On arrive à un point tournant de la saison et l’un de mes objectifs les plus importants : les Nationaux.
;Ah, les Nationaux. On en parle toute l’année, et puis, juste comme ça, ils arrivent dans quelques jours à peine. Aujourd’hui, j’ai envie de te partager pourquoi cette course unique compte autant pour moi et comment je me suis préparée pour me donner les meilleures chances de décrocher le maillot. Je vous parlerai aussi un peu de ce qui s’en vient pour la suite de la saison et de comment je me sens à l’approche de ce moment.
Mais avant tout, revenons sur les dernières semaines passées à la maison… et sur ces deux victoires coup sur coup à mes critériums préférés de l’année, à la maison.
On y va? :)

C’est toujours spécial de courir devant sa famille et ses ami·es, encore plus quand on peut leur offrir tout un spectacle ! Chaque année, j’essaie de rentrer à la maison début juin pour participer aux critériums de la région de la capitale nationale, puisque c’est là que j’ai grandi et que mon aventure à vélo a commencé. C’est un week-end de courses qui plaît à tout le monde, commençant avec le British GP à Aylmer, au Québec, suivi le lendemain du Preston Crit dans le centre-ville d’Ottawa.
Je n’avais pas pu courir l’an dernier à cause de ma commotion cérébrale, ce qui m’avait profondément déçue. Disons que je suis rentrée cette année avec une motivation supplémentaire de bien faire et de m’amuser. Les critériums ne sont pas aussi populaires en Europe qu’en Amérique du Nord. Ce sont des courses courtes, environ une heure, disputées sur un petit circuit, ce qui veut dire… énormément de tours ! C’est rapide, technique et intense, ce qui les rend super intéressants à regarder. J’adore le British et le Preston pour leurs parcours exigeants, comportant généralement une petite bosse où des coureuses explosives comme moi peuvent essayer de s’échapper et rendre la course difficile.
British GP
Mon plan pour cette course était de rendre la course dure dès le départ, et idéalement de partir en échappée pour que ce soit plus excitant pour ma famille qui venait m’encourager. Ce fut mission accomplie. Après seulement 20 minutes, j’ai pris un tour au peloton avec une autre coureuse. J’ai continué d’attaquer dans les derniers tours pour maintenir la pression, puis j’ai sprinté pour aller chercher la victoire devant mon public local. Il faisait un temps parfait, j’ai célébré avec une pizza et j’ai passé la soirée en très bonne compagnie.
Preston Crit
Preston Crit est un événement assez unique, pas tellement pour la course en elle-même, mais pour le prix remis aux gagnants Élite : ton poids… en bière ! Fou, non ? J’étais confiante en arrivant là-bas, et tout ce que je voulais, c’était m’amuser. Il faisait très chaud, ce qui me dérange habituellement beaucoup, mais l’énergie de la foule m’a vraiment donné un petit boost. J’ai réussi à aller chercher presque tous les sprints intermédiaires, puis je me suis échappée avec une autre coureuse dans le dernier tour pour aller chercher la victoire. Et ensuite est venu le moment tant attendu : m’asseoir sur l’énorme balance… et ramener toute cette bière à la maison !
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;Les Championnats nationaux, c’est une course à part. C’est toujours difficile à prédire,tout peut arriver quand il y a un grand écart de niveau entre les coureuses, des équipes réduites ou même des individuelles, et, bien sûr, beaucoup en jeu. Cette année, on est de retour en Beauce, au Québec, et la plupart des coureures seront d’accord : le parcours est brutal. Comme les Nationaux ont déjà eu lieu ici à quelques reprises, on connaît bien les routes avec leurs gros vallons bien raides, exposées au vent, en pleine campagne. Ce parcours a vraiment son propre caractère, ce qui le rend encore plus spécial.
Les Nationaux sont toujours un gros objectif pour moi, même si c’est un pari risqué d’avoir de grandes attentes sur une course aussi imprévisible, surtout quand la caravane n’a pas le droit de ramener qui que ce soit après une crevaison ou une chute. Ça veut dire qu’un petit pépin peut suffire à mettre fin à ta course.
Le peloton canadien féminin est aussi plus compétitif que jamais. Plus de 20 femmes courent en Europe dans des équipes UCI, principalement de niveau ProTeam ou WorldTour, et le reste du peloton n’est pas à sous-estimer. Plusieurs, comme moi, courent dans de solides équipes de clubs européens. Un bon résultat dans un tel peloton pourrait vraiment faire avancer les choses pour décrocher un contrat pro. Mais la course sera brutale et tactiquement difficile à lire. La majorité de ces femmes ont l’habitude de courir dans le meilleur peloton au monde, et rien ne remplace ce genre d’entraînement et expérience. Je sais que je suis en forme, mais je ne sais pas exactement où je me situe par rapport à elles. Ma mentalité est donc orientée vers la curiosité, peut-être que je vais me surprendre.
Je suis arrivée deuxième à chaque fois que j’ai pris le départ d’un championnat national U23, et même en tant que junior, donc maintenant, c’est devenu une affaire personnelle. Maintenant que je suis trop vieille (quelques larmes) pour le titre U23, ce serait une douce revanche de remporter le titre Élite. C’est un gros défi, et pour être honnête, il va probablement falloir que je connaisse la meilleure journée de ma vie sur un vélo. Mais comme je l’ai dit tout peut arriver, alors pourquoi ne pas rêver grand ? J’ai essayé d’optimiser chaque petit détail avec l’aide de mon copain Carson Miles, et on a mis en place un plan de course pour nous rapprocher au maximum de nos objectifs.
J’ai dû perdre un peu de poids de façon intelligente avant le grand jour, ce que j’ai fait en utilisant une application qui s’appelle FoodCoach, conçue surtout pour les cyclistes. C’est vraiment révélateur de voir combien on mange vraiment, et ce dont le corps a réellement besoin. Plus c’est simple, mieux c’est : riz blanc, poulet, légumes, blancs d’œufs, fruits, juste les essentiels. Tu peux quand même cuisiner de bons repas, comme un sauté, des tacos ou une salade tiède. C’est juste une question d’ajuster les quantités et d’éviter les extras trop caloriques pour pouvoir manger plus des aliments qui le sont moins.
Côté entraînement, j’ai fait un bloc ciblé spécifiquement pour ce parcours : 3 séries d’efforts intenses en montée de 3 à 5 minutes, avec de courtes récup, toutes les heures pendant des sorties de 2 à 4 heures (avec quelques variations). C’est un parcours qui favorise les filles explosives, mais la nature des routes le rend très exigeant mentalement. C’est vraiment la plus forte du jour qui repartira avec le maillot.
Pour ce qui est du plan de course, je vais utiliser une seule gourde profilée sur le vélo pour gagner un peu de poids et avoir un setup plus aérodynamique (avec une combi et chaussettes aéro, comme d’hab). Carson va me ravitailler à chaque tour avec une deuxième gourde profilée, déjà préparée, probablement avec 60 à 80 g de glucides. Je vais prendre des gels BetaFuel avec comme objectif d’ingérer 80–90 g/h, et passer à ceux avec caféine vers la fin pour un petit boost.
On est arrivés tôt en Beauce pour s’installer sans stress et faire quelques reconnaissances du parcours. La météo devrait être bonne, moins chaude que ces derniers jours, et j’ai une semaine plutôt facile en vue du week-end.
Globalement, je me sens aussi prête que possible. Maintenant, tout ce que je peux faire, c’est me présenter et tout donner le jour J.
;La vérité, c’est que je ne sais pas. Et ça fait un peu peur. Je travaille extrêmement fort sur tous les aspects de ma carrière depuis quelques mois. Même si j’ai connu une première moitié de saison plutôt solide, j’ai manqué quelques occasions-clés de faire des résultats et au final, c’est ça qui compte.
Je mise beaucoup sur une grosse performance aux Championnats nationaux, parce que le temps commence à manquer. Avec un calendrier de courses plus léger en Europe pour le reste de l’année, il va falloir que j’enchaîne les top 10... et que j’envoie pas mal de courriels si je veux me faire remarquer.
Malgré tout, j’y crois. Parce qu’au fond de moi je sais que j’ai ce qu’il faut. Avec encore quelques belles performances sur la scène européenne, tout ce qu’il me faut, c’est que quelqu’un me donne ma chance.
On retourne en France juste après les Nationaux. J’ai hâte de retrouver notre appart et nos chères montagnes. En attendant, je continue de m’entraîner fort, de courir encore plus fort, et on verra bien ce que l’avenir me réserve.
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