été 2010
Jean-François Racine
Sur la scène provinciale du cyclisme sur route, toute carrière passe un jour ou l'autre par le Tour de l'Abitibi, les Mardis de Lachine et, bien sûr, le Tour de Beauce, qui franchit un cap important de son histoire du I5 au 20 juin 2010. Yvan Waddell, Gervais Rioux, Czeslaw Lukaszewicz, Jacques Landry, Levi Leipheimer, Michael Rogers, Tomasz Brozyna, Valery Kobzarenko et Svein Tirft ont tous célébré au centre-ville de Saint- Georges depuis 1986. Un des gagnants étrangers a même récemment épousé une jeune femme de l'endroit ! Qui dit mieux ?
Pas de compromis
Si l'Abitibi représente souvent une première occasion de se mesurer
à l'élite internationale, le circuit de Lachine permet à plusieurs
nouveaux talents de démontrer leur vitesse au sprint.
La Beauce, avec ses parcours plus que redoutables, ses routes catastrophiques et sa météo souvent capricieuse, ne fait jamais de compromis pour personne. De manière intransigeante, la course sépare 1es hommes des enfants. Chaque printemps, la question revient au sein des équipes : » Tu fais Beauce cette année ? » Pour plusieurs, la réponse n'est jamais clairement définie avant le début de juin.
« Même après avoir fait des courses un peu partout sur la planète, ça reste une des plus difficiles que je connaisse. Et c'est dans notre cour », mentionne Charles Dionne, qui a enfiévré la plupart des 12 dernières éditions, y compris certains critériums et l'étape de Québec, avec quelques belles victoires et bon nombre de sprints endiablés contre 1'Ontarien Gord Fraser. Malheureusement pour les spectateurs cette année, 1es organisateurs ont été forcés de supprimer le traditionnel critérium, à la demande de l'UCI. Le parcours du ProTour de septembre subira toutefois un test important lors de l'étape de Québec du Tour de Beauce, le 19 juin prochain, puisqu'il s'agit exactement du même.
Historique
À quelques jours de cette 25e course, il convient de tracer un petit
historique du Tour de Beauce. C'est d'abord grâce à l'initiative d'un
groupe de cyclistes du secteur qu'un Grand Prix de deux jours a
été créé en 1986. En 1991 s'ajoutait la terrible étape du mont
Mégantic, un véritable symbole. Cinq ans plus tard, 1'Union cycliste
internationale (UCI) accordait au Grand Prix cycliste de Beauce
le niveau 2.4, le plus élevé en Amérique. À partir de 1998, des administrateurs
à temps plein ont été embauchés. En décembre 2002, l'organisation gagnait le titre d'événement de l'année lors du Gala
des athlètes du Québec. En 2005, la Corporation du Grand Prix
cycliste de Beauce a officiellement changé de nom. La 21e course,
en 2006, a enregistré un record avec 22 équipes au départ. En 2010,
le Tour de Beauce affiche toujours la sanction internationale la plus
élevée au Canada.
Imaginaire collectif
Selon Denis Lévesque, qui besogne au sein de 1'organisation depuis
17 ans et en est maintenant le président du comité organisateur, le
coureur le plus marquant demeure Levi Leipheimer, seul double vainqueur,
en 1998 et 1999. L'équipier de Lance Armstrong a ensuite
remporté deux étapes du Tour d'Espagne et une étape par équipe
du Tour de France. Après sa victoire beauceronne en 2002, Michael
Rogers est quant à lui devenu triple champion du monde.
« En 1996, Steve Bauer a changé la perception de beaucoup de cyclistes nord-américains en disant qu'il avait sous-estimé 1a difficulté du parcours. Ensuite, plusieurs autres se sont intéressés à la Beauce. Quand j'ai commencé, je ne connaissais pas beaucoup le vélo », avoue le président. Graduellement, ce dernier s'est forgé une solide réputation en développant l'expertise de ses troupes dans divers championnat, et plus récemment, avec la réputée Classique Montréal-Québec. « Les événements collatéraux ont assuré la survie du tour », ajoutera-t-il. Faut-il le rappeler, un des partenaires, Postes Canada, a curieusement disparu dans la foulée du scandale des commandites.
Cafouillage notoire
Si quelques équipes européennes sont parfois venues « en vacances » en Beauce, quelques cafouillages mémorables ont laissé des traces
plus évidentes.
Le 22 juin 2002, dans une courte étape de 112 km, une mauvaise déviation avait envoyé tout le peloton qui filait à vive allure derrière une école, avec les dos d'âne et les conteneurs à déchets en guise de point d'arrivée. Ils ont franchi la ligne dans l'autre sens, ce jour-là. « Je hurlais ! Je disais à la foule que les coureurs allaient déboucher au coin de la rue, quand un membre de l'organisation m'a dit qu'ils étaient 1à. J'étais à court de mots. Jamais je n'ai vécu ça », mentionne l'animateur, Louis Bertrand.
L'arrivée de l'Australien Henk Vogels au sommet du mont Mégantic en 2001 est aussi imprégnée dans sa mémoire. « Il était b1anc, presque cadavérique. » Pas du oui-dire'
Comme plusieurs athlètes de son calibre, Henk Vogels appréciait alors le night life de la 1ère Avenue. En Beauce, il n'y a pas que le personnel de soutien qui fait la fête. Chaque année des noms circulent et l'écho se propage. Pour certains, les effets sont pratiquement imperceptibles sur la selle le lendemain. Quelques coureurs québécois ont bien tenté d'imiter les pros dans leurs aventures nocturnes, sans toutefois récolter les mêmes résultats à l'étape suivante. L'entraîneur Vincent Jourdain a déjà haussé le ton, d'ailleurs, pour fouetter un ou deux poulains pas trop frais. « Ça fait partie du folklore », résume Denis Lévesque.
Quelques « grèves » ont aussi fait rager les organisateurs. En 2001, les coureurs avaient refusé de disputer le critérium sur une chaussée mouillée.
En 2005, par un temps de canard, avec une épaisse brume et un petit 7C, un coup de vent avait littéralement soulevé quelques coureurs. « Dionne a pris le fossé et il est allé tondre le gazon », avait expliqué un autre Québécois. Par ce temps de chien qui allait devenir plus tard sa marque de commerce, un jeune homme de 22 ans avait enfilé le maillot jaune; Dominique Rollin a ensuite répété son exploit ailleurs dans des conditions aussi extrêmes.
En 2006, à Québec, un accrochage impliquant Mark Walters avait interrompu la course pendant une heure. On retiendra également le désarroi de Sylvain Beauchamp, qui avait cassé son guidon en deux dans une descente vertigineuse et le visage ensanglanté de David Veilleux alors que la malchance s'acharnait sur lui.
Le chapitre des potins heureux a connu son apogée l'hiver dernier avec le mariage de Ben Day, vainqueur en 2007 avec la formation Navigators. L'Australien, qui court cette année avec l'équipe Fly V, a convolé dans une cabane à sucre avec la coordonnatrice, Isabelle Vachon. « Unbelievable. Assez exotique ! La Beauce, c'est mon deuxième chez-moi », raconte le cycliste qui apprend peu à peu 1e français.
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