2 juin 2006

Belle victoire, docteur Thorburn

« C'est dur de voir tes coéquipières travailler tellement fort pour toi »

La rhumatologue américaine de 36 ans a beau exercer un métier passionnant, gagner une course de vélo avec l'aide de ses coéquipières, c'est encore plus prenant.

« Je suis vraiment contente », a confié Thorburn en chassant les moustiques qui bourdonnaient autour de son maillot fluorescent. « C'est si difficile de défendre le maillot de leader à partir du premier jour. Et c'est dur de voir tes coéquipières travailler tellement fort pour toi. Tu dois répondre à l'appel. »

Thorburn (Webcor-Platinum) l'a fait admirablement bien, soutenant le rythme de ses principales rivales dans la montée finale de quelque trois kilomètres. Au fil, l'Américaine a fini cinquième, ne cédant qu'une seconde à la gagnante de l'étape, l'Allemande Judith Arndt (T-Mobile).

Après le calcul des bonifications, Thorburn a appris qu'elle avait remporté le Tour du Grand Montréal par la marge infime de deux secondes devant l'Allemande Trixi Worrack (Nurnberger), deuxième de l'étape.

Ces deux secondes, Thorburn les a glanées en finissant troisième de deux sprints intermédiaires, dont le dernier à un peu plus de trois kilomètres de l'arrivée. Arndt, qui avait gagné les deux premiers, a passé son tour pour ce dernier sprint intermédiaire, préférant garder toutes ses cartouches pour l'ascension finale.

« Il y a une limite aux sprints que les jambes peuvent te donner. J'ai préféré y aller pour la victoire d'étape », a raconté la toujours sympathique Arndt, gagnante de la Coupe du monde sur le mont Royal samedi.

Les Webcor-Platinum de Thorburn ont été mis à mal pendant près de la moitié de l'étape de 115 kilomètres, cinq boucles culminant sur un flanc du mont Saint-Hilaire.

Au kilomètre 58, une échappée à huit coureuses s'est formée, incluant l'Américaine Kristin Armstrong (Lipton), quatrième au général à 12 secondes de la meneuse avant le début de l'étape. La Canadienne Erinne Willock, coéquipière de Thorburn, y était aussi, mais elle n'a bien sûr pas contribué.

L'avance du groupe de tête a rapidement atteint 58 secondes. C'est là que les coéquipières de Thorburn se sont mises au charbon, refermant graduellement l'écart. À 20 kilomètres de l'arrivée, Willock, appelée en renfort, s'est laissée glisser jusqu'au peloton pour faire sa part. La jonction s'est faite quelques kilomètres plus loin.

La Montréalaise Anne Samplonius a attaqué avec un kilomètre à faire, mais elle s'est fait rejoindre à 200 mètres de la ligne. La coureuse de 38 ans, transformée et plus mince que jamais, a fini le Tour au neuvième rang, soit le meilleur résultat québécois.

« Ça faisait trois ans que je n'avais pas eu ce genre de forme. Dans le sport, les gens t'oublient facilement. Je ne me suis pas surprise parce que je savais que la forme était là, en quelque part », a expliqué Samplonius, établie à Montréal depuis quatre ans après avoir bourlingué un peu partout au Canada.

Samplonius apprécie le support financier du gouvernement du Québec, sa blonde vit ici et elle adore Montréal. « C'est à gauche sur le plan politique et j'aime ça. Je ne veux pas rentrer dans la politique, mais je souhaiterais que le reste du Canada se réveille et adopte la mentalité québécoise. »

Samplonius a prodigué quelques conseils à la grande révélation de ce Tour du Grand Montréal, Alex Wrubleski, 22 ans. La puce de Calgary, pas mal vannée hier, à été la meilleure Canadienne au classement général, se classant septième à 35 secondes de la gagnante. L'ancienne patineuse de vitesse longue piste n'écarte pas l'idée de revenir à ce sport, mais elle est maintenant convaincue qu'elle continuera dans le vélo.

« C'est souvent comme ça : quelqu'un comme Lyne Bessette prend sa retraite, et soudainement, quelqu'un sort de nulle part et devient bon immédiatement, a souligné Samplonius. Alex a la tête, elle a le talent, il ne lui reste plus qu'à apprendre les tactiques de course. »

Dre Christine Thorburn, elle, n'a plus grand-chose à apprendre. À son retour à Palo Alto, en Californie, elle enfilera son sarrau et passera quatre des huit prochains jours en clinique. « Je dois rattraper le temps perdu... »


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