C'est plus fort que lui, François Parisien ne peut pas se tenir tranquille dans un peloton. Fatigué ou pas, on le voit invariablement se pointer le nez à l'avant, à l'affût d'une occasion pour s'échapper. Un vrai ressort sur deux roues !

Épuisé par deux semaines de course aux États-Unis, un rhume dormant et une longue journée de voyagement, Parisien n'allait quand même pas chômer, hier, à l'occasion de la première étape du Tour de Beauce, une boucle de 164 kilomètres autour de Lac-Etchemin.
Vers la mi-course, Parisien a faussé compagnie au peloton en compagnie de l'Australien Tony Mann. Leur escapade n'a pas duré longtemps, mais le Québécois a voulu en découdre de nouveau quand l'Ouzbek Sergey Lagutin et l'Ukrainien Valeriy Kobzarenko ont placé ce qui allait s'avérer l'attaque gagnante. Parisien n'a pu les suivre, mais il était là quand ça comptait. Il a fini 32e de l'étape, à 2 minutes 48 secondes du gagnant, Kobzarenko.
« C'est en Bretagne que j'ai appris à courir de façon agressive. Les courses là-bas sont toujours agressives. C'est mon style et c'est comme ça que je me sens bien », a raconté le coureur de 24 ans, quelques heures plus tard, écrasé sur un lit dans sa chambre d'hôtel de Saint-Georges-deBeauce.
Sur le lit voisin, Jan McGregor, un coéquipier de l'équipe TIAA-CREF, fait des gorges chaudes en voyant entrer le journaliste. « Oh, vous venez interviewer le roi du Canada ! » a lancé le jeune espoir américain.
Parisien sourit. L'ambiance est bonne dans l'équipe et il y a des choses pires dans la vie que de se faire tirer la pipe parce qu'on est champion canadien sur route. Le coureur de Repentigny a remporté ce titre à Kamloops, il y a un an.
Encore aujourd'hui, Parisien ne comprend pas pourquoi sa victoire a été perçue comme une surprise.
« Tout le monde me considérait comme un outsider, mais j'avais fini cinq fois deuxième (route et contre-la-montre) dans des catégories inférieures. Pour moi, cette victoire était une évolution normale, une autre étape. »
Un Parisien en France
Ne pas sauter d'étape. Cette phrase en forme de mantra revient souvent dans la bouche de Parisien lorsqu'on lui demande de brosser le portrait de ses dix années en cyclisme.
Il a été initié à l'âge de 13 ans par le père d'un nouveau voisin. Le vélo est un sport coûteux et ses parents n'étaient pas chauds à l'idée. « Il y a eu des étincelles, mais heureusement, tout s'est rétabli », révèle-t-il.
Ses parents ont vu tout le sérieux de leur fils quand il a décidé de s'expatrier en Europe dès l'âge de 18 ans. Il a passé quatre ans dans des équipes amateurs françaises, progressant d'un niveau à chaque 12 mois.
À ses yeux, quelques années d'apprentissage en Europe sont incontournables pour quiconque souhaite faire carrière dans les grandes ligues, c'est-à-dire le circuit ProTour.
« Si un jeune me demandait conseil, je lui dirais que l'Europe, c'est la meilleure place pour apprendre. C'est là où le vélo est numéro un. Les Européens viennent jouer au hockey au Canada et aux États-Unis. Nous autres, c'est l'Europe. Si t'es bon, tu vas percer, si t'es pas bon, tu ne peux pas. »
Un Québécois à Gérone
Son titre de champion canadien a valu à Parisien un contrat avec l'équipe continentale américaine TIAA-CREF.
La formation TIAA-CREF - une gigantesque firme américaine de services financiers - est axée sur le développement, mais elle souhaite intégrer le ProTour en 2009. Elle est surtout bien structurée et dirigée par quelqu'un qui connaît le tabac, Jonathan Vaughters, l'un des meilleurs coureurs américains des années 90.
Vaughters a été le premier Américain à établir ses quartiers à Gérone, en Espagne, là où Parisien partage un appartement avec quatre ou cinq coéquipiers. Lance Armstrong est venu s'y établir quelques années après Vaughters, et depuis, Gérone est devenue la plaque tournante des cyclistes nord-américains basés en Europe. Encore cette année, Parisien voyait des touristes jeter un oeil à l'ancien appartement du septuple vainqueur du Tour de France.
À moyen et long termes, Parisien cible les Jeux olympiques de Pékin, en 2008, souhaite gagner sa vie en faisant du vélo et aimerait participer à l'un des trois grands Tours (France, Italie, Espagne). « Si j'y suis un jour, c'est parce que je vais être capable de le faire. Tu ne peux pas sauter d'étape, surtout pas en cyclisme sur route, où tout se construit sur l'accumulation des kilomètres. »
Il lui en reste quelque 700 à parcourir sur les routes cahoteuses de la Beauce, après quoi il retournera chez papa et maman - ses plus grands fans - après une absence de sept mois. Ensuite, Parisien tentera de défendre son titre canadien, le let juillet, à Québec.
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