16 juin 2006

Lagutin, un Ouzbek, au firmament

Pas nécessaire de se payer un voyage en Europe pour assister à une bonne course de vélo.

En l'absence d'une ou deux formations surpuissantes aptes à tout contrôler, le Tour de Beauce 2006 s'annonce comme l'un des plus chaudement disputés des dernières années. Le calibre n'est pas le même, mais on est loin de l'écrasante domination des CSC d'Ivan Basso au dernier Giro ou des victoires finement planifiées de Lance Armstrong au Tour de France.

L'équipe américaine Navigators avait peut-être les chevaux pour le faire, mais elle a foiré lors de la deuxième étape, mercredi, ouvrant la porte à ses rivaux. Comment ont réagi les coureurs en bleu ? De la plus belle des façons, soit en remportant l'étape-reine du Tour, hier.

Champion du monde des moins de 23 ans en 2003 à Hamilton, Sergey Lagutin a démontré que son statut de favori n'était pas de la frime en triomphant à l'observatoire du mont Mégantic.

L'Ouzbek s'est détaché d'un groupe de quatre à un peu moins de deux kilomètres du fil et a résisté à la poussée du Colombien Gregorio Ladino Vega (Tecos), l'emportant avec une avance de sept secondes.

Malgré de gros efforts dans une échappée au long cours, l'Ukrainien Valeriy Kobzarenko (Navigators), gagnant de la première étape, a fini troisième devant l'Américain Danny Pate (TIAA-CREF).

L'Allemand Stefan Parinussa (Sparkasse) s'est battu avec acharnement sur les pentes escarpées de Mégantic pour conserver son maillot jaune de leader. Presque complètement isolé dans les 30 derniers kilomètres, le coureur de Cologne a fini 10e, concédant 1 min 32 sec à Lagutin.

« L'an prochain, je vais pleurer la veille de l'étape du mont Mégantic », a confié Parinussa, ravi de conserver son maillot. Son avance a toutefois fondu à 32 secondes sur Kobzarenko et à 37 secondes sur Lagutin.

Ces derniers étaient dépités de la débâcle de l'équipe, la veille. Ils ne s'étaient d'ailleurs pas gênés pour l'exprimer. « On a dormi (mercredi) », a concédé Lagutin peu après sa victoire.

Hier, Lagutin et sa bande ont exercé une pression de tous les instants sur les Sparkasse de Parinussa. Malgré un vent insistant, ces derniers ont imposé un tempo très rapide lors des deux premières heures de course.

Les Allemands n'ont toutefois pas été en mesure de répondre à l'attaque de l'Australien Glen Alan Chadwick, suivi de Kobzarenko, dans une bosse au 69e km. Leur avance a oscillé autour de deux minutes sur les 60 kilomètres suivants. La chasse des Sparkasse - une grosse banque allemande - a épuisé les troupes, les hommes en rouge explosant un à un. Avec 25 km à faire, il n'y avait plus que le Tchèque Richard Faltus pour appuyer Parinussa.

Ce dernier a toutefois profité de l'aide des TIAA-CREF de Pate et des Tecos de Fredy Parra, respectivement cinquième et troisième au général. Le Québécois François Parisien (TIAA-CREF) a abattu sa part de la besogne.

Quand le groupe de tête de quelque 25 coureurs est arrivé au pied de la montée finale de cinq kilomètres, Chadwick et Kobzarenko ne détenaient plus qu'une priorité de 1 min 09 sec. Chadwick a commencé à zigzaguer sur la première rampe, tandis que Kobzarenko a gardé le rythme, si bien qu'il a pu donner un coup de main à son pote Lagutin quand ce dernier s'est pointé à sa hauteur. L'Ouzbek est parti seul à 500 mètres de la ligne.

« Tout s'est passé exactement comme on l'avait planifié, a expliqué Lagutin. Les Sparkasse étaient forts sur le plat, mais pas autant dans les montées. Tous les gars de l'équipe ont bien travaillé pour m'aider à gagner l'étape. » Ed Beamon, directeur sportif de Navigators, respirait un peu mieux. « Juste de me lever ce matin, c'était déjà une meilleure journée que la veille... »

ROUES LIBRES

Walters distance Maheu
Jean-Sébastien Maheu a poussé un juron en franchissant le fil d'arrivée au sommet du mont Mégantic. Il n'était pas le seul. Le représentant de l'équipe du Québec souhaitait rester dans la lutte pour le maillot bleu de meilleur Canadien. Toutefois, l'Ontarien Mark Walters (Navigators) était nettement plus fort et il lui a pris 1 min 23 sec. Maheu a fini 24e de l'étape, à 3 min 30 sec du gagnant. «J'avançais pas, a constaté Maheu. J'ai perdu des coéquipiers et il y avait un vent de face toute la journée. C'est plus facile de rester dans les bordures quand t'as des coéquipiers avec toi. »

Pate déçu
Danny Pate (TIAA-CREF) était passablement déçu de sa quatrième place (+19 secondes). « C'est OK, mais j'espérais rester avec les deux Navigators. Ils ont fait un très bon travail pour me lâcher. » L'Américain partira favori ce matin pour le contre-la-montre de 15 kilomètres. « Je pourrais être en mesure de gagner du temps sur eux, mais ce ne sera pas beaucoup», a évalué l'ancien champion du monde, espoir de la spécialité (2001). Quatrième au général, Pate pointe à 1 min 04 sec du maillot jaune Stefan Parinussa.

Un Navigators expulsé
Valeriy Kobzarenko et Sergei Lagutin ont perdu un atout de taille dans la lutte pour le maillot jaune. Quatrième au général, David O'Loughlin, champion irlandais, a en effet été forcé d'abandonner la course après s'être accroché à la voiture de son patron Ed Beamon un peu trop longtemps aux yeux du commissaire en chef. O'Loughlin venait de consulter le médecin de la course pour une induration à la selle. Une crevaison a suivi et le mécano de Navigators a eu à effectuer un ajustement du frein arrière. Beamon juge que le commissaire a été beaucoup trop sévère.

Italpasta
Nos excuses aux collègues du Soleil et du Journal de Québec, qui se sont fait tomber sur la tomate par le directeur sportif de l'équipe canadienne Italpasta-Transport Belmire CC News, hier matin. John Harris brandissait l'article de La Presse, offusqué que la troisième place de son poulain Cameron Hughes ait été ignorée. M. Harris a soutenu que sa petite équipe a bien plus besoin de visibilité qu'un géant de l'assurance comme Navigators. Comme punition, on a mangé deux boîtes d'Italpasta au souper, hier soir.

AUJOURD'HUI
Le maillot jaune Stefan Parinussa résistera-t-il à Kobzarenko et à Lagutin au contre-la-montre de 15 km à Saint-Jean-de-la-Lande, ce matin ? Ça lui prendrait presque un miracle, d'autant qu'il n'a pas apporté son vélo de contre-la-montre en Amérique du Nord. Souhaitons-lui l'aide d'un bon samaritain. Après un repos en après-midi, les coureurs s'aligneront en soirée pour un critérium de 60 km dans le centre-ville de Saint-Georges-de-Beauce.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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