Lori-Ann qui, demandez-vous ? Ne vous en faites pas, même les collègues anglophones ne lui ont pas accordé la même attention que les autres athlètes canadiens susceptibles de monter sur le podium aux Jeux olympiques.
Pourtant, en mai, Lori-Ann Muenzer était sortie des derniers Mondiaux avec une médaille de bronze à la vitesse, confirmant ainsi sa participation aux JO et son statut de coureuse à surveiller.
L'injustice a en quelque sorte été réparée, en début de soirée hier, quand tout ce beau monde a dû se rameuter en quatrième vitesse au Vélodrome olympique pour assister à la consécration de Muenzer, première représentante du Canada, hommes et femmes confondus, à remporter l'or olympique dans une épreuve de cyclisme.
L'athlète d'Edmonton a mis la main sur l'or en écrasant la Russe Tamilla Abassova en deux manches décisives lors de la finale de vitesse.
À 38 ans, Muenzer, seule représentante canadienne sur piste à Athènes, était la plus vieille cycliste de la compétition.
«Ce n'est qu'un numéro sur ma licence de coureuse! s'est exclamée Muenzer, questionnée sur le sujet après sa victoire. Ma médaille prouve que l'âge n'a pas d'importance. Si tu crois vraiment en ce que tu fais, tu peux atteindre ton rêve.»
Disputée deux par deux, l'épreuve de la vitesse consiste en trois tours de la piste de 250 mètres. Le départ s'effectue côte à côté et l'objectif est assez simple: franchir la ligne d'arrivée la première. À partir des quarts de finale, le vainqueur est déterminé par une série deux de trois. Si une troisième et dernière manche est nécessaire, on l'appelle la belle.
Le premier tour s'effectue à un rythme généralement lent, alors que les deux adversaires s'épient du coin de l'oeil. La tactique entre en ligne de compte au tour suivant. Le but est de placer son accélération au moment opportun - on cherche à surprendre l'adversaire et l'empêcher de profiter du sillonnage - et d'être en mesure de la maintenir jusqu'au bout.
Il y a quelques années, les coureurs pouvaient s'immobiliser en haut de la piste pendant de longues minutes dans un espèce de jeu du chat et de la souris. Le nouveau règlement ne permet que deux arrêts d'un maximum de 30 secondes, mais cette stratégie a pratiquement disparu des compétitions.
Vous suivez toujours? Quoi qu'il en soit, en demi-finale, Muenzer a causé la surprise en défaisant 2-1 la jeune sensation australienne Anna Meares, médaillée d'or et nouvelle recordwoman du monde du 500 mètres contre-la-montre plus tôt cette semaine.
Lors de la belle, Meares a rendu les armes à 100 mètres du fil d'arrivée, incapable de répondre au démarrage de la puissante Muenzer. Même l'entraîneur de Meares, le Québécois Martin Barras, a serré la main de son vis-à-vis canadien, Éric van den Eynde, avant que la course ne soit complétée.
«Je crois que le corps et l'esprit n'étaient pas en symbiose aujourd'hui, a déclaré Meares. Au moins, j'ai perdu aux mains de Lori, une personne adorable.» Muenzer a admis que cette confrontation a été la plus difficile. «J'ai sorti tous mes lapins de mon chapeau. Je savais que si je la battais (Meares), ce serait plus facile par la suite.»
Tombeuse de sa compatriote Svetlana Grankovskaya, triple championne du monde, la Russe Abassova, 21 ans, était un peu le facteur inconnu du tournoi. Muenzer ne s'est cependant pas enfargée dans les fleurs du tapis, anéantissant sa rivale en deux manches où sa supériorité n'a laissé aucun doute.
«Je suis plus rapide, plus forte et plus intelligente qu'avant. Tout ça mis ensemble, ça explique ma victoire, a raconté Muenzer. La Russe n'était pas une super tacticienne. Désolé, mais c'était ma journée !»
«J'ai travaillé là-dessus au cours des cinq dernières années et c'était la semaine où je devais être au sommet, a-t-elle poursuivi. On dirait que les trois derniers jours se sont déroulés au ralenti. Quelle sensation incroyable !»
Le parcours de Muenzer est plutôt atypique. Elle fait du vélo depuis qu'elle est petite, mais ne s'adonne à la compétition que depuis une quinzaine d'années. La native de Toronto a d'abord commencé sur la route. Elle est bien connue au Québec puisqu'elle a fait partie du club cycliste Montérégie de 1989 à 1991 avant de passer aux Espoirs de Laval au début des années 90.
Muenzer s'est tournée vers la piste il y a une dizaine d'années. Le déclic s'est produit lorsqu'elle a rencontré l'entraîneur Steen Madsen en 1999. Les succès ont été immédiats. Elle est d'abord sortie de l'ombre de Tanya Dubnicoff en la battant lors des essais olympiques de 2000, à Bromont, une piste sur laquelle elle s'est entraînée pendant quelques années.
Cette importante victoire lui a permis, à 34 ans, de participer aux Jeux de Sydney, où elle a pris le 13e rang du contre-la-montre de 500 mètres. Quelques semaines plus tard, elle a gagné la médaille d'argent aux mondiaux de Manchester dans l'épreuve de la vitesse. Muenzer a raflé deux autres médailles aux mondiaux de 2001, en Belgique.
Cette victoire historique devrait permettre à Muenzer de sortir de l'anonymat au Canada. Son seul malheur aura été d'être sacrée championne olympique quelques heures avant le drame Perdita Felicien.
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