Jean-Michel Lachance
photo affichée sur Instagram par Jean-Michel Lachance

Michel, pourquoi viens-tu soufrir au Guatemala ?

par Jean-Michel Lachance

"Michel, ¿por qué vienes a sufrir a Guatemala?"

C’est la question que Manuel Rodas m’a lancée en pleine 4e étape. Sur le coup je n’avais pas de réponse. Mais avec le recul, c’est simple : j’adore ça. J’aime ces courses dures, authentiques, qui te poussent au bout de toi-même.

Il y a trois ans, j’étais arrivé ici avec 48h de préavis, sortant de l’hiver québécois avec une forme de Zwift pour affronter les meilleurs grimpeurs sud-américains. Cette année, c’était différent. J'avais trois semaines d’endurance au Mexique dans les jambes et j’étais déjà sur place. Après avoir partagé un Airbnb avec l'équipe d’Alejandro Padilla au Belize, l’invitation pour son équipe de développement, Quici - El Trapiche, est venue naturellement. Pas de billet de retour, un vélo qui fonctionne et une météo bien meilleure qu’à la maison... je n’ai pas été difficile à convaincre.

Après une entame marquée par le choc thermique, la suite de cette Vuelta Bantrab a été un véritable test nerveux et physiologique.

Étape 2 : San Rafael Pie de la Cuesta (L'enjeu de l'eau)
Les sensations reviennent ! Avec l'acclimatation à la chaleur de la première étape et une attention de chaque instant au refroidissement, les jambes sont au rendez-vous sur les 2000 m de D+.

En course 2.2, j'utilise presque toujours les profils de dénivelé sur mon compteur pour anticiper mes ravitaillements et gérer les efforts. À 20 km du sommet, je descends à la voiture chercher 4 bidons (2 pour moi, 2 pour l'équipe). Malheureusement, j'en perds un en route plus tard. Rationnement forcé. À 10 km du final, plus d'eau pour me refroidir : je commence à décrocher. Un commissaire me dépanne, mais il est trop tard et entre la relance, un ralentissement dans la caravane et un déraillement de chaîne, je perds le contact. Je perds 6 minutes sur le groupe de tête, mais la satisfaction d'avoir quand même bien répondu à l'étape qui me convenait le moins sur papier

Étape 3 : Le critérium de Xela
Retour à 2300 m d'altitude après une nuit à l'hôtel Victoria. Le circuit urbain près de l'aéroport est d'une technicité redoutable : descentes à 80 km/h suivies de virages à 180° et de bosses "punchy". Un profil qui ne pardonne pas.

Après un début de course où je me sentais confortable, la sentence tombe à 4 tours de la fin : la panne de jambes Sous-alimentation probable. Si le cardio et les jambes tenaient encore le coup en mode "tempo", mes muscles endoloris ne répondaient plus pour sortir les 400 W+ nécessaires aux relances explosives. J'ai complété l'étape en pensant déjà aux prochaines étapes.

Étape 4 : L'ascension de l'Alaska
L'étape reine : un départ de Xela vers Patzicía en passant par le sommet "Alaska" culminant à plus de 3000 m. Mon objectif était de basculer le sommet avec le groupe de tête et battre mon PR de la Vuelta 2015 (293 W) en visant 310 W, ce qui selon moi serait suffisant pour suivre le premier peloton. À cette altitude, 300 W correspondent à environ 350-365 W au niveau de la mer, pour un effort de 45 minutes.

En début de course, distrait par la perte de signal de mon capteur de puissance, je cours aux sensations. Malgré de bonnes jambes dans le circuit initial, un estomac barbouillé au petit-déjeuner me coûte mon focus. Je lâche prise au tiers de la montée, reprends d'autres lâchés et termine l'étape tranquille dans un gruppetto.

Étape 5 : Guatemala City
J'ai tenté quelques sorties, mais la dynamique de course était compliquée. Un circuit final rapide. De ma perception, le parcours était peu propice aux échappées avec 2 virages à 180 degrés, je me suis donc éventuellement résigné au sprint massif. Finalement, un groupe s'est détaché à 4 tours et pensant que le peloton reviendrait, je n'ai pas essayé de les rejoindre bien que positionné aux avant-postes et à l'aise. Curieusement le rythme des derniers tours n'était pas du tout suffisant pour revenir. Vu le virage à 180° situé à seulement 500 m de la ligne, j'ai choisi la prudence pour finir tranquillement au cœur du peloton plutôt que de risquer une chute pour une 5e place.

Le bilan du Tour
Un sentiment mitigé. Si la préparation en altitude avec la famille Sisimith et mon ami Cory Wallace était solide, plusieurs facteurs ont pesé :>
- La chaleur : Complètement sous-estimée.>
- La nutrition : Cruciale sur des profils aussi explosifs.>
- La fraîcheur musculaire : Mon éternelle "épée de Damoclès". Malgré le travail de notre excellent massothérapeute, il m'aurait fallu quelques traitements de décharge en amont pour retrouver une vraie fraîcheur.

Remerciements
Rien de tout cela ne serait possible sans un soutien solide.
Merci à : . L'encadrement : Les Frères Padilla (Alejandro et Julio), Goretti (mécanique), Abel (massages), Goyo (logistique), Kenneth (photos) et Daniel Quicibal (directeur et sponsor) pour la confiance.
. Partenaires : Vêtements Quici, Le Restaurant El Trapiche et Fuel Nutrition.
. Soutien local : La famille Sisimith pour l'accueil incroyable à Tecpán et les frères Padillas
. Mes coéquipiers : Merci pour le travail et la camaraderie sur la route : Rodrigo Gocoilea, Axel Cantoral, Diego Roca et Henry Huinac.


Page mise en ligne par

Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive
également susceptible de vous intéresser :

nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d´autre ?

veloptimum.net

.

.

.