« Lance Armstrong n'est pas coupable », « L'enquête de L'Équipe était un pétard mouillé », « Armstrong ne s'est pas dopé » clamaient télés, radios et sites Internet, hier. Alors, on tire sur le messager, on tourne la page et on érige une stèle en l'honneur du septuple gagnant du Tour de France ? Pas si vite.

Chargé par l'Union cycliste internationale (UCI) de mener une enquête à la suite des révélations de L'Équipe à l'effet qu'Armstrong était dopé à l'EPO lors du Tour de France de 1999, l'avocat néerlandais Emile Vrijman a déterminé que le Texan devait être blanchi, blâmant au passage l'Agence mondiale antidopage (AMA).
Le contraire aurait été renversant.
Sans être fausses, les conclusions de L'Équipe n'auraient jamais pu tenir la route sur le plan légal, comme l'a souligné le journaliste Damien Ressiot dès la sortie de ses papiers.
Quand un athlète doit fournir un échantillon d'urine, il en fournit deux en réalité, le A et le B, scellés et manipulés de la même façon, selon les règles de l'art. Le B sert à des fins de contre-vérification quand le A contient une substance interdite. Ainsi, l'athlète coupable ou un de ses représentants a la prérogative légale d'assister en personne à tout le processus de contre-vérification de l'échantillon.
Dans le cas d'Armstrong, les échantillons A n'existaient plus.
À des fins de recherche, le laboratoire français de Châtenay-Malabry s'est servi des échantillons B des Tours de France 1997, 1998 et 1999 pour valider un test de détection de l'érythropoïétine (EPO), une substance dopante interdite. Ce sont ces résultats que L'Équipe a obtenus.
Même s'il n'a pas eu à le faire, Armstrong n'aurait donc jamais pu se défendre des accusations de L'Équipe. C'est comme si un procureur de la couronne étalait sa preuve dans le cadre d'un procès criminel sans que l'avocat de la défense ne puisse le contre-interroger ni défendre son client.
Les échantillons ont-ils été bien manipulés ? Peut-on suivre leur trace à partir du prélèvement jusqu'à leur arrivée en laboratoire ? Ont-ils été entreposés à la bonne température ? Scellés ? Un malfaisant aurait-il volontairement inséré des gouttes d'EPO parce qu'il n'aime pas Armstrong et est jaloux de ses succès ?
Farfelu ? Peut-être. Improbable ? Sans doute. Mais voilà exactement ce qu'Armstrong racontait à Larry King sur CNN quand les accusations sont sorties. Et il avait bien raison.
Lance Armstrong était-il dopé ? Sans doute. Peut-il être accusé sur la place publique ? Non.
La lutte antidopage est fondée sur le droit. Les règles ne peuvent être contournées parce qu'un gros nom en apparence dopé s'en tire. On est dans un État de droit ou on ne l'est pas.
Quand le laboratoire de Châtenay-Malabry a obtenu la permission de se servir des échantillons B, il aurait normalement dû s'assurer que les fioles ne pouvaient plus être reliées à un individu. Dans le cadre d'une recherche, les scientifiques ne sont plus tenus de suivre une procédure stricte. D'où l'impossibilité de s'en servir pour des accusations.
« Je suis déçue », a confié Christiane Ayotte. Dès la sortie des informations de L'Équipe, la directrice du Laboratoire de contrôle du dopage de l'INRS-Institut Armand-Frappier craignait que la lutte antidopage perde de la cré dibilité auprès des athlètes, des instances sportives et du public. « Je n'ai pas lu le rapport, mais d'après ce que j'entends, on est au même point qu'il y a six mois », juge Mme Ayotte, toujours inquiète.
D'une part, elle n'accorde pas de crédibilité à l'avocat Emile Vrijman et au scientifique l'ayant assisté dans son enquête, Adriaan van der Veen. Elle connaît bien les deux hommes pour les avoir affrontés à deux ou trois reprises dans des causes devant le Tribunal arbitral du sport. Elle les appelle le « Dutch pack ».
D'autre part, pourquoi avoir mandaté un homme qui a l'habitude de défendre les athlètes convaincus de dopage ? demande Mme Ayotte. « Et ce van der Veen, c'est un métrologiste, un spécialiste de la mesure. Il n'a aucune expertise en matière de dopage sportif », soulève-t-elle.
Mme Ayotte aimerait savoir pourquoi les échantillons ont pu être reliés à un individu et quel a été le rôle précis de l'AMA et du laboratoire français dans cette histoire.
Sans réponses claires à ces questions, c'est la crédibilité de tout le système de lutte contre le dopage sportif qui s'en va à vau-l'eau. Et le grand public qui continue d'être mêlé.
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