Laury Milette

La saison est finie, c’est le moment parfait pour regarder un peu en arrière

Même si la fin de saison a été pas mal occupée, j’ai vraiment profité de chaque moment. J’aimerais prendre le temps de vous partager mon expérience aux Championnats du monde à Kigali, au Rwanda. Comme vous le savez peut-être, Magdeleine Vallières Mill, Sherbrookoise, est devenue championne du monde élite — la toute première de l’histoire du Canada, toutes catégories confondues. J’ai eu la chance de la voir passer la ligne et enfiler le maillot arc-en-ciel. Pas d’inquiétude, je vais tout te raconter en détails.

Mais avant ça, je veux revenir un peu sur ma propre course, qui a été, ironiquement, une de mes pires journées sur le vélo. Malgré tout, ça m’a rappelé ce qu’il y a de beau dans le sport : comment le succès de quelqu’un d’autre peut devenir une partie de ta propre histoire, et même de celle d’un pays.

Après, je reviendrai sur ma course à la maison, le Tour de Gatineau, pour partager quelques moments de cette belle semaine. Et enfin, un petit mot sur la suite : mes plans pour 2026 commencent à se préciser, et j’ai quelques nouvelles à partager.

Mon expérience aux Mondiaux de Kigali
Même si je n’avais pas ciblé les Mondiaux cette année, comme le niveau chez les femmes canadiennes est incroyablement relevé, et se qualifier est tout sauf facile, j’ai quand même tenté ma chance. On ne sait jamais ! À ma grande surprise, j’ai été sélectionnée comme première réserviste, et j’ai finalement intégré l’équipe après qu’une coureuse ait décliné sa place. J’ai dit oui tout de suite, en partie pour la belle visibilité que ça représentait pour mes partenaires et mes soutiens, mais surtout pour l’expérience unique de courir les Mondiaux élites… en Afrique.

Représenter le Canada aux Championnats du monde, c’est toujours spécial, mais ça vient aussi avec ses défis. C’était génial que l’événement ait lieu à Kigali, mais ça demandait un peu plus d’organisation. J’ai dû régler rapidement certaines vaccinations, planifier le voyage et rassembler les essentiels : chasse-moustiques, médicaments préventifs, pièces de rechange pour le vélo, etc. Je savais aussi que je sacrifiais une vraie préparation (et avec le recul, une préparation qui aurait été essentielle) pour m’adapter au parcours, à l’altitude et à la chaleur. Je devais plutôt miser sur une bonne performance au Tour de Gatineau, comme ça restait le meilleur choix pour ma carrière. Malgré tout, j’étais déterminée à donner mon maximum pour l’équipe canadienne.

Tout s’est enchaîné très vite. Après mon dernier week-end de courses en Europe le 13 septembre, j’ai pris trois avions et douze trains en deux semaines, entre les déplacements pour les courses, le retour à la maison pour Gatineau, puis le départ vers Kigali. Je savais que toute cette logistique serait épuisante, alors j’ai fait attention à rester en santé et à bien gérer mon énergie. Contre toute attente, tout s’est bien passé et je suis arrivée à Kigali le soir du 24 septembre.

Rouler à Kigali, c’était fascinant. Même si je sentais que les sensations n’étaient pas top, je restais optimiste pour le jour de course. Il faisait chaud, humide, et la qualité de l’air n’était pas idéale — tout le monde semblait en difficulté. Puis le grand jour est arrivé… et il a mal commencé. J’ai eu des problèmes d’estomac le matin, et une heure avant le départ, j’ai appris que je ne pouvais pas courir avec mon propre vélo, car le cadre n’était pas homologué par l’UCI. Panique pendant un instant, mais notre staff a été incroyable : ils m’ont préparé un vélo de rechange juste à temps.

J’ai toujours considéré comme une de mes forces le fait de performer dans les moments difficiles, alors j’ai essayé de ne pas me laisser déstabiliser. Mais ce jour-là, rien ne voulait fonctionner. Impossible de récupérer dans les efforts intenses, j’avais l’impression que mon cœur allait exploser. J’ai continué à rouler jusqu’à ce qu’on me retire de la course, et c’était fini. Avec le niveau du peloton et la difficulté du parcours, il m’aurait fallu une journée exceptionnelle pour rester devant. Dans ces conditions, je n’avais aucune chance.

Ça m’a fait mal de terminer ma saison comme ça, mais il y a quand même eu une belle leçon au bout du compte… et un maillot arc-en-ciel. J’aurais aimé pouvoir contribuer davantage à la victoire de Magdeleine Vallières Mill, mais assister à ce moment historique valait à lui seul tout le voyage.

La performance incroyable de Mag
Comme j’ai été sortie assez tôt, j’ai pu voir la magie de Magdeleine se produire en direct. Allison et Émilie ont aussi dû abandonner, alors on s’est toutes retrouvées à suivre les derniers kilomètres ensemble, dans le paddock de l’équipe, en criant devant le petit écran chaque fois que Mag passait. Quand elle a pris son avance dans la dernière montée, on pleurait déjà.

Allison a couru jusqu’à la ligne d’arrivée pour l’accueillir, et ce moment-là… c’était indescriptible. Ce que Mag a accompli, c’est de la grandeur pure. Il n’y a pas de mots assez forts. Le plan avait toujours été de courir pour elle, de la soutenir du mieux qu’on pouvait vers la victoire, on savait qu’elle en était capable, mais concrétiser ça, c’est une autre histoire.

Elle s’est préparée de façon exemplaire et a su rester patiente tout au long de sa carrière, souvent au service de ses coéquipières. Cette fois, c’était enfin son moment. Je suis tellement reconnaissante d’avoir pu être là pour le voir. Elle est probablement ma coureuse préférée, et je suis certaine qu’elle le deviendra pour beaucoup de jeunes filles canadiennes aussi. Merci Mag. Merci Kigali.

Comme toujours, le Tour de Gatineau n’a pas déçu. En tant que seule course professionnelle féminine en Amérique du Nord, c’est un événement essentiel pour le développement du cyclisme féminin canadien et je ne pourrais pas être plus fière qu’il ait lieu chez moi. Le parcours était assez différent cette année, traversant vers Ottawa et incluant quelques sections-clés qui pouvaient rendre la course intéressante.

Je m’étais préparée spécifiquement pour la course sur route, en travaillant mon sprint et en me concentrant sur les petits détails qui pouvaient me donner un avantage, comme porter un casque et un sous-maillot aérodynamiques, et ajuster ma combinaison de course. Je représentais les couleurs du Québec, autant pour le contre-la-montre individuel que pour la course sur route. Après avoir réussi à me glisser dans le top 10 au chrono, j’avais vraiment hâte au lendemain.

J’ai réussi à faire partie de la sélection créée tôt par la World Team Visma Lease-a-Bike, qui a complètement contrôlé la course. Tout ce que j’avais à faire, c’était de rester bien placée, puisque nous étions un groupe d’environ 15 coureuses, incluant toute l’équipe Visma. J’ai été surprise qu’aucune d’entre elles ne tente d’attaque avant le final, mais elles semblaient très confiantes dans leur train de sprint — et elles avaient raison.

J’étais dans la roue de leur sprinteuse à l’approche du dernier kilomètre, qui était assez technique, avec une courte côte punchy et quelques virages serrés et rapides. J’ai été la seule coureuse non-Visma à passer la côte dans leur train, ce qui m’a coûté beaucoup d’énergie. J’ai commencé à faiblir dans les derniers mètres et, malheureusement, je n’ai pas pu me battre pour le podium.

Je termine 5e, ce qui m’a valu les prix de meilleure Canadienne et de meilleure Québécoise, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’espérer un peu plus. C’était quand même un honneur de courir devant ma communauté, et je suis reconnaissante envers toutes les personnes venues nous encourager.

Est-ce que je serai de retour dans le peloton européen en 2026? La réponse est oui.
Je suis fière de ce que j’ai accompli cette saison, même si je suis assez déçue de ne pas en avoir tiré davantage. Plusieurs équipes ont encore disparu cette année et la bataille pour décrocher un contrat a été féroce dans un peloton extrêmement compétitif.

Devenir cyclistes professionnels est devenu un objectif commun pour mon copain Carson et moi. Un véritable projet de vie et une quête partagée de réussite. On s’était dit que 2025 serait notre dernière année si ni l’un ni l’autre ne trouvait de contrat pro, car on souhaite tous les deux commencer à construire une vie plus stable et durable. On a couru toute la saison avec un seul but clair : changer nos vies, laisser derrière nous les soucis financiers et le manque de soutien d’équipe.

On forme une équipe, et on serait toujours là l’un pour l’autre si une opportunité se présentait, ce qui vient d’arriver pour Carson, même si cela ne lui assure pas encore une stabilité financière suffisante. On a décidé que ça valait encore la peine d’essayer, et on est prêts à relever le défi de trouver du soutien personnel une fois de plus cette année.

Pour l’instant, on m’a proposé de rejoindre une structure que je connais bien : mon ancienne équipe continentale française, qui se reconstruit peu à peu. J’ai beaucoup confiance à l'égard des personnes impliquées, que je connais depuis longtemps. D’autres discussions étaient en cours, mais j’ai décidé d’intégrer les rangs de cette structure révisée pour 2026.

Je ne peux pas en dire beaucoup plus pour le moment, puisque certains détails restent à être confirmés, mais une chose est sûre : je serai de retour, avec la même détermination et des jambes encore plus fortes.


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