11 juin 2008

Promenade du dimanche

par Gilles Morneau

Cette deuxième étape était pourtant partie sur les chapeaux de roues dans le rang Saint-Étienne, une belle route sinueuse longeant la rivière Chaudière. (Prenez des notes sur le parcours, si vous cherchez un bel itinéraire costaud). Les hostilités ont continué sur la route 216, en direction de Saint-Elzéar. Chaque tentative d’échappée fut contrée par les mexicains de l’équipe Tecos Trek UAG, fermement décidés à défendre le maillot jaune, porté fièrement par Bernardo Colex Tepoz. Après le premier Grand Prix de la montagne, au 15e kilomètre, on a laissé filer un français de l’équipe Chypriote A-Style Stomn, Sébastien Fournet-Fayard, qui a roulé en solitaire pour une cinquantaine de kilomètres. Son avance est demeurée stable à 1 minute 40 secondes, sur les plateaux sans relief autour de Saint-Patrice de Beaurivage, balayés par de bons vents de face. Derrière, le peloton se prélassait à 35 km/h, se permettant une pause-pipi.

Les voitures de la caravane semblaient louvoyer, probablement parce que leurs conducteurs cognaient des clous. Heureusement, les craques et nids de poule étaient là pour nous tenir éveillés. Faut faire attention en parlant du pavage, Charles Dionne s’est fait chicaner par les organisateurs pour avoir déclaré hier qu’il avait eu de la misère avec les trous et la vibration, alors que le pavage était « mieux qu’à l’habitude » selon les experts.

Quand les Amore E Vita se sont décidés à donner un coup de main à l’avant, le vaillant Sébastien s’est fait absorber comme une flaque de jus sur le comptoir par un essuie-tout Scott Towel double épaisseur. Une autre échappée s’est alors formée, et c’aurait pu être la bonne, car les six plus fortes équipes y figuraient. Le représentant Sparkasse a cependant échappé sa chaîne et s’est fait décoller. Son équipe s’est mise à chasser et les cinq survivants n’ont pu échapper au gros rouleau de Scott Towel eux non plus. Dommage pour Dominique Perras, qui était du nombre.

Un beau gros peloton bien dodu s’est donc regroupé, pour aborder les méchantes grosses côtes dans le bout de Saint-Jacques de Leeds et de Saint-Pierre de Broughton. La 271, notez ce chiffre, et ajoutez « côtes difficiles, belles érablières, très belles vues sur la vallée de la rivière Beaurivage».

Les coureurs ont aussi pris le temps d’apprécier les superbes paysages dans le coin de Sainte-Clothilde. Retrouvant un vent de dos et un profil descendant pour les 40 derniers kilomètres, les cyclistes ont comme réalisé qu’ils étaient là pour faire une course et le peloton s’est soudainement transformé en long élastique, causant la chute de deux Symmetrics à 65 km/h. Les attaques se sont multipliées non-stop; tout le monde a tenté sa chance; Parisien et Perron, chez les canadiens, se sont montrés quelques instants. C’est finalement notre français Sébastien Fournet-Fayard (l’échappé du début) qui a réussi à faire un trou, en compagnie de l’irlandais Irvine des Pezula Racing (un échappé d’hier). Avec 10 kilomètres à faire, ils avaient 42 secondes de jeu. À trois kilomètres, plus que 20. Le poloton est entré en trombe dans Vallée-Jonction et après une chicane et deux traversées de voies ferrées, l’ukrainien Yuriy Metlushenko a lâché un cri à faire rougir Tarzan, franchissant le fil d’arrivée avec 5 ou 6 longueurs de vélo d’avance. Son temps : 4 heures 17 minutes juste. Derrière, dans l’ordre : Ciaran Power, Kleber Ramos et Charles Dionne.

Metlushenko (je fais du copier-coller pour ne pas me tromper dans l’orthographe) était bien fier de sa victoire. Il a avoué s’être promené d’avant en arrière du peloton « au moins 10 fois » dans les derniers kilomètres. L’acadien Phil Cortes, seul nord-américain dans cette équipe très cosmopolite, avait très bien informé son sprinteur de la configuration spéciale du dernier kilomètre.

Les citations du jour
On vous avait promis une entrevue exclusive avec Miguel Martinez, on a tenu parole ! Dissimulé sous une casquette et des lunettes soleil, l’auteur de ces lignes ne fut heureusement pas reconnu par le diminutif coureur français, avec qui il avait eu maille à partir à une autre époque.

Vélomag : Après avoir gagné les olympiques et quatre championnats du monde en vélo de montagne et terminé dans le top 40 au Tour de France... est-ce que ça fait drôle de se retrouver ici en Beauce ?
Miguel Martinez : Ouais, mais bon, je me compte chanceux d’avoir cette équipe qui m’a fait confiance, après une année sans courir.

VM : Pourquoi avoir arrêté ?
MM : Ouais, ben, j’étais fatigué, ça ne me tentait plus, quoi.

VM : Tu as terminé quatrième hier. Satisfait? c’était le plan ?
MM : Ouais, j’ai bien essayé de m’échapper au point le plus dur du parcours, mais t’as vu, ça n’a pas fonctionné. Après ça, j’ai plutôt travaillé pour préparer le sprint de mon coéquipier Stevenson.

VM : Comment trouves-tu l’état de la chaussée au Québec ?
MM : Ouais, je préfère en VTT, tu peux choisir ta ligne (rires). Non, sans blagues, c’est moins pire que je croyais. Un gars d’ici m’avait dit que je serais limite avec mes roues de carbone, mais ça passe, tout de même.

VM : C’est pratique de ne peser que 90 livres mouillé. Des plans pour aujourd’hui ?
MM : Ouais, aujourd’hui, j’ai surtout peur du vent, avec mon gabarit, tu sais... J’espère qu’il ventera pas trop.

VM : Des plans pour Mégantic, dans ce cas ?
MM : Ouais, c’est sûr, c’est l’étape où je veux tenter quelque chose. Dans un peloton d’européens, j’aurais confiance, mais ici, y’a beaucoup de colombiens, alors ça craint, mais ouais, on va voir, quoi, ouais.

VM : Ta carrière en général, ça va ? Ça va vers quoi ?
MM: Ouais, ça va bien, j’aimerais bien gagner une course sur route, et côté VTT, je me suis réorienté vers le marathon. J’ai gagné celui de la Sea Otter et j’ai failli gagner une coupe du monde récemment, je menais et j’ai crevé à deux kilomètres de l’arrivée. Je me prépare pour le Championnat du monde de marathon, et je devrais bien faire.

VM : Le cross-country, version courte de deux heures, c’est fini ?
MM : Ouais, j’en ai fait en début de saison, avec Absalon et tout, et physiquement, je suis capable de suivre, c’est dans la tête que ça ne marche plus, je suis plus capable. Je préfère les courses plus longues comme les marathons. Là, je m’amuse !

Roue Libre
Dans le cahier de notes :

Le classement général n’a pas beaucoup changé. Les trois premiers restent les mêmes. Colex Tepoz mène avec 20 secondes d’avance sur Stevenson et Baumann.

Les coureurs ont évité les violents orages de fin de journée hier et aujourd’hui. Le ciel était incertain ce matin, mais la journée fut fort belle, fraîche à souhait. Les mexicains frileux n’ont pas quitté leurs manchettes, malgré qu’ils ont travaillé fort toute la journée pour contrôler la course.

Saint-Éphrem se mérite le prix du village le plus tourophile, car tous les éphrémois (effraie-moi) étaient sortis sur les trottoirs pour encourager.

Selon notre envoyé spécial Marc Blouin, Mark Walters apprécie beaucoup ses nouveaux pneus Hutchinson Tubeless, qui collent bien à la route. Il raconte que dans une course récente en Europe disputée sous la pluie, il tenait debout alors que tout le monde autour chutait. En passant, il n’a pas tenu le coup aujourd’hui et a abandonné le Tour.

Le Symmetrics Cameron Evans se tire de sa chute avec un coude et une épaule amochés et se dit prêt à repartir demain.

Demain aura lieu l’étape mythique du Mont-Mégantic. Comme la course olympique en sera une qui convient aux grimpeurs, ce sera l’occasion pour un gars comme François Parisien de se faire remarquer. À date, les canadiens sont très discrets.


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