par
Gilles Morneau
Dans une aveuglante explosion de lumière, les cieux s'ouvrent... Un archange, tout de lycra vêtu, descend vers les hommes leur porter les enseignements divins. Voici, gravées sur les tables célestes, les lois qui guident les cyclistes de bonne volonté face à leurs semblables, afin que tous puissent rouler en paix sur les chemins pavés comme sur les sentiers, pour les siècles des siècles. Amen.
1. Dans tes poches, un nécessaire de réparation tu amèneras.
Ne pas être en mesure de réparer soi-même un pépin technique est très gênant et aussi très impoli. Tu ne sortiras point sans ta boîte de rustines, tes démonte-pneus, ta minipompe et ton dérive-chaîne. Tant qu'à faire, aussi bien transporter deux bidons d'eau, des barres énergétiques, un téléphone, un iPod, un GPS, un cardiofréquencemètre, un gonfleur au C02, du duct tape, quelques rayons, du lubrifiant, du dégraisseur, de la crème solaire, de la crème à fesses, une trousse de premiers soins, un gant de chirurgien et un sachet avec une petite serviette mouillée piqué chez Saint-Hubert.
II. Le cuissard à bretelles tu choisiras.
Ta garde-robe ne comportera que des bibs, que tu porteras avant et après une course/cyclosportive/raid/sortie en laissant pendre nonchalamment les bretelles sur tes hanches pour bien montrer que tu es un vrai. Tu en rajouteras en faisant remarquer à ceux qui n'ont pas de bretelles que les cuissards réguliers sont tel-le-ment inconfortables avec ce vilain élastique qui serre la taille. Dans l'intimité de la toilette chimique où tu iras faire un dernier petit dépôt avant la course/cyclosportive/raid/ sortie, tu pesteras en silence en enlevant ton casque et ton maillot pour pouvoir baisser tes culottes. Le dit maillot étant chargé de tous les objets spécifiés dans la loi précédente, tu ne diras point de gros mots lorsque tes cossins s'échapperont des poches pour tomber drette dans le trou nauséabond. Tu en profiteras pour masser tes épaules marquées en rouge par les bretelles et pour remettre en place les petits pansements qui protègent tes nipples irrités au sang.
III. Un maillot soigneusement tu choisiras.
Tu as acheté le maillot à pois rouges, le maillot jaune du Tour ou celui de l'équipe Astana ? Grand bien t'en fasse, tu peux le porter fièrement mais, attention, sur la route seulement ! Toute référence ou toute marque associée à la route est totalement interdite pour un usage en montagne. Et vice versa. Autre grave insulte au décorum : porter un maillot décoré d'une marque de vélo sans que le vélo y soit assorti. Tut tut tut... On ne porte pas un maillot Trek sur un Specialized, et inversement. Si tu changes de marque de vélo, cède en prime ta garde-robe griffée et achète-toi du linge conséquent.
IV. Le casque tu porteras.
Deux types de personnes roulent à vélo sans casque le pro du peloton à l'entraînement et celui qui se fait accroire qu'il en est un. Comme tu n'es pas prétentieux, tu porteras toujours ton casque, avec le logo à l'avant de préférence, et bien ajusté. La palette tu crisseras aux poubelles s'il en est équipé, car elle n'a jamais eu aucune utilité sinon au siècle dernier, pour affirmer ton appartenance au monde de la montagne. Rappelle-toi cet adage : la longueur de ta palette est directement proportionnelle à ton niveau de retard sur la mode. Et, de grâce, si tu t'obstines, utilise cette palette en montagne seulement. Sur la route, la seule palette autorisée est celle de la mince casquette euro-professionnelle qui se porte sous le casque, autre objet dont la seule utilité consiste à affirmer sa personnalité de pur routier. Elle est d'ailleurs rigoureusement proscrite dans les milieux montagniers.
V. Les jambes tu te raseras.
Tu diras que c'est pour les massages et la guérison des plaies, mais personne ne sera dupe.
VI. Du t-shirt tu te débarrasseras.
Cette tradition de remettre un t-shirt aux participants d'une course/cyclosportive/raid est tenace, et il te sera permis de porter ce t-shirt en guise de symbole de ta réussite, mais uniquement pendant ta première saison. Passé ce délai d'un an, tu seras suffisamment suffisant pour snober l'objet publicitaire et t'en servir uniquement comme pyjama ou comme guenille pour nettoyer ton vélo. Également, dans le cas d'un raid de deux jours ou plus, il te sera permis de porter le gaminet le premier soir, mais sens dessus dessous, tant que tu n'as pas officiellement terminé toute l'épreuve.
VII. Les rallonges tu nous épargneras.
En solitaire seulement le contrelamontrisme tu pratiqueras. Dans un peloton, jamais tu ne te présenteras avec ton guidon profilé super aéro. Personne ne désire se faire empaler par tes appendices affûtés. En montagne, de grâce, tu te débarrasseras de ces cornes de vache, aussi courtes soient-elles. Tout comme le « pasde-casque », elles sont réservées aux coureurs d'élite pour les départs à l'arraché en Coupe du monde. Pour le commun des mortels, elles ne sont rien de plus qu'un souvenir des années 1990. Si tu y tiens mordicus, fixe-les à un guidon droit, pour compléter un ensemble rétro, une sorte d'affirmation nostalgique. Au grand jamais il n'est permis d'ajouter des rallonges à un cintre surélevé : de l'hérésie pure ce serait. Il m'en passe des frissons. Hirsssh.
VIII. Un tatouage tu arboreras.
De préférence sur le mollet droit figurera obligatoirement une pièce de vélo ou un signe japonais à la signification songée. Les seuls remplacements acceptés sont les cicatrices de chute ou le «tattoo de cadet », dessiné en appuyant ta chaîne graisseuse sur ton mollet.
IX. Des lunettes dernier cri tu porteras.
Toujours au-dessus de ton casque, savamment plantées dans les ouvertures de ventilation. Si tu tiens absolument à les porter devant les yeux, fais à ta tête, en autant que tu places les montants par dessus les sangles du casque.
X. Les bobettes tu éviteras.
Certains n'ont pas encore compris... Dans tes cuissards, flambant nu tu te glisseras.
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