Laury Milette

Jamais assez !

Par Laury Milette

On en est presqu’à la moitié de la saison déjà. Ça passe vite non?

Les dernières semaines ont été une véritable montagne russe d’émotions. Entre battre mes records personnels, voir mes plans de course s’effondrer, décrocher ma première victoire en Europe, puis chuter dans les 200 derniers mètres de ce qui aurait pu être mon premier top 10 UCI de la saison. Tout peut basculer tellement vite.

Un jour, tu célèbres une victoire avec tes coéquipières, et le lendemain, tu te retrouves assise sur l’asphalte, à te demander ce qui vient de se passer et à espérer que ton corps va bien. C’est une leçon d’humilité. Ça te fait réaliser à quel point ces moments de succès demandent du travail… et à quel point ils sont fragiles. Ça a été beaucoup à gérer, physiquement et émotionnellement. Mais à travers tout ce chaos, j’ai continué de trouver des raisons de me battre. Et je vais continuer de le faire.

Commençons par un compte rendu complet des dernières courses, puis je vous donnerai tous les détails de ma routine pré-course et ce que je fais pour me donner les meilleures chances de gagner.

C’est parti!

Après ma dernière course en France au début du mois de mars, j’avais presque un mois d’entraînement devant moi. Mon coach et moi avons décidé de recréer des efforts de course à l’entraînement pour garder mon corps habitué à ce genre d’intensité. J’étais sur le programme full gas efforts de Toguri et j’ai explosé mes records personnels sur 20 et 5 minutes plusieurs fois. Ça m’a redonné confiance et j’avais hâte de montrer mes progrès lors de notre prochaine grosse course par étapes en Italie, le Giro Mediterraneo in Rosa.

Malheureusement, la course a été annulée quelques jours avant le départ, ce qui m’a laissée sans compétition pendant encore deux semaines. J’étais frustrée : je me sentais prête à me battre, mais je n’avais pas de course pour le faire. J’ai trouvé difficile de voir d’autres coureuses participer aux mêmes courses que j’avais faites l’année dernière. Ça m’a fait réaliser à quel point j’étais chanceuse d’avoir eu autant d’opportunités, et que même une course qui ne correspond pas parfaitement à ton profil vaut souvent la peine si ça te permet d’avoir accès au circuit UCI. C’est toujours une occasion d’apprendre.

Pour compenser, l’équipe s’est rendue aux Pays-Bas pour quelques courses nationales en vue de notre prochain gros bloc. J’ai retrouvé un peu de vitesse dans les jambes, puis on s’est mis en route pour la France pour le Loire Ladies Tour, un des événements majeurs du calendrier national.

On prend toujours le départ d’une course avec l’espoir de gagner, en solo ou en équipe, mais celle-là, je ne l’avais pas vue venir. Je me suis sentie forte toute la journée, bien placée, et j’avais un plan clair en tête. Avec ma coéquipière Anabelle Thomas, on était juste derrière le train de l’équipe américaine dans le dernier kilomètre. On a pris le virage à pleine vitesse avant de lancer notre sprint et de décrocher les deux premières places du podium.


Anabelle Thomas, Laury Milette et Natalie Quinn
photo affichée sur Instagram par Laury Milette


Laury Milette et Anabelle Thomas
photo affichée sur Instagram par Laury Milette

Le lendemain, défendre le maillot a été un vrai défi. Encore une fois, on s’est retrouvées presque toutes seules à l’avant avec Anabelle pour essayer de contrôler la course. La dernière bosse était plus dure que celle de la veille et je n’avais plus les jambes pour conclure comme je l’aurais voulu. Même si j’étais fière de la veille, j’ai quand même eu du mal à digérer la journée. Ce n’était pas suffisant. Mais j’étais prête à me lancer vers mon prochain gros objectif : les courses UCI en Tchéquie, plus affamée que jamais.

J’ai toujours aimé courir en Tchéquie. Les parcours sont vallonnés et magnifiques et je m’adapte facilement au style de course de l’Europe de l’Est. J’avais deux courses par étapes de quatre jours au programme. Les premiers jours ont été durs à Gracia Orlovà et même si les résultats ne paraissent pas mauvais sur papier, ils ne reflètent pas vraiment à quel point j’ai bien couru toute la semaine. Que ce soit mon positionnement ou ma réponse aux attaques, je me suis sentie impliquée du début à la fin et on s’est révélées être l’une des équipes les plus solides.

Je me suis sentie particulièrement bien lors de la 4e étape, ce qui rend encore plus frustrant le fait que ma course se soit arrêtée à seulement 200 mètres de l’arrivée, dans le dernier virage. J’étais bien placée pour le sprint, mais j’ai été poussée et je n’ai tout simplement pas pu rester sur le vélo. Tomber, ça t’oblige à réfléchir sur toi-même et sur tes compétences. Je ne suis pas du genre à toujours blâmer les autres, surtout quand on sait que les chutes font partie du sport. À ce stade-ci de ma carrière, je suis consciente que je fais partie du problème et je dois creuser pour comprendre pourquoi. Oui, il y a une part de malchance. Mais quand tu commences à te voir comme « la victime », ou que la peur s’installe en course et que tu cherches une sortie ou une excuse, tu te tires toi-même dans le pied. Tu finis par te placer dans des situations qui mènent à ça, et je me rends compte que ça m’arrive trop souvent. Je veux changer cette mentalité. Je me suis relevée après avoir fait recoudre mon bras, j’ai pris quelques jours de repos et j’étais prête à me battre de nouveau au Tour de Féminin la semaine suivante.

Même si je dois rester réaliste avec la préparation un peu chaotique que j’ai eue, le Tour de Féminin a été une grosse déception pour moi sur le plan personnel. L’équipe a super bien performé : troisième au contre-la-montre par équipe, une victoire d’étape et un autre podium individuel—c’était gratifiant d’en faire partie. Mais c’était quand même dur à avaler de me sentir aussi loin de ce que je suis capable de livrer physiquement. La météo a été épouvantable toute la semaine et j’étais complètement frigorifié lors de la 3e étape. Même après avoir récupéré une veste à la voiture et essayé de rester calme, rien ne marchait. Je n’arrivais même plus à changer mes vitesses ni à sortir quoi que ce soit de mes poches. J’ai tout donné, mais c’était une vraie bataille contre moi-même. Il est temps de rentrer à la maison et de me recentrer. J’ai encore beaucoup de travail à faire avant les Championnats nationaux.

Comment je me prépare pour une course ?
Chacun(e) a ses habitudes, ses rituels. Ma routine est assez simple et je continue encore à l’améliorer . Jje dois quand même rendre crédit à mon copian Carson Miles, c’est lui qui m’a vraiment aidée à la peaufiner. Être dans une équipe à petit budget t’oblige à être plus autonome : tu ne peux rien tenir pour acquis, donc il faut arriver préparée. Ce qui était plus ou moins le cas l’an passé, car j’avais beaucoup plus de soutien. Et soyons honnêtes : je n'exécute pas toujours tout à la perfection. Il m’est déjà arrivé d’oublier une mes cuissards… ou même mes souliers. Mais je fais de mon mieux pour suivre ma routine, parce que ça fait vraiment une différence.

Avant de partir pour la course
Étape 1 – Préparation mentale
Je travaille étroitement avec la Dre Chantale Lussier cette année pour être dans le meilleur état d’esprit possible avant mes courses. Elle est d’un soutien incroyable et me remet toujours sur les rails quand je commence à dériver. On planifie généralement un appel avant mes plus grosses courses pour revoir mes objectifs et discuter des stratégies à adopter, selon le type d’épreuve, mes besoins et mon état du moment. Chaque course est différente et on se base aussi sur les débriefings précédents pour progresser.

C’est rassurant d’avoir quelqu’un à qui tu peux te confier entièrement, partager tes pensées, tes peurs. Ça me donne le sentiment d’être prête à me battre. Pas tant contre les autres, mais surtout contre les pensées négatives qui finissent toujours par ressortir.

Étape 2 – Vérification du vélo
Dans une petite équipe, on n’a pas beaucoup de ressources matérielles ou de personnel. Je dois m’assurer que mon vélo est en parfait état avant de partir, pour limiter le stress ou les réparations de dernière minute. Et il y a une règle d’or dans toutes les équipes : ton vélo doit être propre quand tu arrives sur une course.

Étape 3 – Faire ses bagages
Ah, c’est toujours un défi de faire ses bagages, surtout quand tu voyages avec ton vélo et que tu traverses un pays seule. Il faut être efficace, mais aussi prête à tout. Encore une fois, dans une petite équipe, tu es livrée à toi-même, alors tu dois faire preuve de créativité pour voyager léger tout en ayant tout ce qu’il te faut. J’apporte des vêtements plus chauds, une deuxième paire de souliers de vélo et de pédales. On n’a pas de massothérapeute, donc on doit s’occuper de notre récup soi-même. Pistolet à massage, crème de récupération, poudre protéinée, jus de cerises, etc. J’apporte aussi une bouilloire pliable super pratique pour cuisiner mes propres repas (gruau, œufs durs, sachets de riz). Il y a aussi toutes sortes de petits items qui facilitent ma préparation : du ruban pour la potence, des ciseaux, une mini bouteille de fixatif pour éviter que mes bas aéro glissent, des lingettes, des piles pour le capteur de puissance, une trousse de premiers soins, un Sharpie, etc.

Honnêtement, ça me brise le cœur de devoir laisser mon setup café à la maison parfois, mais quand je voyage seule, je dois donner priorité à l’équipement de course.

La veille de la course
Étape 4 – Faire ses devoirs sur le parcours
Étudier le parcours est une des étapes les plus importantes d’une bonne préparation. Le positionnement a un énorme impact sur la performance, alors tu dois savoir exactement à quels moments être bien placée. Parfois, on peut reconnaître le circuit à vélo, mais le plus souvent, j’utilise Veloviewer, une plateforme qui permet de charger un fichier GPX et de visualiser le tracé avec Google Street View.

Je prends mes propres notes : descentes techniques, virages serrés, mobilier urbain, etc. J’indique aussi les sprints intermédiaires et les GPM, car le peloton accélère souvent à ces endroits. Je note à quel moment je dois remonter : souvent 2-3 km avant le point-clé, ou plus tôt si la route devient étroite ou dangereuse. J’utilise le système d’étoiles de Carson : une à trois étoiles, selon l’importance du kilomètre. Je dois avouer que je suis beaucoup plus disciplinée cette année et ça a vraiment changé ma façon de courir.

Une fois arrivée sur place, je copie mes notes sur un ruban que je colle sur ma potence. Je mets toujours le parcours dans mon compteur au cas où il y a un problème et que je dois trouver le chemin par moi-même.

Étape 5 – Recharge glucidique #1
Je dis "numéro un", mais en réalité, il faut commencer à manger plus 1 à 2 jours avant la course, surtout pour les courses par étapes. La veille, je privilégie les glucides simples comme du riz nature ou des pâtes blanches, avec une source de protéines comme du poulet. Je réduis au minimum les légumes, trop riches en fibres, ils font retenir beaucoup d’eau, donc prendre du poids inutile. Parfois, l’organisation fournit les repas, donc on n’a pas toujours le choix, mais c’est souvent adapté aux besoins des athlètes.

Le jour de la course
Étape 6 – Recharge glucidique #2 et café
Le matin de la course, on prend le petit déjeuner au moins 3 heures avant le départ, donc on ajuste selon l’horaire. Je n’ai pas de déjeuner préféré, j’alterne entre gruau, riz ou toasts, selon ce que j’ai sous la main ou ce dont j’ai envie. J’apporte toutefois toujours avec moi une petite bouteille de sirop d’érable. J’inclus toujours un peu de protéines (comme des œufs), mais j’essaie de faire le plus de place possible aux glucides. Et bien sûr, je bois un café (ou deux).

Je finis littéralement dégoutée après quelques jours à me gaver. La quantité qu’il faut manger, sur le vélo et hors vélo, est assez impressionnante.

Étape 7 – Nutrition en course
Une fois sur place, je prépare mes bidons et mes gels selon la durée de la course. Je mets généralement 60g de glucides (mix Olway) dans chaque bidon. J’utilise les gels et gummies BetaFuel parce que j’ai sousvent de la misère à manger. Donc, quand je le fais, je veux que ce soit une bon rapport de quantité. Je prends aussi un gel caféiné pour la dernière heure. Mon objectif est de 90g de glucides par heure, mais j’ai encore du mal à tout consommer. Selon le profil du parcours, je pars parfois avec un seul bidon pour sauver 500g. Surtout si la course commence avec une bosse.

Étape 8 – Meeting d’équipe
On fait toujours un petit briefing avant chaque course pour revoir le parcours, les points clés et la stratégie. Chaque coureuse a un rôle défini selon son profil et ses forces, pour maximiser nos chances de gagner.

Étape 9 – Activation et échauffement
Si j’ai le temps, je fais une activation des hanches et des fessiers. Je ne ressens pas le besoin de faire un long échauffement avant une course sur route. Je profite du départ neutralisé pour dérouiller les jambes. Je préfère prendre le temps de relaxer et d’arriver tôt sur la ligne.

Étape 10 – Départ !
Selon le parcours, on peut s’aligner jusqu’à 30 minutes avant le vrai départ. Par temps très chaud ou très froid, cette attente semble interminable. Je suis toujours tendue et nerveuse à ce moment-là, mais une fois que le départ est donné, c’est parti!


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