Comme un basketteur enfilant les lancers francs à la chaîne, Geneviève Jeanson se disait que la loi de la moyenne finirait par prévaloir. Swish, swish, swish... Bon, ça y est, le prochain ballon, il ne rentrera pas. Mais non, ce n'est pas du basket, c'est du vélo. Et à ce jeu, sur le mont Royal, Jeanson n'a pas son pareil.

Inspirée par Kobe Bryant l'an dernier, Jeanson a encore une fois puisé dans les métaphores de basketball pour illustrer les sentiments qui ont animé sa troisième victoire consécutive ? sa quatrième en cinq ans ? à la Coupe du monde de cyclisme féminin, présentée hier après-midi sur le mont Royal.
Dans un scénario en copie conforme à ses deux triomphes précédents, l'athlète de 23 ans a semé un groupe d'une douzaine de coureuses dans les 250 derniers mètres de la voie Camilien-Houde.
« Chaque année, on dirait que j'attends la mauvaise journée. Je me dis : "Oh mon dieu, ça fait tellement longtemps que je gagne, peut-être que je suis due pour un pépin, un ennui mécanique ou quelque chose du genre". Mais encore une fois, tout semblait bien tourner. Même le soleil était là », a raconté une Jeanson radieuse, elle qui n'avait pas obtenu de victoire d'importance depuis exactement un an.
Avant la dernière ascension de Camilien-Houde, Jeanson a reçu à l'oreille un ordre très précis de son entraîneur André Aubut : « À 300 mètres, c'est toi qui donnes le premier coup de poing. »
La Québécoise a toutefois été prise de court par Erinne Willock, sa compatriote et ancienne coéquipière chez Rona. Jeanson n'a toutefois eu aucun mal à répondre à cette attaque et a immédiatement recollé à la roue de Willock. « À la minute où elle ralentissait, elle était cuite, j'y allais, a résumé Jeanson. J'avais tellement peur de me faire avoir à la ligne que j'ai mis chaque livre de ma charpente de 110 lbs sur les pédales... »
Jeanson a franchi le fil avec une avance de deux secondes sur l'Australienne Oenone Wood, de la puissante équipe allemande Nürnberger. Grâce à cette deuxième place, Wood a dépouillé la Suédoise Suzanne Ljungskog, cinquième hier, de son maillot de leader de la Coupe du monde. La Néerlandaise Mirjam Melchers-Van Poppel (Buitenpoort) s'est classé troisième, à quatre secondes de la gagnante.
Willock, elle, a fini sixième. En 2004, sous les couleurs de Rona, la Britanno-Colombienne avait largement contribué à la victoire de Jeanson. Cette année, cette dernière était en pratique seule, ses trois coéquipières américaines étant plutôt là pour l'encourager.
Jeanson s'était donc préparée pour une guerre de tous les instants, prêtant attention « à chaque changement de vitesse et à chaque mouvement d'ombre à l'arrière. » Mais à sa grande surprise, mis à part une attaque de l'Américaine Amber Neben dans l'avant-dernière montée, rien ne s'est passé.
«Seule, je n'étais pas en position de faire la course. Je me disais qu'il fallait seulement que je survive», a reconnu Jeanson, encore étonnée qu'on ne l'ait pas davantage mise à l'épreuve.
Avec plusieurs gros canons comme Neben, la championne du monde Judith Arndt et l'Australienne Olivia Gollan, troisième l'an dernier, un peu tout le monde s'attendait à ce que l'équipe Nürnberger multiplie les attaques. La course s'est plutôt déroulée à un rythme qui permettait discussions et blagues au sein du peloton.
Jeanson a franchi les 99,6 kilomètres en 2h55:43 (moyenne de 34 km/h), soit un rythme beaucoup plus lent que son record de 2001 (2h44:45 et moyenne de 36,3 km/h).
Admettant que son équipe avait failli à la tâche en ne remportant pas la victoire, Wood a néanmoins indiqué que tout le poids de la course ne devrait pas reposer sur les épaules des coureuses de Nürnberger.
« Il y a quand même eu quelques attaques de notre part, mais sur un parcours comme ça, ça devient une course d'attrition. Ce n'est pas toujours à nous de jouer les agresseurs. Parfois, il faut aussi utiliser notre propre tactique », a fait valoir Wood, 24 ans.
Fait à noter, une foule beaucoup plus modeste que les années précédentes a assisté à la course. Serait-ce le retour du soleil après trois semaines d'absence ? Le départ repoussé en milieu d'après-midi ? La télédiffusion en direct sur CBC ? En tout cas, Jeanson, elle, était là pour SON rendez-vous.
| nouvelles | achat & entretien | rouler au Québec | hors Québec | sécurité | course | cyclos | montagne | industrie | quoi d'autre ? |
Page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive