Laury Milette


Nadiya Linde-Elmhirst, Laury Milette championne canadienne du critérium et Kaitlyn Rauwerda
photo : Rob Jones, Canadian Cyclist. Tous droits réservés

L'or, enfin !

Je ne vous ai pas donné beaucoup de nouvelles dernièrement.

Si je suis honnête, mes performances durant la première moitié de la saison ne m’ont pas vraiment donné envie d’écrire. J’avais constamment l’impression d’essayer de garder la tête hors de l’eau et avant même que je m’en rende compte, les mois avaient filé.

Maintenant que les Championnats canadiens sont derrière moi, avec un nouveau titre en poche, j’ai enfin trouvé la motivation de revenir sur les derniers mois et de vous raconter ce qu’ils ont vraiment été.

Il y a quand même beaucoup de positif à retenir de cette première partie de la saison. Mais je dois aussi être honnête avec moi-même : j’abordais ma saison européenne avec des attentes plus élevées et je ne suis pas entièrement satisfaite de la façon dont les choses se sont déroulées. Les Championnats canadiens m’ont donné le regain de confiance dont j’avais besoin et je pense que c’est le bon moment pour tourner la page et me tourner vers la deuxième moitié de la saison.

Off camera
Je suis restée plutôt discrète au sujet de mes courses cette année. La vérité, c’est que j’ai traversé un hiver difficile et que mes performances n’ont pas été à la hauteur de mes attentes dans la plupart des courses. Je pense que c’est normal de ne pas toujours avoir envie de parler des choses dont on n’est pas fier. J’avais surtout besoin de passer à autre chose, sans regarder en arrière. Écrire à ce sujet m’aurait forcée à revivre des émotions que je n’étais tout simplement pas prête à affronter.

C’était déjà assez difficile de continuer à partager des moments de mon quotidien sur les réseaux sociaux. C’était tout ce pour quoi j’avais l’énergie. Je ne me sentais pas légitime de donner des conseils ou de parler de ce qui fait de moi une bonne athlète alors que je n’obtenais pas les résultats que j’attendais de moi-même. Derrière les belles photos que je partage, il y a aussi des journées plus difficiles, des doutes et des moments où les choses ne se passent tout simplement pas comme prévu.

Pendant les premiers mois de la saison, je rentrais de chaque course complètement abattue. Mes performances m’affectaient profondément, au point où mon conjoint Carson a commencé à s’inquiéter pour ma santé mentale. Physiquement, ce n’était pas beaucoup plus simple. J’ai traîné une douleur aux hanches pendant plusieurs semaines. J’ai changé la longueur de mes manivelles, passé plus de temps à activer mon corps avant chaque sortie, travaillé mon renforcement et essayé tout ce qui me venait en tête. Finalement, c’est en changeant la selle que j’utilisais depuis des années que le problème s’est réglé… mais entre-temps, j’avais perdu un temps précieux dans ma préparation.

Puis est venue une chute en Espagne, au début du mois de mars, qui m’a causé une légère commotion cérébrale. Ce temps d’arrêt était probablement nécessaire pour repartir sur de bonnes bases, mais l’accumulation de tout ça a eu un impact important sur ma confiance et sur ma forme physique. Les choses étaient bien différentes de l’an dernier, et c’était difficile d’accepter que tout le travail, les sacrifices et les efforts investis ne se reflètent pas dans mes résultats.

Je me suis toujours considérée comme une personne résiliente, et je pense que c’est l’une des qualités qui fait de moi une meilleure athlète.

Quand on est une athlète qui choisit de construire sa vie loin de chez soi, le sens de cette aventure dépasse largement les résultats. Je me bats pour la vie que j’ai bâtie en France. Je me bats pour les personnes qui ont cru en moi et qui ont investi en moi pour me permettre de poursuivre ce rêve de l’autre côté de l’océan. Je me bats parce que je ne peux pas voir ma famille aussi souvent que je le voudrais, et parce que je veux que tous ces sacrifices aient un sens.

Je me bats parce que j’ai dû m’adapter à une culture différente, apprendre à être à l’aise dans l’inconfort et grandir à travers les défis. Je veux continuer à évoluer dans des environnements où je sais que je peux devenir l’athlète que j’aspire à être. Je ne pense pas que mon désir de gagner vienne seulement de mon esprit compétitif. Je veux gagner parce que j’aime la personne que cette aventure m’a permis de devenir, et pour rendre hommage à toutes les personnes qui m’ont soutenue en chemin.

Mais porter tout ce poids à chaque départ finit par devenir lourd. Quand autant de choses sont liées à un résultat, une contre-performance prend une ampleur bien plus grande qu’elle ne le devrait. Après des années à vivre avec cette pression, on finit par se poser des questions difficiles.

J’ai dû ajuster certains aspects de ma préparation, m’ouvrir davantage avec ma préparatrice mentale et aborder mes objectifs différemment. J’ai dû me rappeler que la progression n’est pas toujours linéaire et que, parfois, le succès arrive au moment où l’on arrête d’essayer de tout contrôler.

Et c’est exactement ce qui s’est passé.


Laury Milette l’emporte
photo : Rob Jones, Canadian Cyclist. Tous droits réservés

Mon premier titre national
Course sur route

Le week-end des Championnats canadiens est toujours différent. Cette année, la pression était particulière. Habituellement, je rentre d’Europe plus tôt pour avoir le temps de bien préparer le parcours exigeant de la course sur route. Cette fois, je suis restée plus longtemps en Europe et, comme mes courses précédentes ne m’avaient pas vraiment mise en confiance, je suis arrivée avec beaucoup plus d’incertitudes qu’à l’habitude. Je n’étais pas à mon meilleur physiquement et, mentalement, j’avais davantage de doutes que de confiance. Les Championnats canadiens me mettent toujours dans un état d’esprit particulier. Peut-être parce que je sais que j’ai une chance de gagner mais aussi parce que l’idée de la laisser passer me fait peur.

J’ai dû me battre jusqu’au bout pour rester dans la course au titre. Je n’avais pas les meilleures jambes, alors j’ai dû faire preuve de patience et courir de façon plus conservatrice. J’ai même été décrochée du groupe de tête de huit coureuses dans la montée qui ramenait vers le circuit, avant de réussir à rentrer avec quelques autres filles.

Je faisais confiance à mon sprint, mais j’ai probablement été un peu trop impatiente. Je l’ai lancé à 300 mètres de l’arrivée et j’ai vu les autres me dépasser une à une. J’ai franchi la ligne en cinquième position. Pendant quelques instants, j’y ai vraiment cru. J’ai vu la ligne d’arrivée, personne devant moi, et je me suis imaginée gagner. Évidemment, c’était décevant de voir cette possibilité s’envoler, mais avec le recul, compte tenu des sensations que j’avais ce jour-là, une cinquième place était un résultat logique. Et surtout, ça voulait dire que je n’avais plus rien à perdre avant le critérium.

Critérium

Être offensives faisait partie de notre plan de course, même si on s’était aussi dit qu’il faudrait faire preuve de patience. Finalement, on ne l’a pas vraiment été. Après quelques attaques, je me suis retrouvée à l’avant avec deux autres coureuses alors qu’il restait encore la moitié de la course. Avec toutes les favorites derrière, je ne pensais pas forcément qu’on irait jusqu’au bout. Mais personne ne semblait vouloir prendre les choses en main dans le peloton. L’écart s’est maintenu et, tout à coup, je me suis retrouvée à sprinter pour un titre national.

Franchir la ligne d’arrivée en première position, devant ma famille et Carson, a été un moment incroyablement spécial. J’ai ressenti énormément de gratitude envers mes partenaires, mon équipe, ma communauté et toutes les personnes qui m’ont soutenue, même dans les moments les plus difficiles.

Mais ce n’était pas le titre que je visais. Et peut-être que c’est correct comme ça. Je n’ai pas obtenu le résultat que je poursuivais depuis le début de la saison, mais j’ai retrouvé quelque chose d’encore plus important : la preuve que l’athlète que je croyais avoir perdue était toujours là. Et surtout, que la saison est loin d’être terminée.


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