22 juin 2024
Les lecteurs du Devoir ont répondu par dizaines à notre appel à tous pour nous témoigner de ce qu’ils aiment de la langue québécoise. À l’occasion de la fête nationale, voici une sélection de leurs mots préférés.
Patente (n. f.)
Pour sa polyvalence. J’aime aussi sa sonorité, qui rappelle celle du mot « patate » et qui lui donne un petit air commun — voire paysan — quand on le prononce. Mon amour de ce mot est issu d’une énigme qui tortura un ami venu de la France et qui se décarcassait à comprendre notre vocabulaire sans nous bombarder de questions. À bout de ressources, il finit par m’avouer, excédé : « Je n’arrive pas à comprendre ce qu’est votre patente ! Ça devient soit gros, soit petit, soit un outil, soit quelque chose à manger, soit une pièce de voiture, et parfois même, il y a des gosses avec… » La gueule lui est tombée sur les genoux quand je lui ai répondu en riant : « C’est exactement ça ! Vois-le comme un synonyme de bidule, truc ou machin. Bon, pour patente à gosses, c’est plus complexe, mais je vais t’expliquer… » La belle patente.
Corine de Repentigny
Garrocher (v. tr. ou pron.)
Il est beaucoup plus fort que le verbe « lancer », car on y décèle de l’empressement, de la précipitation, de l’enthousiasme. Et que dire de la forme pronominale « se garrocher ». « On s’est garrochés sur le buffet » marque une détermination certaine. À tout coup, le but est atteint.
Jeanne-Mance Soucy
Tabarnak
Unique, il rehausse toutes les sauces, se mêle aux conversations, quelles qu’elles soient, et s’apprête en mode tout doux, médium ou bien épicé ! Sans compter que tout le monde comprend exactement de quoi il s’agit sans devoir tergiverser à propos de son étymologie ou de sa réelle signification. Alors, sans plus tarder, je vous souhaite un « tabarnak » de bel été. Ici, en Thaïlande, il fait 35 degrés à l’année.
Michel Barré
Canard (n. m.)
Ma grand-mère disait : « Mets le canard dans le cygne » au lieu de « Mets la bouilloire dans l’évier ». J’ai compris plus tard que « canard » était une déformation du mot anglais « kettle » et que le « cygne » était le « kitchen sink ». Malgré leur origine coloniale, les mots « canard » et « cygne », pour représenter des objets au coeur de la vie quotidienne des Québécoises comme ma grand-mère, me semblent pleins de poésie.
Louise Morand
Tataouiner (v. intr.)
Hésiter, tergiverser, être dans l’indécision. D’abord, ce verbe compte quatre syllabes et des sons très opposés : deux « TA » sonores, puis deux autres très doux et glissants. En le prononçant, c’est comme si on voyait les cerveaux se colletailler en employant des arguments futiles, sans valeur. « Sans tes &?% de tataouinages, on aurait trouvé la solution à ce petit problème. »
Mario Laprise
Écrapouti (adj.)
Par grande chaleur, nos chats s’écrasent sur la galerie : ils sont tellement défaits qu’ils paraissent tout simplement écrapoutis, aplatis.
Jean Lachance
Jarnigouenne (n. f.)
Avoir de la jarnigouenne était utilisé souvent par mes parents et mes grands-parents, mais peu de gens de moins de 60 ans en connaissent le sens. Expression purement québécoise, c’est non seulement être intelligent, mais c’est aussi savoir se débrouiller dans des situations problématiques.
Hugues Maltais
Cossin (n. m.)
J’aime ce mot parce qu’il a une valeur indéfinie, au même titre qu’une lettre dans une formule d’algèbre ou une intonation dans un ramassis de jolis mots dépareillés qu’on appelle la poésie. Chez les Québécois, les cossins sont partout et prennent la forme de n’importe quoi. « Mets ça dans le tiroir à cossins ! » « Ramasse tes cossins et sors d’ici ! » Ou pire : « Arrête de t’en faire avec des cossins… »
Danielle Lachance
Quétaine (adj.)
J’aime le mot « quétaine », qui n’est pas une déformation d’un mot anglais comme l’est « bécosse », pour « back house », par exemple. D’où vient « quétaine » ? Sans doute de la créativité linguistique des gens de chez nous, car aucune des sources que j’ai consultées n’en donnent d’explications. Mais tout peut être qualifié de quétaine : une chanson, une remarque, une personne, une question ou une réponse, une tenue, une décoration. Bref, dire qu’on manque de goût et de finesse, c’est dire qu’on est quétaine.
Diane Parent
Enfirouaper (v. tr.)
Pour moi, il a toujours été synonyme de se faire avoir, d’être trompé ! C’est un mot savoureux et ludique. En quoi se faire envelopper dans la fourrure peut-il signifier se faire tromper ? J’aimerais connaître l’anecdote qui l’a vu naître dans l’esprit des Québécois ou des Canadiens français du XIXe siècle.
Robert Raymond
Écornifler (v. tr.)
J’ai toujours aimé ce mot, que je trouve imagé. On s’imagine de multiples façons d’épier par les fenêtres ou autres, le logis ou l’espace de quelqu’un d’autre. On peut facilement prêter toutes sortes d’intentions à celui qui écornifle, mais rarement sont-elles malveillantes.
Madeleine Lord
Les mots en « oune »
Dans toute la francophonie, il n’y a qu’au Québec que l’on trouve autant de mots en oune : bisoune, zizoune, ti-coune, foufoune, pitoune, guidoune, moumoune, doudoune, coucoune, poupoune, nounoune, toutoune, toune, noune, minoune, baloune, baboune, gougoune… L’arabe est premier dans le monde et le Québec est bon deuxième… Fascinant !
Pierre Viau