15 juin 2006

Les Navigators perdent le cap

Saint-Joseph

Si on était propriétaire d'un navire, on ne confierait pas la barre à Ed Beamon, directeur sportif de l'équipe Navigators.

Même si tous les astres étaient alignés avant le début de la course, Beamon et ses moussaillons se sont royalement plantés lors de la deuxième étape du Tour de Beauce, hier, à Saint-Joseph.

Non seulement ont-ils perdu le maillot jaune que détenait l'Ukrainien Valeriy Kobzarenko, ils n'ont pas été foutu de monter sur le podium de l'étape. Les irlandais David O'Loughlin et Ciaran Power s'étaient pourtant économisés toute la journée. Ils n'ont fini que quatrième et cinquième même s'ils formaient le tiers de l'échappée finale de six coureurs.

En guise « d'appréciation », Kobzarenko a lancé son chandail en direction d'O'Loughlin quelques minutes après la course. Troisième avant le début de l'étape, l'Ukrainien Sergey Lagutin, un favori, a lui aussi passé un savon à quelques-uns de ses coéquipiers.

Bref, le diable est aux vaches chez Navigators et deux hommes en ont largement profité: le Colombien Fredy Parra (Tecos), gagnant de l'étape, et l'Allemand Stefan Parinussa (Sparkasse), deuxième et nouveau porteur du maillot jaune.

Parinussa avait été un peu raillé par Kobzarenko et Lagutin au terme de la première étape de mardi. L'Allemand de 31 ans, né d'un père indonésien, avait passé la journée sur le porte-bagages des deux Navigators, incapable de contribuer à l'échappée.

« Je voulais montrer que je pouvais rouler de façon différente », a raconté Parinussa, hier, précisant qu'il avait pâti d'une longue journée de voyagement lundi. Auteur de trois succès d'étape dans des courses similaires à la Beauce plus tôt cette saison, Parinussa a indiqué que ce maillot jaune était le plus grand accomplissement de sa carrière jusqu'ici.

Pourra-t-il le défendre aujourd'hui sur le mont Mégantic? « En tout cas, je ne le donnerai pas en cadeau », a indiqué Parinussa, que son directeur sportif qualifie de très bon grimpeur, mais de moyen contre-la montreur. L'Allemand détient une priorité de 1 min 58 sec sur Kobzarenko et de 2 min 06 sec sur Parra.

Ce dernier se dit dans une grande forme. À en juger par la façon dont il s'est promené hier - on l'a vu sortir sans forcer de l'échappée principale de 18 coureurs - le champion panaméricain de 2005 sera à surveiller sur les pentes de Mégantic.

Il a été surpris que les deux Navigators ne l'attaquent pas à tour de rôle dans le final, deux boucles de 3,8 kilomètres dans SaintJoseph. « Ils ont juste accéléré le rythme dans le dernier tour », a-t-il raconté.

Ce ne fut pas la seule erreur tactique des Navigators.

L'échappée principale de 18 coureurs s'est formée vers le 35e km de cette étape accidentée qui en comptait 180. Kobzarenko et Lagutin n'avaient que deux coureurs menaçants à surveiller: Parinussa et le Mexicain Fausto Esparza Munoz, qui les talonnaient au général.

Ils ont laissé filer le premier sans réagir. « L'Allemand nous a eus », a réagi le directeur sportif Beamon, se plaignant que la composition de l'échappée avait été annoncée un peu tard sur radio-tour. Ses hommes étaient pourtant à l'avant et n'avaient que deux numéros à surveiller. Au pire, O'Loughlin et Power auraient pu relayer l'info par la radio. Première erreur.

L'écart a rapidement atteint 6 min 35 sec. Même si cela contrevenait à leur plan de match initial, les Navigators n'ont eu d'autre choix que de s'installer en tête du peloton et d'imposer le rythme. Comme O'Loughlin et Power manquaient à l'appel, le Canadien Mark Walters et l'Australien Glen Alan Chadwick ont dû se taper l'essentiel du travail.

Avec moins de 25 kilomètres à faire, l'écart avait fondu à 1 min 30 sec. Mais le groupe de tête, qui ne comptait plus que six membres, a redonné un coup et les Navigators n'avaient plus les jambes pour répondre. À ce moment, O'Loughlin et Power auraient pu se laisser glisser jusqu'au peloton pour pousser à la roue. Ça n'a pas été fait. Deuxième erreur. Dix kilomètres plus loin, l'avance du groupe de tête avait bondi à 3 min 25 sec.

« Les Colombiens auraient pu venir nous aider - ils n'avaient personne à l'avant - mais ils n'ont rien fait », s'est plaint Beamon.

Ce dernier estime détenir encore plusieurs cartes à son jeu et croit que l'équipe Sparkasse regrettera l'initiative de Parinussa. « Le Tour de Beauce est une course difficile à contrôler. »

En attendant, les Navigators ont l'air un peu nono, ce qui n'est pas une première, paraît-il. « Les Navigators sont réputés pour chier dans la mitte ! » a résumé François Parisien, 46e de l'étape, à 2 min 53 sec du gagnant.

ROUES LIBRES

Maheu s'accroche
Il est tout sauf le coureur le plus confiant du peloton, mais Jean-Sébastien Maheu a connu une autre bonne journée, hier, se classant 20e de l'étape à 2 min 14 sec du gagnant. Mark Walters a fini dans le même temps, si bien qu'il conserve une avance de deux secondes sur Maheu dans la course pour le maillot bleu du meilleur Canadien. « J'ai bon espoir de réussir, a confié Maheu après la course. Si je m'amuse, tout va bien, si je suis stressé, je ne fais rien de bon. Je vais donc m'amuser!» Il y a deux ans, Maheu avait fini 32 secondes devant Walters au sommet de Mégantic. Ce dernier n'était toutefois pas dans d'aussi bonnes dispositions. Par ailleurs, Dominique Rollin a surmonté deux crevaisons - comme la veille ! - pour obtenir le meilleur classement canadien de l'étape, finissant 11e.

Pate se montre
L'Américain Danny Pate aurait mérité un meilleur sort que sa sixième place d'hier. Le leader de l'équipe TIAA-CREF a non seulement été l'initiateur de l'échappée gagnante, il aussi été son principal chef d'orchestre, chauffant un peu les oreilles des passagers et mettant toute la gomme jusque dans les derniers mètres. Au général, Pate pointe à la cinquième place, à 2 min 17 sec du leader. En 2003, il s'était classé quatrième au mont Mégantic et au classement général final.

Aujourd'hui
Après un hiatus d'un an, le Tour de Beauce retourne à l'observatoire du mont Mégantic, à 1100 mètres d'altitude. Le départ sera donné à Saint-Georges et les coureurs franchiront 153 kilomètres. La montée finale compte quelque cinq kilomètres à un degré d'inclinaison moyen de 9%, avec des passages à 14%.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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