées, protéger son leader du vent, aller chercher des bidons ou un imperméable, ces tâches font partie du quotidien des deux Québécois. Et à cela s’ajoute un point supplémentaire primordial selon Houle.

« L’aspect psychologique des leaders est souvent sous-estimé, comme tout le stress et la pression qui reposent sur eux au Tour de France. Oui, il y a les coureurs, mais il y a aussi tout le staff et les gens qui dépendent de cette performance-là. Ils ont énormément de pression sur leurs épaules. (Mon rôle), c’est aussi d’être capable de les relaxer et de les mettre en confiance, parce qu’ils ont déjà assez. »

Moins de pression se traduit aussi par plus de plaisir.

« Voir son leader souriant, qui vient te taper sur l’épaule (après une course) et qui te dit : « Une chance que tu étais là aujourd’hui, parce que sinon, nous aurions été dans le trouble », c’est la plus belle récompense. »

« (Mes coéquipières), ce ne sont pas juste des leaders. Elles sont rendues des amies. Veut, veut pas, nous avons créé des liens », renchérit Canuel.

La course sur route masculine sera disputée le 24 juillet, tandis que celle des femmes suivra le lendemain. Les deux épreuves contre-la-montre auront lieu le 28 juillet, toujours au Fuji International Speedway.

Rédaction : Mathieu Laberge

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