
« J'aime le vélo, mais il y a des choses que je ne suis pas nécessairement prête à sacrifier. J'ai une vie à côté du vélo »
Le parcours lui plaisait, ses sensations étaient bonnes et elle pensait être en mesure de réaliser une bonne performance. Le chronomètre, sans pitié, l'a toutefois durement ramenée à la réalité.
Malgré un huard chanceux collé sous sa selle, Lyne Bessette a obtenu une décevante 16e place lors du contre-la-montre individuel des Jeux olympiques, hier, sur un parcours de 24 kilomètres longeant le golfe salonique.
Son chrono de 33,24 l'a laissée à des lieues (+2,13) de la gagnante, la Néerlandaise Leontien Zijlaard-van Moorsel, hélas responsable de la chute de Bessette, dimanche, lors de la course sur route.
«Quand j'étais sur le bloc de départ, mon objectif était de m'assurer d'y aller au maximum et d'essayer de remporter une médaille, a déclaré Bessette après sa course. Je me sentais super bien. J'ai fait un chrono à la hauteur de l'énergie que j'avais. J'avais de bonnes jambes, mais c'était les jambes de la 16e place. Je ne peux pas aller plus vite. C'est mon corps, c'est ce que je valais aujourd'hui.»
Pourtant, la veille, la cycliste de Knowlton croyait que le podium était à sa portée si les jambes répondaient à l'appel. Elle a fini à 1,49 et 1,30 respectivement des médaillées d'argent et de bronze, l'Américaine Dede Demet-Barry et la Suissesse Karin Thuerig.
Si elle s'est bien sentie, comment interpréter ce résultat ? Se serait-elle mal évaluée par rapport au reste du plateau ?
«Je ne me suis pas surévaluée, a-t-elle répliqué. C'est sûr que ç'aurait pu être possible (une médaille), mais il y en a d'autres qui ont eu une bonne journée. La mienne était peut-être bonne, mais pas excellente. «C'est difficile à expliquer. Premièrement, il y a plusieurs filles devant moi qui sont des spécialistes du contre-la-montre, ce que je ne suis pas. J'aime faire des chronos, mais je fais toutes les épreuves.»
Bessette a mis une quarantaine de minutes avant de rencontrer les journalistes. Avant de se livrer, l'ancienne championne canadienne du contre-la-montre a participé à un débriefing avec son entraîneur personnel, Éric van den Eynde. Ce dernier lui a fait comprendre qu'un changement dans les paramètres de sa préparation sera nécessaire pour qu'elle puisse grimper dans la hiérarchie mondiale.
À 29 ans, est-elle prête à consentir aux sacrifices inhérents à la vie d'athlète de haut niveau pour y parvenir ? Voilà la question à laquelle devra répondre Bessette au cours des prochains mois.
«Éric comprend que j'aime vivre, que j'aime voyager, que j'aime aller voir mon mari en Espagne et à Boston. J'aime le vélo, mais il y a des choses que je ne suis pas nécessairement prête à sacrifier, comme mon mari, ma famille. J'ai une vie à côté du vélo.»
Professionnelle depuis 1998, Bessette doit également répondre aux exigences de ses commanditaires, son pain et son beurre. Un calendrier chargé n'est pas nécessairement compatible avec une préparation optimale pour des Jeux olympiques ou un championnat du monde, fait-elle remarquer.
«Mon pays est super important et je voulais bien le représenter. Je pense que j'ai bien fait mon travail. Je ne regrette rien.»
Certes, Bessette est déçue de son résultat au contre-la-montre. Mais plus que tout, le dénouement de la course sur route, l'épreuve sur laquelle elle misait le plus, lui restera sur le coeur pendant longtemps. Elle sait pertinemment que la stratégie de l'équipe canadienne fera encore jaser. Elle aurait aimé ajouter sa touche au scénario final.
«J'ai fait tous ces efforts, je suis en super forme, je viens de me marier, tout va bien et bang! c'est quelqu'un d'autre qui décide de mon destin. Je n'ai même pas eu la fin de l'histoire. Maintenant, tout le monde peut faire la fin, mais on ne sait pas ce qui serait arrivé. C'est un livre qui ne finit pas.»
Pour le moment, Bessette ne sait pas si elle sera sur sa selle pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008. Fidèle à son habitude, elle décidera de son avenir sportif une année à la fois.
«C'est loin, quatre ans. Mon mari (l'Américain Tim Johnson) fait de la course aussi. Sa carrière est importante. Moi, je suis plus vers la fin de ma carrière.
Lui, à 27 ans, il commence. On est donc à deux endroits différents.»
En tout cas, 2005 sera probablement une année «mollo». Mais avant de faire le point sur son avenir, elle souhaite profiter d'Athènes. Elle a amené son bikini et il ne lui restait plus beaucoup de temps pour profiter des plages.
Elle rentre à Montréal cet après-midi. Le boulot l'attend.
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