Audrey Lemieux

2021

Le Quotidien, 18 avril 2021

Audrey Lemieux, d’un petit micro aux JO

Samuel Duchaine

Les Jeux olympiques de Tokyo approchent à grands pas et Radio-Canada Sports a commencé à faire connaître les équipes qui couvriront les différents sports. L’ex-cycliste almatoise et maintenant analyste du Tour de France pour Flo Bikes, Audrey Lemieux, sera à l’analyse des épreuves de triathlon. C’est un rêve qui se réalise pour la paralympienne qui avait eu la piqûre des médias lors des Jeux du Québec 1999 à Alma.

Jamais la jeune Audrey Lemieux n’aurait pensé un jour être analyste pour les Olympiques, malgré que sa passion pour les médias ait vu le jour dès son jeune âge. « Je me souviens, aux Jeux du Québec 1999 à Alma, je voulais avoir un petit micro pour faire des entrevues chez nous dans le sous-sol. La petite passion était déjà là. Puis ma mère m’avait dit que si j’avais de bons jeux, elle allait me l’acheter mon micro. Finalement, il y avait eu un article qui disait que j’allais l’avoir. Ç’a commencé comme ça. Ç’a toujours été en moi. »

Sa première occasion vient en 2007 au Tour de l’Île-du-Prince-Édouard. Blessée, elle ne pouvait pas faire de compétition cet été-là. « J’étais là pour conduire un véhicule. Puis, la fille qui devait faire l’émission, qui allait éventuellement être diffusée sur RDS, est tombée malade et on m’a demandé de la remplacer. Ç’a été comme un cadeau de la vie et tout de suite, j’ai “tripé au boute” et j’ai compris que j’avais réellement une passion. J’étais rendue à m’inscrire à l’université et j’ai fait mon premier certificat en communication appliqué à l’Université de Montréal dans le but de faire ça. »

En terminant son certificat, Audrey se questionne. Est-ce le temps de passer à autre chose et d’amorcer une carrière dans les communications ou de poursuivre sa carrière d’athlète ? « J’ai réalisé que je n’avais pas terminé ma carrière en vélo et je me faisais dire que c’était un métier difficile. J’ai donc mis ça de côté et voulu m’ouvrir des portes avec des certificats en marketing et en administration. Ça m’a apporté des connaissances, mais j’en suis restée là. »

C’est finalement en 2014, trois ans après avoir terminé ses études et quitté le vélo pour travailler dans le domaine de la vente agroalimentaire, qu’une autre occasion se présente alors que son parcours d’athlète fait en sorte que RDS lui demande de faire l’analyse des courses féminines de vélo. « J’avais enterré ça, mais quand j’ai eu cette occasion-là, je me suis dit : ça n’a pas de bon sens, c’est ça que je dois faire. Finalement, je me suis inscrite à l’École de Radio et Télévision Promédia, tout en commençant le paracyclisme. »

Elle sort donc de Promédia mieux outillée et commence à animer des courses par-ci par-là, tout en concentrant ses efforts sur le paracyclisme en vue des Jeux paralympiques de Rio. « Je n’avais pas beaucoup de contrats parce que c’était difficile avec la carrière en parallèle, mais après les Jeux, j’ai pris ma retraite du paracyclisme et je me suis dit : let’s go, il faut que je fonce. J’ai cogné aux portes et de fil en aiguille, les expériences se sont accumulées et l’année dernière, j’ai eu la grande chance de recevoir l’appel de Flo Bikes pour faire des courses World Tour, mais surtout le Tour de France. Ç’a été un autre cadeau de la vie et une occasion incroyable. »

Elle reprendra d’ailleurs le flambeau avec Flo Bikes cette saison, mais cet été, les Olympiques occuperont son temps avec son poste d’analyste pour le triathlon, une discipline qu’elle a apprise au fil du temps, notamment avec la couverture depuis 2017, du Triathlon international de Montréal.

« Notre attachée de presse avec l’équipe nationale de paracyclisme, Brigitte Légaré, était sur le comité organisateur du triathlon et elle a proposé mon nom. On était au début du cycle olympique alors j’ai été analyste pour les trois événements et j’ai suivi ces athlètes-là tout le long. Ç’a donc été un autre énorme cadeau de la vie qui m’a amené à couvrir les Jeux olympiques. »

Des cadeaux, oui, mais beaucoup d’efforts
Elle aime le dire, la vie lui a fait beaucoup de cadeaux, mais le monde des médias sportifs n’est pas un univers facile. Il y a beaucoup d’appelés, mais très peu d’élus. Il est difficile de faire sa place, mais Audrey Lemieux a su le faire, principalement en raison de son professionnalisme et de sa rigueur, deux éléments qu’elle a appris au cours de sa carrière d’athlète avant de les apporter dans sa carrière professionnelle.

« C’est un peu la même chose qu’être athlète. Il faut travailler fort. Tu pousses, tu t’investis et tu ne sais pas ce qui va venir, mais il faut y croire. C’est comme ça que je me suis dit que j’allais me démarquer, par ma rigueur et ma préparation avant de couvrir un événement. Je me prépare comme quand je me préparais pour une course. Tout ce que je peux contrôler, je le fais. Je crois que c’est pour ça qu’on me rappelle et qu’on m’offre d’autres contrats. »

En plus d’être un milieu contingenté, d’autres facteurs ont joué contre elle durant son ascension, dont son accent du Lac-Saint-Jean, un accent dont elle est fière. « Ça ressortait beaucoup au début. On me disait que j’allais devoir le casser, mais je ne me suis pas arrêté à ça. J’ai suivi des cours particuliers pour m’améliorer et j’ai réussi à corriger des choses, mais mon accent est encore là et je n’en ai pas honte. Il ne faut pas s’arrêter à ça. C’est le contenu qui est important. »

Également, on ne se fera pas de cachette, le monde du sport est encore trop souvent associé aux hommes. Bien qu’elle n’ait pas vécu directement de situation de discrimination sexuelle dans sa carrière, elle sait très bien qu’elle a dû défoncer des portes, comme d’autres l’ont fait avant elle et qu’elle considère comme des modèles.

« C’est une réalité qui existe encore. J’ai travaillé seulement avec des hommes, mais on a fait notre petit bout de chemin et tant mieux si c’est pour évoluer. Chantal Machabée a été une pionnière. Je pense aussi à Claudine Douville ou Hélène Pelletier qui sont là depuis longtemps et qui ont été des inspirations pour moi et pour d’autres femmes. Même au Saguenay-Lac-Saint-Jean, votre collègue Johanne Saint-Pierre je ne sais pas combien de fois j’ai fait des entrevues avec elle et que je trouvais que ça avait dont bien l’air le fun. Elle aussi, c’est une personne qui m’a inspirée. »

Malgré ces embûches, ces hauts et ces bas, Audrey Lemieux vivra un autre rêve cet été, la preuve que quand une passion nous habite et que nous mettons les efforts pour y arriver, tout est possible.

COURTOISIE AUDREY LEMIEUX « Quand on a une passion à l’intérieur de soi, il faut aller au bout. Il faut aller le plus loin possible et ne jamais abandonner. On ne sait pas quand on va arriver au bout, mais il faut y aller. La route n’est pas droite, mais quand la vie t’envoie de petits cadeaux, c’est un signe que tu dois continuer dans cette voie. »



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