par
Gilles Morneau
Au départ devant l’hôtel de ville de Lac Etchemin, la chaleur et l’humidité sont accâblants. Ces 167 kilomètres, ponctués de montées assez costaudes, ne seront pas de tout repos. Le peloton a donc décidé de partir doucement, pendant que l’Australien Trent Wilson, (Jittery Joe’s) caracole seul à l’avant dès le premier kilomètre, malgré le plâtre au poignet qui le handicape. Son avance grimpe jusqu’à cinq minutes, jusqu’à ce que les Symmetrics et les Sparkasse ne dirigent la chasse, pour le rattraper après 54 kilomètres, tout juste en passant devant le superbe magasin général de Sainte-Rose de Watford, devenu un musée dont la visite est incontournable. Une fois sur sa lancée, le peloton ne prend pas la peine d’arrêter et ça visse solide pour de longues minutes.
Plusieurs tentatives d’échappées sont neutralisées, dans les vallons entre Sainte-Justine et Sainte-Camille. Le peloton se scinde et se resoude à qui mieux mieux. À mi-course, dans la côte à Bélanger, juste avant Saint-Magloire, l’Irlandais Martyn Irvine (Pezula Racing) et le Sud-Africain Jay Robert Thomson (South African U23 National Team) partent devant. En haut de la butte sur laquelle est perchée l’église de Saint-Magloire, on distribue les musettes et les coureurs prennent tout leur temps pour luncher, pendant que l’avance de nos échappés grimpe à presque trois minutes. Cela ne plait pas au directeur de l’équipe mexicaine Tecos Trek, qui envoie à l’attaque Bernardo Colex Tepoz, 24 ans. Les échappés redoublent d’efforts dans la difficile montée vers Saint-Philémon, plus dure de la journée. Ils portent leur avance à 4 minutes 30, pendant que Colex Tepoz chasse seul et réduit l’écart.
Entre Buckland et Saint-Nazaire, se présente une autre succession de belles côtes. Irvine montre des signes de faiblesse, Thomson le largue dans une montée. Bernardo le mexicain rejoint Irvine, celui-ci arrive à s’accrocher et ils reviennent sur Thomson, qui vient de ramasser encore une fois des points de roi de la montagne. Le trio roule ensemble pour une dizaine de kilomètres, encore fort d’une avance de 5 minutes. Les gars doivent fouetter Irvine pour qu’il participe à l’effort.
Une autre solide montée se présente et surprise, c’est l’irlandais Thomson qui est en difficulté. Irvine, on n'en parle même pas, il zigzague en travers du chemin. Bernardo ne regarde pas derrière, il penche la tête sur le guidon et se prépare à un contre-la-montre de 35 kilomètres, devant un peloton où les Symmetrics et les Spakasse ont repris leur travail. L’écart s’amenuise, mais le mexicain est en feu, rien ne pourra l’arrêter. Il maintient une vitesse impressionnante sur le plat et grimpe avec puissance. À 15 kilomètres de l’arrivée, il a 3 minutes 40 de jeu. À 7 kilomètres, 2 minutes et demie. C’est presque gagné. Derrière, le peloton éclate en morceaux dans les dernières montées. Bernardo Colex Tepoz termine son show en beauté, rayonnant, seul au fil d’arrivée, après 4 heures 14 minutes et 48 secondes. 16 secondes plus tard, une vingtaine de pourchassants sprintent pour la deuxième position. C’est le Suédois Micheal Stevenson (Amore e Vita-McDonald’s) et l’Allemand Eric Baumann (Team Sparkasse) qui complèteront le podium.
Premier commentaire du vainqueur en descendant de vélo et en s’écrasant sur le gazon : « Muerto! » Via un interprète, on lui soutire quelques commentaires : Il tenait à être dans le coup mais n’avait jamais pensé à la victoire. Durant ces 70 kilomètres seul en échappée, Dieu et ses coéquipiers l’ont aidé. Ses coéquipiers? « Oui, psychologiquement ». Ah bon.
On n’a vu aucun canadien se signaler dans cette course, même si c’est la dernière chance pour eux de se faire voir en vue de la sélection olympique. Mark Walters s’est bien détaché pour quelques kilomètres, tentant de rattraper le mexicain, mais n’a convaincu personne. Ce sera partie remise, on l’espère.
Svein Tuft (Symmetrics) fut le meilleur canadien avec un 15e rang. Du côté des Québécois, François Parisien (Team R.A.C.E Pro) a terminé 20e, alors que Charles Dionne (Équipe du Québec) et Dominique Perras (Eva DeVinci) ont respectivement pris les 33e et 53e places. Mathieu Toulouse était déçu de sa journée, ayant eu des ennuis mécaniques à répétition. Il a brûlé de précieuses cartouches à chasser, et la dernière fois qu’il a dû arrêter, c’était avant la dernière côte, où les meilleurs bataillaient déjà pour le final. Il termine donc loin au classement général.
Roue Libre
Dans le cahier de notes :
Demain, 166 km, départ de Vallée-Jonction. Parait que les côtes sont pas longues, mais qu'elles feront mal.
Miguel Martinez, champion olympique et 4 fois champion du monde en VTT, passé pro sur route en 2001, s’aligne sur l’équipe Amore E Vita. Il faudra le surveiller au Mont Mégantic. Nous ferons tout pour vous obtenir une entrevue exclusive avec le sympathique Minimig.
Les véhicules du service de course Mavic brillent par leur absence, ça manque de jaune dans la caravane.
Le calendrier américain donne des maux de tête aux organisateurs. La Triple Crown à Philadelphie en fin de semaine dernière a fatigué bien des coureurs. Le Grand Prix Nature Valley, en fin de semaine prochaine, retient des équipes américaines qui avaient pourtant confirmé leur présence. Les Slipstream, avec David Zabriskie, les Toyota-United, avec Dominique Rollin, les Kelley Benefits avec les Lacombe, Gilbert et Veilleux, se sont désistés du Tour de Beauce en faveur de la course au Minnesota. Certains n'ont même pas appelé pour dire qu'ils ne seraient pas là. Désolant, car le Tour avait dû refuser des équipes européennes, faute de place.
Aucun contrôle anti-dopage n’est organisé pour le Tour de Beauce cette année. La décision, strictement monétaire, revient à l’AMA, qui a choisi de faire ses tests ailleurs. Cela représente une économie de 8000$ pour l’organisation et un paquet de trouble en moins. Les coureurs et directeurs sportifs l’ont appris ce matin et la pharmacie de Lac Etchemin a fait des affaires d’or, à ce qu’il paraît. Pour la pharmacie, c’est des blagues, pour l’absence de contrôle, c’est bien vrai.
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