Ariane Bonhomme

Le Droit, 2 juillet 2021

Aux Jeux en pensant à Ellen

MARTIN COMTOIS

ESPACE OLYMPIQUES / Il a été question d’un peu de tout. De son premier vélo à sa passion pour le tricot. On a même parlé d’un de ses bricolages d’ado dans lequel elle s’imaginait sur un podium aux olympiques en... patinage de vitesse.

Ariane Bonhomme se montre nostalgique à quelques semaines de son départ vers Tokyo où elle va concourir aux épreuves de cyclisme sur piste. La Gatinoise âgée de 26 ans devient encore plus émotive en parlant d’une amie qui lui manque beaucoup. Une ancienne coéquipière qui lui sert d’inspiration.

« Il y a beaucoup de personnes qui m’ont aidé à me rendre jusqu’aux Jeux. Mais quand ça devenait difficile ces dernières années, je pensais à Ellen », mentionne-t-elle.

Ellen Watters était une cycliste sur route originaire du Nouveau-Brunswick. Elle a donné ses premiers coups de pédale sur la scène compétitive nationale et internationale dans la même équipe que Bonhomme en 2014, Stevens-The Cyclery.

La jeune femme âgée de 26 ans venait de muter vers la piste quand un automobiliste l’a happé durant une randonnée en vélo le 23 décembre 2016. Elle a rendu l’âme quatre jours plus tard.

« Juste avant son accident, nous nous étions dit que nous irions aux Jeux olympiques ensemble. Même si elle venait juste de commencer sur piste, elle était déjà tellement bonne », relate Bonhomme.


La Gatinoise Ariane Bonhomme
photo : Nick Wammes

« Ça fait déjà quatre ans et demi... Ça va sonner bizarre, mais j’aimerais tellement lui dire que je suis rendue aux Jeux, que je vais rouler pour nous deux. C’est sûr que je vais penser à elle avant la compétition. »

Bonhomme fera partie de la poursuite par équipe chez les femmes. Le Canada se retrouvera parmi les formations favorites pour une médaille après avoir gagné le bronze en 2016.

« C’était les deuxièmes Jeux de suite que l’équipe terminait troisième », note l’athlète de l’Outaouais, qui vivra son baptême olympique.

On le devine rapidement. Ses coéquipières et elle veulent améliorer ce résultat. L’argent s’avère dans la mire, même l’or.

Le report d’un an des Jeux, qui devaient avoir lieu à l’été 2020, aurait été bénéfique pour la formation canadienne. Du moins si on se fie à Ariane Bonhomme.

« Un an de plus de préparation, ça nous a aidés, même si nous n’avons pas eu de courses. Les filles ont toutes de l’expérience. Donc je ne suis pas inquiète. À l’entraînement, nous battons nos meilleurs temps. Nous nous rapprochons du record du monde qui sera sûrement battu quelques fois aux Jeux. »


La Gatinoise Ariane Bonhomme tentera d'aider le Canada à remporter à nouveau une médaille à l'épreuve de la poursuite féminine par équipes en cyclisme sur piste aux Jeux olympiques.
photo : Nick Wammes

« C’est sûr que nous ne savons pas ce que les autres équipes réalisent comme temps en ce moment. Nous ne pouvons que nous concentrer sur nous. Nous avons un temps précis en tête... un temps en dessous du record du monde que nous voulons atteindre. »

Patiner avant de pédaler
Bonhomme est membre de l’équipe canadienne sur piste depuis 2017. Elle compte sept médailles sur le circuit de la Coupe du monde.

À cela s’ajoutent l’or aux Jeux du Commonwealth en 2018 et quelques visites sur le podium à trois championnats panaméricains.

Pas pire pour une fille qui rêvait plutôt d’une carrière en patinage de vitesse. Elle était membre du club de Val-des-Monts à l’époque.

« Le club avait créé une équipe de vélo pour garder les athlètes actifs durant l’été. J’étais une des premières cyclistes. »

Ce fut tout sauf le coup de foudre.


Ariane Bonhomme
photo : Nick Wammes

« Je n’aimais pas ça. Mais j’ai dû arrêter de faire du patin après un bout de temps en raison d’une blessure à un genou. Quand tu es ado, tu grandis parfois trop vite et le corps ne suit pas bien. Je voulais continuer à faire du sport, mais je ne souhaitais pas faire de la physio, à regarder mes amies pratiquer le patin pendant que je me soigne. »

Ariane Bonhomme adorait le basket. « Mais courir faisait mal... La seule chose que je pouvais faire qui ne me causait pas de douleur, c’était le vélo », dit-elle.

Le sport dont elle ne raffolait pas.

« C’est sur que tu aimes un sport quand tu es bonne là-dedans. J’étais moyenne au début en cyclisme. Je n’avais pas un bon vélo pour la course. Mes parents ne connaissaient pas ça. Ils avaient acheté ça au Canadian Tire. Mais c’était correct. Je commençais. Une fois que c’est devenu sérieux pour moi, j’ai eu un nouveau vélo. J’aime ça maintenant. Sur piste, j’aime le fait de travailler avec d’autres filles à la poursuite, avoir le même but. Et sur la route, j’aime rouler de grandes distances seule. »

Ça lui permet d’admirer les paysages. Ça lui offre aussi l’occasion de penser à un peu de tout, dont son amie qui lui manque.

Devenir sage-femme
Ariane Bonhomme sait déjà ce qui l’attendra après sa carrière en cyclisme.

La détentrice d’un baccalauréat en sciences de la santé veut devenir sage-femme. « J’ai toujours aimé les bébés et les enfants », dit-elle.

« Je trouve que ça me permet de toucher au côté positif de la médecine », ajoute-t-elle.

Pourquoi ne pas devenir infirmière ?

« Travailler avec les gens malades, c’est moins mon genre de médecine », avoue-t-elle.

En attendant les accouchements, Bonhomme continuera de pédaler.

« Les Jeux ne marqueront définitivement pas la fin de ma carrière », assure-t-elle.

« À mon retour, je vais me donner une pause jusqu’au Nouvel An. Ensuite, je vais recommencer l’entraînement en vue des jeux du Commonwealth. Mon objectif sera axé sur des courses individuelles. »

Et les Jeux olympiques de 2024 ?

« Je ne suis pas prête à dire si j’y serai dans trois ans. Mais depuis le début de ma carrière, j’ai appris à toujours laisser la porte ouverte. »



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