11 septembre 2008

Les raisons derrière le come-back de Lance Armstrong

Laurent Martel

La nouvelle du come-back de Lance Armstrong suscite beaucoup, beaucoup de réactions. Tout le monde y va de son petit commentaire qui tourne habituellement autour de la même chose, pour ou contre ce retour annoncé.

Peu d’articles portent toutefois sur les raisons derrière ce come-back. Ceux qui l’ont fait m’ont apparu largement lacunaires voire superficiels. Je vous propose donc ce soir un commentaire sur les raisons derrière ce come-back.

Première chose, il y a un seul homme sur cette planète qui est légitimement capable de donner la vraie réponse: Lance Armstrong lui-même. Il l’a même déjà fait, évoquant le désir de poursuivre sa lutte contre le cancer, de faire davantage prendre conscience aux gens du monde entier du fléau que représente cette maladie.

Alors, Armstrong bienfaiteur de l’humanité ? Je n’ai aucune raison de remettre en question sa bonne foi et sa volonté de vouloir lutter contre le cancer. Un retour à la compétition et une 8e victoire sur le Tour ne m’apparaît cependant pas comme le meilleur moyen d’atteindre son objectif. Le développement de sa fondation et un investissement personnel plus important encore à son égard m’apparaitrait un meilleur moyen de lever des fonds contre le cancer. Il a affirmé vouloir rejoindre un public plus large, à l’échelle planétaire. Croit-il vraiment que les habitants de pays en développement – Africains par exemple – donneront pour la lutte contre le cancer alors que ces gens ont à peine les moyens et l’argent de survivre au quotidien ? À l’échelle planétaire, le cancer n’est pas l’unique priorité: en Afrique, le Sida est autrement plus mortel et important pour les autorités sanitaires. L’Asie a également d’autres préoccupations. Le cancer est une maladie surtout répandue dans les pays développés au sein desquels les habitants donnent déjà beaucoup contre le cancer. De plus, il a déjà rejoint et sensibilisé ce public avec ses 7 victoires sur le Tour et son premier come-back en 1998-99. C’est à mon humble avis dire n’importe quoi lorsqu’Armstrong parle de sensibiliser le monde entier pour justifier son 2e come-back.

Alors, qu’est ce qui peut bien motiver Lance Armstrong ?

Le sport lui-même ? Je ne crois pas. En revenant ainsi à la compétition, Armstrong prend en effet un risque, un risque peut-être calculé à ses yeux mais un risque tout de même. Gagner de nouveau le Tour ne sera pas facile. Il risque son image d’excellence, d’invaincu en 7 participations sur l’épreuve. Et qu’est ce que le changement d’un 7 pour un 8 sur son palmarès pourra bien lui apporter sur le plan sportif, sur sa trace dans l’histoire du sport ? Rien, cette trace dans l’histoire est déjà assurée, en bien ou en mal.

Le désir de revanche alors, après toutes les histoires qui ont sali sa réputation ? Je ne pense pas non plus. Dans ce domaine, le plus efficace serait de rester cantonné dans sa retraite, un lieu ou il est intouchable. En revenant à la compétition, Armstrong redevient coureur, donc personnalité active du cyclisme, donc contestable et critiquable. Il risque aussi un éventuel contrôle positif. Je ne crois donc pas que le motif premier de son come-back est le désir de revanche, même si cela peut constituer pour lui une puissante source de motivation sur le vélo.

Alors, l’intérêt serait-il financier ? Encore là, je pense que non. S’il est évident qu’Armstrong monaiera indirectement son come-back (c’est déjà commencé avec Vanity Fair), il a déjà annoncé son intention de courir l’an prochain sans salaire. On peut également penser qu’Armstrong a engrangé assez d’argent au cours de sa carrière précédente pour le mettre à l’abri pour le reste de sa vie. De l’argent, il ne doit pas savoir quoi en faire… et ca ne peut donc pas le motiver.

Intérêt commercial ? Peut-être un peu, oui. Le Tour de Georgie est en grosse difficulté, l’épreuve étant sur le point de disparaitre du calendrier 2009. Le Tour de Californie va bien certes, mais d’autres épreuves américaines éprouvent des difficultés à attirer les sponsors. Dans la presse américaine, la couverture du cyclisme sur route est fortement à la baisse. Bref, Armstrong pourrait avoir reçu des pressions du monde du cyclisme américain qui bénéficiera grandement d’un tel come-back. Mais cet effet sera de courte durée, Armstrong n’ayant pas devant lui 10 ans d’une nouvelle carrière. Cette raison commerciale m’apparaît donc très mineure dans l’équation. Tout au plus Armstrong aura pu se dire "mon come-back servira aussi à d’autres, ca ne pourra pas nuire au cyclisme américain".

Alors quoi d’autre ?

Je vais vous le dire: parce que Lance Armstrong s’emmerde sans le cyclisme, comme Floyd Landis s’emmerde sans le cyclisme, comme Ivan Basso s’emmerde sans le cyclisme et comme Tyler Hamilton s’est emmerdé sans le cyclisme.

Je l’ai toujours dit: ce n’est pas le Tour de France qui a besoin des coureurs pro, ce sont les coureurs pro qui ont besoin du Tour de France.

Pourquoi croyez-vous que tous les suspendus pour dopage de ce monde n’ont qu’une envie, celle de revenir dans le sport dès que possible ? Landis est le dernier abonné à ca, ayant annoncé très récemment lui-aussi son retour à la compétition. On pourrait pourtant croire qu’après avoir été écoeuré par le milieu suite à un contrôle positif et après avoir vu leur réputation salie, ces coureurs n’auraient qu’une envie, celle de quitter ce bordel. Certains le font en apparence, comme Vinokourov (pour combien de temps ?…). Mais pour la vaste majorité, ils n’ont qu’une envie, redevenir coureur au plus vite…

Je suis convaincu que la raison derrière le come-back annoncé de Lance Armstrong, c’est que ce dernier s’ennuie à en mourir de la grande époque, celle ou il trippait avec ses amis – Hincapie, Landis, Hamilton, Chechu Rubiera, Triki Beltran, entre autres – à 45 de moyenne sur les routes du Tour, à faire la loi. Combien de fois Armstrong a-t-il affirmé, ces deux dernières années, regretter ses potes comme Hincapie, comme Bruyneel, cette ambiance du monde de la course professionnelle ou tout est réglé, analysé dans les moindres détails et où vous êtes le centre de l’univers, chouchouté par le personnel d’une équipe cycliste entièrement là pour vous.

De plus, et pour avoir goûté dans ma vie aux joies de la reconnaissance publique – évidemment pas à la même échelle que celle d’un vainqueur du Tour – cette reconnaissance peut devenir extrèmement grisante et on y prend rapidement goût. Personne ne déteste être adulé de millions de personnes. Tout le monde aime entendre son nom scandé sur le bord de la route, dans une ambiance survoltée.

Bref, Lance Armstrong s’ennuie de ne plus pouvoir jouer ce rôle de héros qu’il aime tant. À la retraite, Lance Armstrong n’est plus rien, qu’un homme du passé. Et Lance Armstrong veut être un homme du présent, il veut par dessus tout exister, vibrer, transcander le public et entendre son nom sur toutes les tribunes, sur toutes les lèvres.

Pour moi, c’est la vraie motivation derrière son retour. J’en suis même persuadé. Et en ce sens, Lance Armstrong est un homme que je plains, que je plains de n’avoir aucun autre horizon dans la vie que celui d’être un héros américain sur un vélo. C’est triste, surtout à l’égard de sa famille, de ses enfants qui passeront probablement toujours après le vélo.

"Il n’y a pas que le vélo dans la vie" osait titrer Lance Armstrong pour sa biographie il y a quelques années. Ne vous laissez pas berner: c’est encore un autre mensonge de Lance Armstrong. Pour lui, il y a bel et bien que le vélo dans la vie, rien d’autre.


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