Ed Beamon savourait sa victoire dans la chaleur étouffante de Saint-Georges. Le directeur sportif de l'équipe Navigators venait de voir deux de ses hommes, Valeriy Kobzarenko et Sergey Laqutin, confirmer leurs deux premières places au classement général final de ce 21e Tour de Beauce, qui s'est conclu hier après-midi ar la victoire d'étape du Canadien Andrew Pinfold.

« Un journaliste a écrit que j'étais stupide... » a sifflé Beamon, adressant un sourire en coin à l'auteur de ces lignes. L'Américain ne lit pas le français, mais il a su que la « stratégie » de son équipe, lors de la deuxième étape à Saint-Joseph, avait été raillée dans La Presse.
Magnanime, Beamon ne s'en est pas offusqué, reconnaissant que des « problèmes de communication entre les coureurs » avaient mis tout le monde dans le pétrin.
Cependant, les Navigators dépassaient tout le peloton d'une tête et les deux meilleurs coureurs ont gagné.
N'accusant qu'un retard de 18 secondes, l'Américain Danny Pate (TIAA-CREF) y est allé de quelques attaques dans les rues de Saint-Georges, hier, mais il s'est sagement rassis sur sa selle quand il a vu cinq Navigators collés à sa roue. Le podium du Tour de Beauce 2006 était scellé.
Les gens s'interrogent souvent sur le calibre des coureurs en Beauce.
Jugez par vous-mêmes : Kobzarenko a été champion ukrainien sur route en 1997, a été sélectionné pour trois Jeux olympiques et a remporté une médaille d'argent à la poursuite par équipe aux Mondiaux sur piste de 1998; Lagutin a remporté les Championnats du monde sur route de Hamilton, en 2003, dans la catégorie des moins de 23 ans ; Pate, une grande échalote de 6'l, a enlevé le titre du contre-la-montre dans la même catégorie en 2001.
Bref, si le calibre du peloton est plutôt disparate, vous ne verrez pas de pied de céleri sur le podium du Tour.
En temps normal, Lagutin, gagnant au sommet du mont Mégantic, aurait été le leader des Navigators en Beauce. L'Ouzbek a toutefois souffert de la fatigue en début de semaine. Kobzarenko en a profité pour sortir de l'ombre et remporter la première étape à Lac-Etchemin et s'installer comme coureur « protégé » de son équipe.
C'était la première fois que ça lui arrivait en deux ans. II n'a pas raté sa chance. « C'est une victoire vraiment importante pour moi. Je remercie mes coéquipiers d'avoir cru en moi. Je suis prêt à rendre la pareille à quiconque en aura besoin » a confié Kobzarenko, qui a graduellement retrouvé le sourire après la débandade de la deuxième étape.
Plutôt sympathique, l'Ukrainien s'est appliqué à parler français aux reporters, une langue qu'il a apprise lors d'un séjour de deux ans à Nantes. Poli, il a aussi envoyé un « merci » à un coureur québécois qui lui a permis de garder sa roue lors du critérium de vendredi soir.
Et galant -ou charmeur-, Kobzarenko a remis ses fleurs à la photographe officielle du Tour en descendant du podium. En voilà un qui voudra revenir en Beauce.
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