En quittant le mont Parnitha, hier après-midi, Marie-Hélène Prémont portait toujours la couronne d'olivier coiffant tous les médaillés des Jeux olympiques d'Athènes. La chaleur pesait comme une chape de plomb et l'air goûtait fort la poussière. Mais il y avait ce sourire. Ce sourire dans lequel on pouvait lire tout le bonheur de la nouvelle vice-championne olympique de vélo de montagne.
Pratiquement inconnue hors de la région de Québec et des cercles cyclistes, Prémont, 26 ans, s'est révélée au monde entier en enlevant de brillante façon la deuxième place de l'épreuve de cross-country.
L'athlète de Château-Richer, en banlieue de Québec, n'a été devancée que par la Norvégienne Gunn-Rita Dahle, intouchable cette saison sur le circuit de la Coupe du monde. La nouvelle championne olympique a conclu le parcours de 31,3 kilomètres avec une avance de 59 secondes sur la Québécoise.
Solidement installée au deuxième rang pendant la presque totalité de la course, Prémont a commencé à songer à la médaille d'argent dans la dernière descente du circuit. «Je me disais : me semble que je me vois bien avec la petite couronne sur la tête et la médaille autour du cou», a glissé la cycliste quelques minutes après l'épreuve.
Aux deux tiers du parcours, l'Allemande Sabine Spitz a doublé Alison Sydor, privant ainsi le Canada d'un doublé historique. À ses quatrièmes Jeux olympiques, Sydor, bientôt 38 ans et médaillée d'argent à Atlanta en 1996, a vu ses chances de remonter sur le podium lui filer entre les doigts par une marge de 19 secondes.
«C'est décevant de finir si près du podium. En même temps, on a deux filles parmi les quatre premières. Marie-Hélène gagne une médaille, c'est donc un grand jour pour le vélo de montagne au Canada», a déclaré Sydor, néanmoins abattue, avant de se livrer en long et en large aux collègues anglophones.
À l'opposé, Prémont irradiait de joie. En se pointant dans la zone mixte, elle tentait tant bien que mal de nous décrire les sentiments qui lui ont traversé l'esprit quelques mètres avant de franchir le fil d'arrivée, le poing pointé vers le ciel.
«Ça a été une course incroyable, j'en ai des frissons, a lancé la double championne canadienne. Je savais que l'écart avec (Spitz) se maintenait et je savais que c'était possible. C'est vraiment l'une des plus belles journées de ma vie. Mon grand-père est décédé il y a un et demi. Il a été mon premier fan. Je suis sûre qu'il a poussé pour moi. Merci grand-papa !»
Le classement d'hier est en quelque sorte la confirmation de la hiérarchie mondiale en 2004. Dahle a remporté les cinq courses de Coupe du monde auxquelles elle a participé. La Norvégienne s'est fait une petite frayeur avec une chute et des problèmes de dérailleur en fin de parcours, mais son avance d'une minute 25 sur Prémont lui a permis d'éviter la catastrophe. «Ça fait partie du vélo de montagne», a indiqué Dahle, refusant de s'étendre sur ses ennuis mécaniques.
Deuxième au classement de la Coupe du monde, Prémont n'a jamais su que la meneuse éprouvait des problèmes. Elle voyait cependant que l'écart se refermait. Elle a bouclé le dernier tour de circuit avec le chrono le plus rapide.
«J'aurais pu rester assise avec l'écart que j'avais, mais j'ai tout donné dans la dernière montée. Par contre, une fois rendue dans la dernière descente, j'ai été plus prudente. C'était joué parce que Gunn-Rita et moi, on descendait à la même vitesse. Il fallait donc éviter les crevaisons et les chutes.»
Chrono à la main, Bernard Prémont, le père de Marie-Hélène, a eu le bonheur d'assister sur place à la performance de sa fille. Quelques minutes après la cérémonie des médailles, il avait peine à croire ce qu'il venait de voir.
«Ça a commencé avec son premier vélo rose CCM... Jamais on aurait pensé qu'elle s'enlignait vers les Jeux olympiques. Même il y a deux ou trois ans, on n'en parlait pas. Mais, de fil en aiguille, ça se rapprochait. Cette année, c'était quelque chose d'accessible et nous y voilà», a relaté M. Prémont, ému.
Pendant la course, Marie-Hélène a également beaucoup pensé à ses parents et amis réunis dans la cour arrière de la résidence de sa mère, à Château-Richer. Elle a pu les joindre au téléphone avant de passer au contrôle antidopage.
«Y a l'air d'avoir eu pas mal d'émotions parce que tout le monde pleurait. Ça fait que j'étais incapable de parler à personne !»
La médaillée d'argent revient à Québec dès aujourd'hui, en fin d'après-midi. Les retrouvailles promettent d'être spectaculaires. Prémont promet de se «lâcher lousse» pour une journée, pas plus. Les Championnats du monde l'attendent dans deux semaines, et elle entend bien y livrer une autre performance de premier plan.
Craint-elle d'être happée par le tourbillon post-médaille olympique ? «Chose certaine, ça ne me changera pas. Je suis une personne avant d'être une athlète. C'est sûr que mon nom va être plus présent sur la scène internationale. En fait, j'espère que ça ne changera pas trop ma vie. Je suis pas mal heureuse comme ça...»
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