13 juin 2006

De la belle cuisse en Beauce

Le gentil policier qui nous a accueilli avec une contravention à l'entrée de Saint-Georges s'est inquiété pour la santé des cyclistes qui attaquent dès ce matin le 21e Tour de Beauce.

« Cette année, il y a plus de nids-de-poule que jamais. Il y a des trous gros comme ça qui ne sont pas remplis », a raconté le constable en nous remettant l'avis d'infraction, hier après-midi.

Ça en prendra plus pour énerver « les plus belles cuisses du monde », comme le dit le slogan de la campagne de promotion. L'an dernier, le peloton a confronté le froid, les grands vents, la pluie et la grêle. Alors quelques milliers de nids-de-poule ici et là...

La Beauce accueille cette année le plus grand peloton de son histoire - 22 équipes pour quelque 145 coureurs - en plus de renouer avec l'ascension du mont Mégantic, mise de côté en 2005.

Pourquoi ce retour sur la plus haute route asphaltée au Québec (1100 mètres) ?

« C'est la mélancolie », a résumé Sylvain Proulx, directeur général du Tour, au sujet de ce qui était devenu l'épreuve-phare de la course depuis que cette idée un peu folle a germé dans la tête de Jean Lessard, un des fondateurs du Grand Prix de Beauce, au début des années 1990.

Un nouveau gagnant
La version 2006 du Tour de Beauce couronnera un nouveau gagnant. L'Australien Nathan O'Neill, champion en 2005, n'y sera pas. Son équipe, Health Net, a déclaré forfait, tout comme plusieurs autres équipes américaines qui avaient leurs habitudes en Beauce. Le circuit domestique des États-Unis est en pleine expansion et le Grand Prix Nature Valley, une course à étapes dans le Minnesota, a été déplacé d'une semaine, concurrençant ainsi le Tour de Beauce.

L'épreuve de 830 kilomètres sur six jours semble donc plus ouverte que jamais.

Il y a bien l'équipe américaine Navigators qui compte quelques grosses pointures dans ses rangs - dont Sergey Lagutin, champion du monde des moins de 23 ans à Hamilton en 2003 - mais sinon, bien malin celui qui pourrait déterminer LE favori avant les premiers coups de pédale.

« Ça va rendre la course plus intéressante... et plus dure pour moi », a analysé Jean-Sébastien Béland, 32 ans, pilote d'avion et capitaine de route de l'équipe québécoise Volkswagen Trek.

Une course moins contrôlée pourrait aussi servir les intérêts des Québécois, toujours affamés en Beauce, comme ce fut le cas l'an dernier. Martin Gilbert, Charles Dionne et Dominique Rollin avaient signé des victoires d'étape. Rollin avait même enfilé le maillot jaune pendant deux jours.

Le hic, c'est que Gilbert et Dionne brilleront par leur absence. Le premier est au Minnesota, obligations contractuelles avec son équipe (Kodakgallery.com/Sierre Nevada) obligent. Son coéquipier Dominique Perras, qui s'est souvent illustré au pays des jarrets noirs, est sur le carreau. L'ancien champion canadien est tenaillé par des maux d'estomac depuis deux semaines et attend les résultats d'un examen subi hier.

Dionne, lui, est de retour au Québec après un voyage-éclair en Espagne plus ou moins fructueux. Il doit y retourner dans deux ou trois semaines pour y subir un autre test afin de déterminer la nature exacte du mal affligeant une artère de sa jambe gauche.

« C'est assez compliqué », a résumé un Dionne un peu abattu, hier, après avoir effectué ses premiers coups de pédale en un peu plus d'un mois.

D'autres Québécois devraient toutefois être en mesure de pimenter le spectacle.

Rollin, membre du Vélo Club de Roubaix, a obtenu quelques bons résultats ces derniers temps. Son récent périple France-Brésil-Canada-France-Canada en l'espace d'une dizaine de jours pourrait toutefois lui coûter quelques forces.

François Parisien sera difficile à manquer avec son maillot feuille d'érable de champion canadien. Le Repentignois a surtout couru en Europe depuis le début de la saison, mais il s'est fait remarquer la semaine dernière en Pennsylvanie. Son équipe TIAA-CREF a délégué plusieurs bons coureurs pour l'appuyer, dont l'Américain Danny Pate.

David Veilleux (Garneau Optik) et Éric Boily (Volkswagen Trek), deux coureurs de 18 ans, participeront à leur premier Tour de Beauce. On les aura à l'oeil, d'autant que les deux se sont accrochés lors du dernier Tour de l'Abitibi, une course junior finalement remportée par Veilleux.

Ce dernier a pas mal tout gagné depuis le début de l'année au Québec, mais sa tâche en Beauce sera d'apprendre, prévient Alexandre Lavallée, «joueur-entraîneur » de Garneau Optik. « Je veux avant tout qu'il apprenne à rouler dans le peloton », a indiqué Lavallée, méconnaissable avec ses cheveux courts et son visage émacié.

Les Québécois pourraient aussi se faire remarquer dans les voitures d'équipe. Martin Barras et Jacques Landry sont en effet de retour au pays. Le premier pilote une équipe australienne et le deuxième, une formation néo-zélandaise. On sait qu'il y a tellement de bons entraîneurs au Canada qu'on en prête à des pays qui en ont bien besoin. On y reviendra.

« Les plus belles cuisses au monde » entrent donc en action ce matin avec une étape de 166 km autour de Lac-Etchemin. Le parcours, qui inclut un large crochet dans Bellechasse, a été adouci pour favoriser les sprinters. Gare aux nids-de-poule... et aux radars.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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