par Laury Milette
Je suis bien heureuse de vous partager la 6e édition de mon infolettre !
Bien que les dernières semaines aient été éprouvantes, tout semble rentrer tranquillement dans l’ordre.
Après une lourde chute au Tour de Burgos en Espagne au mois de mai, j’ai été contrainte de mettre ma saison sur pause suite à un diagnostic tardif de commotion cérébrale.
Le processus de récupération pour cette blessure est long et imprédictible, ce que j’ai trouvé difficile à accepter et gérer. Ma situation m’a bien entendu sensibilisée aux commotions cérébrales et je crois qu’il est important d’en faire un enjeu beaucoup plus important dans le milieu du cyclisme. J’ai donc envie de commencer la discussion ici!
Une commotion cérébrale est un type de traumatisme crânien causé par un coup à la tête, une chute ou une autre blessure qui secoue le cerveau à l'intérieur du crâne. Elle peut se produire lorsque le cerveau est rapidement accéléré ou décéléré, ce qui provoque une collision avec l'intérieur du crâne. Ça peut donc se produire suite à un coup direct à la tête, mais aussi suite à une secousse violente du corps. Cela peut entraîner une perte temporaire de la fonction cérébrale normale, entraînant des symptômes tels que maux de tête, confusion, vertiges et problèmes de mémoire. Mais tu en connais peut-être déjà la définition.
Les commotions cérébrales sont délicates car ce sont des blessures invisibles avec des symptômes variés et parfois subtils qui peuvent apparaître des heures, voire des jours après la blessure, entraînant un diagnostic tardif. Chaque personne réagit différemment à une commotion cérébrale, et même d'une commotion à l'autre chez un même individu, rendant le traitement standardisé difficile. Les effets cumulatifs des commotions répétées et la variabilité des temps de récupération ajoutent à la complexité. Les commotions cérébrales peuvent affecter les fonctions cognitives et la stabilité émotionnelle, ce qui peut compliquer leur gestion et souligner le besoin d'une évaluation appropriée et de soins individualisés.
Je veux partager mon expérience personnelle parce que je n'avais pas réalisé à quel point les commotions cérébrales étaient insidieuses jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Les symptômes ont commencé à apparaître trois jours après ma chute. Le fait est que j'étais déjà sur le départ d’une autre course, ce qui a fini par être le dernier clou dans le cercueil. Je suis rentrée chez moi après la première étape.
Dans la plupart des cas, le premier symptôme d'une commotion cérébrale est le déni, surtout avec un diagnostic tardif. En tant qu'athlètes, notre travail est de performer quoi qu'il arrive. On se prend un coup, on tombe, mais on se relève et on continue de se battre. Les cyclistes sont souvent vus comme des guerriers, mais la vérité est que parfois le courage se déguise en stupidité et on finit par s’enfoncer dans un trou. Le cyclisme n'est pas le sport le plus sensibilisé aux commotions cérébrales, ce qui entraîne souvent un manque de ressources et de soutien pour les coureurs, mais aussi pour les équipes. Les enjeux et le contexte de la course compliquent également le diagnostic et le protocole de récupération approprié.
On parle beaucoup des symptômes physiques d'une commotion cérébrale, mais la complexité du cerveau signifie que les conséquences peuvent être bien plus graves. Ce n'est pas aussi simple qu'un bras cassé; même des blessures mineures peuvent perturber ses fonctions complexes et sa santé à long terme. Plusieurs changements neurochimiques peuvent survenir dans le cerveau après la blessure, tels que des déséquilibres des neurotransmetteurs, une inflammation cérébrale accrue, des dommages neuronaux, etc., ce qui peut influencer l’humeur et le bien-être émotionnel. Ajouté au fait que le processus de récupération nécessite un repos complet pour une période indéterminée, on se sent dans le néant, sans savoir quand on en sortira.
J'étais déprimée et j'avais l'impression que tout s'effondrait. Je ne pouvais pas aller à l'épicerie ou faire la vaisselle sans devoir faire une sieste tout juste après. J'ai aussi fait l'erreur d'essayer de monter sur le vélo trop tôt, ce qui a ralenti le processus de récupération. Il m'a fallu du temps pour m'adapter à un rythme de vie plus lent, et ça m'a fait me sentir déconnectée de mon niveau de fonctionnement et de mon identité précédents. Même si je suis retournée au Canada pendant un moment, et que j'étais heureuse de voir ma famille et ma maison, je ne me sentais pas à ma place. C'était presque plus douloureux d'être dans un endroit si familier sans être moi-même, alors j'étais soulagée de retourner rapidement en Europe.
En regardant en arrière, je me rends compte que j'ai commencé un protocole de récupération efficace beaucoup trop tard, manquant la période cruciale où je devais être extrêmement prudente et éviter toute activité physique ou toute autre stimulation cérébrale. Je me suis sentie abandonnée et seule lors des deux premières semaines. Je ne savais pas ce que je traversais, ou peut-être que je le savais, mais je ne voulais pas croire que c'était si grave. J'ai demandé de l'aide, et maintenant, après huit semaines, je commence à me sentir assez normale pour m'entraîner à nouveau. Je me sens chanceuse d'être revenue sur pied relativement rapidement, mais le chemin pour retrouver entièrement qui j’étais est encore long.
Je suis reconnaissante que tout ce processus m'ait ouvert les yeux sur les conséquences d'une commotion cérébrale et sur l'importance de protéger notre bien le plus précieux : notre cerveau. Il reste encore beaucoup de travail à faire en matière de sensibilisation aux commotions cérébrales, surtout dans le monde du cyclisme. Soyez prudents !
︎ Mon plus grand objectif de l'année était de me battre une fois pour toutes pour le titre national des moins de 23 ans, et ça m'a démolie de devoir y renoncer, surtout quand les choses semblaient aller dans le bon sens. Je me sentais plus forte que jamais cette saison et j’étais dans le bon mindset. Il m'a fallu un certain temps pour accepter le fait que faire la course n'était pas une option. J'avais besoin de porter mon attention ailleurs, ce qui s’est avéré difficile puisque je ne savais pas quand je pourrais à nouveau courir, mais je voulais un autre objectif. J'ai pris le pari d’être confiante en mes chances d’être de retour à temps pour le Tour de l’Avenir Femme débutant le 21 août.
Après une bonne période de repos, et une fois que je me sentais assez bien pour passer une journée normale sans éprouver de symptômes, je suis montée sur le home trainer pour reprendre lentement l’entraînement, en ajoutant quelques minutes à mes sorties à chaque fois. Quand je faisais deux pas en avant, je devais généralement en faire un en arrière, ce qui était difficile mentalement, mais tout ce qui comptait, c'était que cela allait dans la bonne direction. J’ai fini par me sentir assez bien pour rouler dehors pendant une heure, puis deux, trois, monter une côte, pousser plus fort, et encore plus fort le lendemain. J'ai eu des mauvais jours où j'ai dû écourter et rentrer chez moi, et d'autres où je riais toute seule sur mon vélo sur une route tranquille parce que j'étais tellement heureuse de me sentir enfin normale.
Ce fut un long chemin rempli d’embûches, mais je suis désormais de nouveau sur pied. Je ne suis pas là où je voulais être en termes de forme avant le Tour de l’Avenir, mais je suis simplement reconnaissante de pouvoir courir. Tout mon focus est tourné vers ce qui vient ensuite.
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