Zola à vélo

par Jean-François Nadeau

« En 1893, Émile Zola estime que « la bicyclette a un rôle social ». L’écrivain constate que le monde qui l’entoure manque de joie. Se démener à pédaler, il éprouve très vite que cela contribue à faire agir autant que sourire. Zola, dit-il, ne s’est jamais senti si bien qu’après une sortie à vélo. Cette fine mécanique lui permet d’expérimenter la notion d’équilibre.

À plus de cinquante ans, imaginez, l’écrivain s’est décidé à apprendre à pédaler!

Tenir en équilibre, ce n’est pas si simple. Zola prend le risque de tomber. Mais il est convaincu que la bicyclette, avant dix ans, « on ne la considérera plus comme un instrument de sport ou de plaisir », mais comme une nécessité. Au même titre que le cheval. Alors, il pousse sur les pédales. Comme de raison, il tombe. Il se relève. Et il recommence.

À l’époque, les nouveaux adeptes du vélo, on ne sait même pas comment les nommer. L’engin lui-même, en français, se veut d’abord masculin. On dit volontiers «le» bicyclette.

Certains suggèrent des mots nouveaux pour parler des cyclistes. Pour les femmes en particulier, divers mots sont suggérés, notamment véloceuse, pédalette et cyclettiste. Le verbe cycler apparaît. Je cycle, tu cycles, nous cyclons…

On trouve aussi bicycletter. Je bicyclette, elles bicyclettent.

Zola n’est pas le seul grand esprit de son temps à découvrir les bénéfices de l’activité physique. Léon Tolstoï est fou de vélo. Jules Renard aussi. Personne ne se serait étonné de voir le nouveau maire de Paris monté sur un de ces engins.

À vélo, Guy de Maupassant montre ses jambes d’acier, lui qui aime aussi s’entraîner en levant quotidiennement des poids. Même âgé, Victor Hugo se passionne à sa façon pour la bicyclette. Son secrétaire particulier devient d’ailleurs un des fondateurs d’un des premiers imprimés consacrés au vélo. À l’âge de 83 ans, le compositeur Giuseppe Verdi achète sa carte de membre d’un club cycliste.

Emile Zola pratique la bicyclette tous les jours. Même sous la pluie. Il y trouve l’énergie, le sourire, l’enchantement. Il se montre souriant, comme le raconte Zola à bicyclette. Ce livre de Jean-Paul Vespini cerne cette passion méconnue de Zola. Il révèle du même coup à quel point notre équilibre tient parfois à la simple volonté de bouger, d’agir, d’avancer, même si cela ne suffit pas, parfois, à tout changer comme on le souhaiterait. Un Gabriel Nadeau-Dubois a beaucoup pédalé. Hélas, il n’aura pas su trouver l’équilibre pour continuer. Ce qui, avouons-le, est regrettable quand on a une aussi bonne tête.

Ils sont nombreux ceux qui auraient avantage à pédaler la langue à terre plutôt que de nous faire suer par leurs paroles en l’air. Se tenir en équilibre, dans un monde rempli de déséquilibrés, demeure remarquablement d’actualité.

Le vent s’est levé. Nous l’avons en pleine face. Il faut réapprendre à pédaler pour maintenir l’équilibre du monde. »

Jean-François Nadeau, facebook, 24 mars


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