16 août 2004


La cycliste Lyne Bessette chute. L'escrimeuse Sherraine MacKay fond en larmes.
Le boxeur Adam Trupish quitte le ring ensanglanté. L'équipe de balle molle
est blanchie par la Grèce. Le huit masculin et féminin sont relégués au repêchage.
photo : Phil Noble, Associated Press

Avec 26 kilomètres à faire, une chute la prive d'un classement avantageux

Principales actrices de la course sur route des Jeux olympiques, les cyclistes canadiennes ont quitté le centre-ville d'Athènes les mains vides, hier après-midi. Victime d'une chute, Lyne Bessette a vu sa journée se transformer en tragédie grecque.

Sur un parcours féérique ceinturant l'Acropole et le théâtre de Dionysos, là où sont nées les grandes tragédies d'Eschyle, Sophocle et Euripide, Bessette a violemment visité le pavé avec 26 kilomètres à faire à l'épreuve. Sa course s'est terminée quelques kilomètres plus loin.

L'incident s'est produit une cinquantaine de mètres avant que les coureuses ne bouclent le septième des neuf tours de l'épreuve.

Première de la file indienne, l'Espagnole Uneritz Iturriaga Mazaga a jeté un oeil derrière, imitée au même moment par sa plus proche poursuivante, la Néerlandaise Leontien Zijlaard-van Moorsel. Une fraction de seconde plus tard, la roue de cette dernière, championne olympique en titre, heurtait celle de l'Espagnol et provoquant la chute. Tout juste derrière, la Suissesse Nicole Brandli n'a jamais pu éviter la Néerlandaise, tout comme Bessette, alors cinquième du peloton.

La cycliste de Knowlton a frappé le bitume de la rue Athéna avec sa tête ainsi que sa hanche droite. Elle s'est relevée assez rapidement et s'en est heureusement tirée sans blessure sérieuse. Elle a cependant dû attendre une longue minute pour un changement de roue arrière, et sa course s'est terminée avant que le huitième tour ne soit complété.

Dans la folle cohue de la fin de course (en plein centre-ville, fallait voir le bordel), on n'a jamais pu parler à Bessette. Un rela-tionniste de l'équipe canadienne nous a cependant retransmis ses déclarations.

« J'étais en avant dans le peloton et, règle generale, c'est supposé être sécuritaire à cet endroit. Quelqu'un a fait un faux mouvement et on s'est retrouvées par terre. J'ai changé mes deux roues et j'ai fait un autre tour. Mais j'étais quatre minutes derrière et j'ai décidé d'arrêter », a expliqué Bessette d'une voix sereine.

« Ça a planté tout juste devant moi et je n'ai pu rien faire, a-t-elle poursuivi. Je suis tombée sur la tête, mais j'avais un super casque. Je suis aussi tombée sur la hanche, mais j'ai les os de mon père... je vais mettre de la glace et ça devrait être bon pour le chrono », a-t-elle raconté au sujet de sa chute.

Environ huit kilomètres plus tôt, Bessette avait placé une attaque qui ne l'a cependant pas menée bien loin. Dans la montée du mont Lycabette, elle détenait une priorité de 25 secondes sur le peloton, qui a sonné la chasse immédiatement. L'écart s'est très vite refermé.

« Je pourrais être super déçue (de la chute), mais au fond, je me dis qu'on avait vraiment un bon plan et ça marchait super bien. Ce n'est pas comme si que tu te sentais mal parce que tu n'as pas eu le temps de rien faire de la course. »

Sue contre-attaque
La jonction faite avec Bessette, la Canadienne Sue Palmer-Komar a reçu l'ordre du directeur sportif Eric Van den Eynde de contre-attaquer. Chose dite, chose faite, la cycliste de 37 ans a réussi à creuser un écart maximal d'une minute 12 secondes, profitant un peu de la chute survenue derrière. Mais le fort vent qui soufflait et la huitième montée du Lycabette ont eu tôt fait de brûler ses dernières cartouches. La cycliste de Hamilton a été rattrapée par un petit groupe de huit favorites avant la fin du huitième tour.

Palmer-Komar s'est finalement classée 11e, seul prix de consolation de l'équipe canadienne. Elle a concédé 1:13 à la gagnante, l'Autralienne Sara Carrigan, qui a complété les 118,8 km en 3h24.24 (moyenne de 34,9 kmlh).

« La chute de Lyne est malheureuse parce que je crois qu'elle aurait été dans le groupe qui m'a rejointe, a-t-elle mentionné. Ç'aurait été une occasion parfaite pour contre-attaquer. En ce qui me concerne, je savais que j'avais deux tours à faire quand j'ai fait ma petite attaque, je pensais que c'était un peu trop. J'ai néanmoins commencé à me sentir un peu mieux quand j'ai trouvé un bon rythme, mais la dernière montée était un peu de trop. Tu fais ce que tu peux et tu ne sais jamais ce qui peut arriver. Le vélo, c'est un jeu d'échecs sur roues. Parfois ça marche, parfois non. »

Satisfaite de l'équipe
La première portion de la course a été en grande partie animée par Manon Jutras, qui s'est assurée de couvrir tous les coups, assumant ainsi son rôle d'équipière. La cycliste québécoise a également tenté une attaque au cinquième tour, sans toutefois réussir à se forger un écart significatif.

Déçue du dénouement final, Jutras, 36 ans, était néanmoins heureuse du comportement de l'équipe canadienne. « Le plan, c'était d'être actives, a-t-elle dit. La course a commencé au troisième tour et on était dans l ecoup.»

Vidée de son énergie, Jutras n'a pu suivre le rythme lorsque les gros canons ont mis le gaz au fond dans le dernier tour. Trentième à 1:18, elle n'avait néanmoins aucun regret. « Quand c'est parti, j'ai manqué de jus un peu. J'aurais aimé avoir un peu plus de gaz. Les filles qui ont fini en avant étaient simplement les plus fortes. »

Selon toute vraisemblance, Bessette devrait être en mesure de participer au contre-la-montre individuel, mercredi, en dépit de sa chute. « Je suis emballée à l'idée de ce contre-la-montre. Personne ne peut chuter devant moi...»


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