tour de souffrance |
Un grave accident marque la huitième étape du Tour de France
Mothat gagne l'étape. Bottecchia toujours en tête du classement général
Toulon, 6 juillet 1924.
C'est arrivé après La Ciotat. Huot menant le train prend sa roue dans un rail et tombe. Nous venions derrière lui. D'un coup de volant, nous l'évitons. La poussière bouchait la vue à un mètre. Une voiture suivait et traîne Huot. Voilà le fait.
Et voici la cause.
Ce qui eut lieu aujourd'hui, de Perpignan à Toulon, ne fut pas une course, mais un acte de véritable folie populaire.
Cent kilomètres avant Toulon, le Midi amena sur la route la totalité de ses véhicules. Debout dans ces voitures, les gens trépignaient, dansaient et poussaient des hurlements. Plus personne n'avait figure humaine ; ces fous semblaient sortir d'un sac de farine.
Après trois cents kilomètres et la traversée de la Crau à midi, les coureurs tombèrent là-dedans ; c'était pitoyable. Ils étaient projetés, cernés, embouteillés ; la rage dans la gorge, ils criaient :
- Place ! Place ! Attention, par pitié !
- C'est de l'assassinat !
La foule hurlait plus fort. Cette foule était en toilette du dimanche, en habit de toile bleue et jusqu'en caleçon de laine. Il y avait des gens dans des voitures de déménagement, dans des camionnettes commerciales, en side-car, à bicyclette et, si le moment était joyeux, nous dirions qu'on avait sorti jusqu'aux vieux chevaux mécaniques...
Les courses sont l'amusement du public. Il ne faut cependant pas les confondre avec une corrida. Les coureurs ne sont pas des taureaux, il ne doit pas y avoir tentative de mise à mort à la fin du spectacle.
Le prodigieux, c'est que l'accident ne soit arrivé qu'à la septième étape.
Hier, nous signalions qu'un routier, se voyant barré dans une descente par des automobilistes, leur avait crié :
- Bandits ! Bandits !
Huot, ce soir, n'a pu que gémir, le sang à la bouche.
- Oh ! là ! là !
Il est à l'hôpital.
Les coureurs sont exaspérés.
Bellenger, qui ne prononce jamais un mot déplacé, dit tout haut :
- C'est à nous rendre méchants. Si j'avais eu un revolver, j'en tuais un...
Il reste encore sept étapes, des mesures de précaution s'imposent.
Ce sont des prix que l'on a promis à ces garçons, et non des civières.
Le Petit Parisien, 7 juillet 1924
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