Lyne Bessette ne voulait pas jouer le rôle de figurante
La peur s'est installée subrepticement dans son inconscient. Plutôt que de prendre tous les risques pour gagner une course, guitte à se rompre les os, Lyne Bessette pensait plutôt à rallier l'arrivée saine et sauve. Moi, figurante ? Non merci.

Bessette a donc décidé de poser pied à terre pour la dernière fois et de mettre un terme à une brillante carrière de 10 ans, confirmant ainsi ce que La Presse annonçait dans son édition d'hier.
Souriante, Bessette a amorcé sa conférence de presse avec entrain et aplomb, hier après-midi, devant parents et amis venus l'encourager. Mais le trop plein d'émotions l'a rattrapée quand est venu le temps de prononcer une phrase lourde de sens : « Je vais maintenant rouler à vélo... pour le plaisir de rouler. »
Ces mots rendaient la retraite encore plus concrète, ce moment tant redouté par les athlètes de haut niveau. Sa voix s'est étranglée et quelques larmes ont coulé, mais le sourire est vite revenu. « Je vais maintenant faire de la cuisine -des biscuits ! (elle en avait apporté une fournée aux journalistes) - jardiner, m'occuper de mon mari, ma famille, mes amis et de ma maison. J'aimerais un jour avoir des enfants... et avoir tous mes membres le moment venu », a confié l'athlète de 30 ans.
Bessette a pris sa décision finale en disputant le Tour de l'Aude, la semaine dernière. De retour après une sérieuse blessure à une épaule, elle a vite compris qu'elle n'avait plus la témérité pour « frotter » aux avant-postes. « J'essayais de le cacher, mais j'avais tellement la chienne. J'avais peur. Je ne pensais pas à comment j'allais gagner. Je pensais à ne pas tomber. Ce n'est pas bon. »
Une série de blessures en début d'année a coupé court à sa nouvelle expérience avec la formation allemande T-Mobile. En février, en Australie, elle a fait une chute sévère lors du Tour de Geelong, subissant une commotion cérébrale. Hier, Bessette a révélé qu'il s'agissait là de sa huitième commotion. « Ça a même entraîné des problèmes de vision. »
Mise au repos pendant 10 jours, Bessette est revenue à l'entraînement en prévision des Jeux du Commonwealth, à Melbourne, qui auraient été ses troisièmes. Elle a toutefois chuté de nouveau lors de l'inspection du parcours de vélo de montagne, se disloquant une épaule. Elle a mis deux mois pour se remettre de cette nouvelle blessure, choisissant de repousser une opération inévitable pour participer au Tour de l'Aude. Mais le coeur n'y était plus.
Éric van den Eynde, entraîneur personnel de Bessette, juge ironique le tracé d'un athlète d'élite. D'abord animé par le plaisir du sport, l'athlète finit souvent par perdre le sens de son investissement quand la pression et les attentes se mettent de la partie, a-til soutenu hier. « Tu commences à performer et on te tombe dessus si tu ne réussis pas quelque chose. Comme si tu devais quelque chose à quelqu'un. »
L'an dernier, Van den Eynde a commencé à sentir cette perte de plaisir chez Bessette. « Je lui ai dit : si le sourire ne revient pas, tu te trouveras un autre coach. Parce que, moi, je ne suis pas supposé faire pleurer. J'avais eu le même genre de discussion avec Clara Hughes. »
Les deux dernières saisons ont été plus difficiles, mais Bessette conserve de merveilleux souvenirs de sa carrière de 10 ans sur un vélo. D'abord destinée à l'enseignement, Bessette a bifurqué vers le vélo à l'âge de 21 ans, histoire de retrouver la forme après s'être blessée... en athlétisme. Son rêve était de participer aux Jeux olympiques ; elle y est allée deux fois, à Sydney, en 2000, et à Athènes, en 2004.
À ses yeux, son plus beau moment demeure sa médaille d'or à la course sur route des Jeux du Commonwealth de Kuala Lumpur, en 1998, ce qui l'a en quelque sorte mise au monde sur la scène du cyclisme international. La quadruple championne canadienne en a conservé une cassette qu'elle écoute à l'occasion en famille.
« Chaque fois, mon père n'est pas sûr que je vais gagner ! a raconté Bessette sous l'oeil amusé de son père. C'est tellement une belle sensation. C'est comme si je revivais la course. »
La retraite de Bessette survient à quelques jours de l'épreuve de Coupe du monde de cyclisme féminin présentée sur le mont Royal. L'événement était déjà privé de sa quadruple championne Geneviève Jeanson, mise à la retraite forcée à la suite d'un contrôle antidopage positif.
Bessette estime que la course n'en souffrira pas. « La Coupe du monde est vraiment un bel événement. Daniel (Manibal, l'organisateur) fait un excellent travail pour la mettre sur pied. Ce n'est pas la course de Lyne Bessette, c'est la course de Montréal, et ça appartient aux Montréalais. Je ne voulais pas prendre le départ pour abandonner. Ce n'est pas moi. »
La cycliste de Knowlton sera néanmoins sur place samedi pour saluer les gens et encourager ses anciennes collègues. À l'automne, elle se fera opérer à l'épaule ou elle se remettra au cyclo-cross... pour le plaisir.
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