
Athlète Sportcom de la semaine
Montréal, 30 août 2013 – L’adjectif « incroyable » est couramment utilisé dans le vocabulaire pour décrire les performances sportives. Trop utilisé diront certains. Toutefois, ce mot n’est certainement pas exagéré lorsque vient le temps de décrire le chemin parcouru par la paracycliste Marie-Ève Croteau, double médaillée d’argent à la dernière Coupe du monde sur route de Matane et Athlète Sportcom de la semaine du 26 août.
« Au mois de janvier, je ne marchais pas. J’ai dû apprendre à marcher une deuxième fois. Juste de remonter sur mon vélo, c’était un grand bonheur. Par contre, je savais aussi que j’avais des croûtes à manger pour revenir à la compétition » lance d’emblée celle qui aurait eu toutes les raisons pour abandonner son programme strict de réadaptation.
« (Après les courses de Matane), mon entraîneur Éric Van den Eynde m’a rappelée que lorsqu’il était venu me voir au centre de réadaptation, en janvier dernier, j’étais en sueur après avoir fait seulement un pas. Huit mois plus tard, j’ai maintenu une vitesse moyenne de plus de 32 km/h au contre-la-montre », ajoute avec une fierté bien sentie celle qui a raconté son parcours des derniers mois dans les moindres détails.
Une longue pente descendante
Juillet 2012. Nous sommes à quelques semaines des Jeux paralympiques de Londres où Marie-Ève Croteau sera une des prétendantes au podium et elle a même fait un stage d’entraînement où elle a roulé sur le parcours de Jeux. À la course en ligne de la Coupe du monde de Baie-Comeau, Marie-Ève chute. Quelques semaines avant, elle avait commencé à ressentir des maux de tête et des maux de cœur.
« Tout s’est emboîté et à mon retour à Québec je n’ai pas pu recommencer à travailler tout juste avant les Jeux à cause de trous de mémoire. Sur le vélo, c’était pénible et mes pulsations cardiaques étaient au maximum. J’avais comme la tête dans un étau. »
Le moment n’aurait pu être plus mal choisi. Espérant que son état de santé s’améliore rapidement, elle met tout de même le cap sur la capitale britannique. Le voyage aggrave sa condition. Elle est à Londres pour les Jeux, mais ne prendra pas le départ.
« Au moindre effort, les maux de tête recommençaient et je n’ai pas pu participer aux courses. J’ai passé les Jeux avec des écouteurs sur les oreilles, car le bruit me donnait mal à la tête. En revenant à Québec, j’ai eu des vertiges et des pertes d’équilibre. »
Son état de santé s’aggrave, elle est confinée à un fauteuil roulant et elle commence sa réadaptation en octobre. Elle connaît la musique, elle qui a fréquenté le même centre, il y a quelques années, afin de se remettre sur pied.
« Je ne pensais me retrouver là pour une deuxième fois dans ma vie. Je ne suis pas le genre de fille qui se décourage et je peux trouver le côté positif, sauf que je ne suis pas surhumaine non plus. Une journée, après des tests, on a calculé que ma jambe droite avait perdu 75% de sa force. On m’a aussi mentionné que je pourrais perdre mon permis de conduire. Ça m’a rentré dedans, car je voyais que je deviendrais dépendante de mes parents et de mes amis. Disons qu’à un moment donné, je me demandais bien ce que j’avais fait au Bon Dieu pour mériter ça! »
Pendant que ses adversaires poursuivaient leurs entraînements et compétitions, Marie-Ève voulait plutôt retrouver ses béquilles canadiennes et marcher normalement.
Les vertus de la patience
Marie-Ève s’en confesse : elle n’a pas toujours été la patiente idéale pour les spécialistes de la santé. Pressée de retrouver son état normal, elle ne suivait pas toujours les directives. Voulant mettre toutes les chances de son côté, elle a cette fois suivi à la lettre les conseils. Lentement, mais sûrement, les maux de tête se sont dissipés.
« C’était au jour le jour et ça n’avançait pas assez vite à mon goût. J’ai rechargé mes batteries de persévérance et j’ai commencé à voir des changements positifs. »
Au printemps, elle reçoit une invitation à un camp d’entraînement de l’équipe nationale, même si elle fait davantage des balades à vélo que des entraînements. À sa grande surprise, elle réussit les standards de l’équipe.
Cette éclaircie est toutefois assombrie par une plaie à une main qui s’infecte et qui force Marie-Ève à se faire opérer.
« Le pire ennemi d’une plaie, c’est la sueur », l’informe la chirurgienne.
Pas l’idéal pour un athlète de haut niveau, sauf que Marie-Ève tempère une fois de plus ses ardeurs et suit sagement les consignes du médecin. À peine cinq semaines plus tard, elle est de retour en selle, cette fois avec le maillot de l’équipe nationale sur le dos et elle remporte deux médailles d’argent à la Coupe du monde de Matane.
« Ma plus grande fierté, c’est le sprint de la course sur route. L’Australienne m’a coupée dans le dernier virage. J’ai repris mon équilibre et à 300 mètres de l’arrivée, je suis partie comme une fusée pour la rattraper. Il a fallu la photo-finish pour déterminer la gagnante. J’ai fini deuxième, sauf que pour moi, c’est une médaille d’or. »
Et deux jours à peine après cette entrevue, Marie-Ève était sacrée vice-championne du monde au contre-la-montre des mondiaux de Baie-Comeau. Oui, elle est bien de retour!
Rédaction : Mathieu Laberge
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