30 août 2004

Le petit anneau d'Ian

À force de me voir fermer l'ordinateur à trois heures du matin, le collègue Bernard Brault a fini par me surnommer Al Pacino, d'après son personnage de policier qui ne dort jamais dans Insomnia. On riait, même si ce n'était pas toujours drôle. Le décalage horaire de sept heures avec Montréal était bien pratique sur le plan professionnel, mais pas fameux pour le sommeil.

C'était donc vrai ce que me racontaient les vétérans confrères : le gigantisme des Jeux d'été n'a aucune commune mesure avec celui des Jeux d'hiver. La tâche reste cependant la même : se rendre au site, assister à la compétition, poireauter dans la zone mixte, écrire en vitesse et... courir jusqu'à la prochaine épreuve. Fait juste plus chaud.

Au terme de ce marathon de 16 jours, voici ce que mon esprit fatigué a retenu :

LA SURPRISE - La cérémonie d'ouverture. Moi qui déteste les feux d'artifice, je croyais m'y emmerder. J'ai plutôt été soufflé par l'allégorie historique et sportive. À donner des frissons. J'ai moins aimé l'arrogance des basketteurs américains, bien en retrait de leurs compatriotes lors du défilé des athlètes. Ils se croyaient à part et au-dessus de tout, ils se sont fait sortir par les Argentins en demi-finale. J'ai applaudi.

LA BELLE MÉDAILLE - Celle d'argent de Marie-Hélène Prémont en vélo de montagne. Drôle, rafraîchissante, touchante, elle est la parfaite incarnation de l'excellence, mais surtout de la santé par le sport. Même si je ne la connaissais pas du tout, j'ai insisté pour couvrir sa course. Je n'ai pas regretté. Quand je penserai aux Jeux d'Athènes, c'est son sourire dans la poussière du mont Parnitha qui me reviendra en tête.

LES BEAUX VAINCUS - Nicolas Gill et Alexandre Despatie. Malgré sa sortie discrète au premier tour, Gill a encore une fois été le plus généreux. Un grand athlète, un grand monsieur. J'aurais aimé être capable de traduire en mots le vibrant regard noir d'Alexandre Despatie après sa quatrième place au 10 mètres. En voilà un qui ne se contente pas de demi-mesures. Le plongeur ressemblait au Montréalais Guilio Zardo après sa cinquième place en bobsleigh aux Jeux de Salt Lake City. On les reverra sans doute sur la plus haute marche du podium.

LA BELLE VAINCUE - La pongiste Marie-Christine Roussy. Elle a l'esprit aussi vif que son coup de raquette. Elle peut vous analyser un match et le b.a.-ba de son sport en cinq minutes bien tassées. Elle m'a donné le goût de m'acheter une table de ping-pong, bien que dans un quatre et demi... Malgré les politiques décourageantes du Comité olympique canadien, souhaitons que d'autres jeunes pongistes puissent suivre ses traces.

LA CHUTE - Celle de Lyne Bessette, à la course sur route. Les coureuses canadiennes venaient de donner tout un spectacle sur ce parcours majestueux. On aurait tous aimé voir comment la cycliste de Knowlton, sans doute à ses derniers Jeux olympiques, se serait débrouillée lors de l'explication finale. Elle a eu la classe de ne montrer personne du doigt. C'est ça, le vélo.

LA DÉCOUVERTE - Le cyclisme sur piste. Y a-t-il un équipement sportif plus esthétique que le vélodrome ? Et que dire de ce son sourd si apaisant. Je regrette encore de ne pas m'en être enregistré une cassette pour mes siestes de l'après-midi. La victoire de Lori-Ann Muenzer a représenté tout un tonique pour l'équipe canadienne. Mais la victoire des Australiens à la poursuite par équipes, le soir précédent, m'a encore plus marqué. Ces grands hommes pleurant comme des veaux après avoir été accablés d'opprobre pour des suspicions de dopage, ça remue.

LE REGRET - Avoir raté la victoire tant attendue de Hicham El-Guerrouj sur 1500 mètres. J'étais dans la zone mixte, dans le sous-sol du Stade olympique, à attendre Perdita Felicien. Damnée haie.

LA VICTOIRE SYMPA - Celle des plongeurs grecs au tremplin de trois mètres synchro. En rentrant dans la salle de presse de notre village, j'ai vu le classement sur l'écran de télé : Grecs premiers, Chinois derniers. J'ai cru à une erreur, les bénévoles ont juré que non. Ils étaient tellement contents, je l'étais tout autant pour eux.

LA FOIS OÛ J'AI EU L'AIR LE PLUS FOU -Quand j'ai interrompu la conférence de presse de l'Américaine Nathalie Coughlin, gagnante du 100 dos. Comme la majorité des journalistes, je me poussais après le long point de presse d'Ian Thorpe suivant son historique victoire au 200 libre. Zut ! j'ai oublié mon calepin de notes. Par mégarde, j'ai accroché du pied un tuyau de métal, qui est tombé sur le plancher de dalles en ciment. Le bruit que ça a fait... La nageuse aux yeux bleu acier s'est retournée et m'a dévisagé. Voyant mon air catastrophé et mon visage rouge comme mon t-shirt, elle a éclaté de rire. Je me suis rassis pour l'écouter. Elle ne m'a pas rappelé.

LA REVANCHE - J'ai piqué le petit panneau sur lequel était inscrit le nom d'Ian Thorpe pour sa conférence de presse. Ce sera mon souvenir des Jeux.


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