7 novembre 2002

Louis Garneau devient fabricant de vélos

Michel Julien

Vent de changement chez Louis Garneau Sports: l'entreprise qui s'est toujours tenue à l'écart de la vente de vélos effectue un virage à 180 degrés. «Tout pour le vélo, sans les vélos» a été le slogan de ce fabricant de matériel sportif (accessoires de vélo, vêtements de ski de fond, de plein air, de vélo, maillots de bain, etc.) depuis la création de son entreprise, en 1983. Voilà que des lignes de bicyclettes pour enfants et adultes, des vélos stationnaires et des tapis roulants d'entraînement ont fait leur apparition dans le catalogue.

Louis Garneau s'est décidé à entrer modestement dans ce nouveau secteur de marché, il y a trois ans, avec des vélos pour enfants. « Depuis toujours, les consommateurs me réclamaient une ligne de vélos, affirme l'homme d'affaires. C'est lorsque que je suis allé acheter une bicyclette pour mon fils que je me suis enfin décidé. Selon le propriétaire d'une boutique spécialisée qui n'offrait plus de vélos pour enfants, les grandes surfaces vendaient ces produits à un prix qu'il ne pouvait concurrencer. »

« Je me suis dit qui si le vélo pour enfants est un segment de marché négligé, il y aurait sans doute de la place pour des bicyclettes avec des formes intéressantes et de jolies couleurs. De plus, le vélo est le premier moyen de transport d'un enfant et une façon d'affirmer sa liberté. On se souvient toujours de son premier vélo! Aussi, je souhaitais que les enfants se rappelle leur premier vélo 'Louis Garneau'! »

Sachant qu'il est irréaliste de concurrencer les grandes surfaces en matière de prix, Louis Garneau est convaincu qu'il est certainement possible d'y arriver en présentant des modèles plus amusants. « J'ai voulu redonner aux marchands spécialisés le goût de vendre des vélos pour enfants », ajoute-t-il.

Plein d'imagination, le designer-entrepreneur a créé des modèles fantaisistes qui pourraient se tailler une place sur le marché. «En coordonnant un casque, un vêtement et un vélo, nous avons proposé un ensemble original qui a trouvé preneur», explique Louis Garneau.

Une ligne de vélos pour adultes s'est ajoutée l'année suivante. « Après le succès de nos vélos pour enfants, la mise en marché de modèles hybrides (N.D.L.R.: croisement du vélo de montagne et du vélo de compétition), des vélos populaires auprès des familles, était une suite logique », déclare-t-il. Le Québec est le plus gros marché pour ce type de vélo au Canada: on y achète environ 70% des vélos hybrides vendus au pays.

« La troisième phase est venue lorsque mon fils William a commencé à faire de la compétition cycliste, raconte l'homme d'affaires. Je ne voulais pas qu'il roule sur un vélo d'un fabricant concurrent ! » Des vélos de performance se sont donc ajoutés au catalogue de l'entreprise.

« Après avoir été réduit à un rôle de second plan derrière le vélo de montagne, le vélo de route fait un retour en force. Les cyclistes redécouvrent le plaisir d'aller vite et loin. De plus, le Québec compte un nombre croissant de pistes cyclables. »

Une passion : le vélo
Comme pour le reste de ses produits, Louis Garneau compte sur l'innovation et l'origina- lité pour aider ses vélos à se tailler une place enviable sur le marché. « Il faut être passionné par ses produits, confie-t-il. Pour bien se positionner sur le marché, il faut toujours faire mieux. »

Sur ce point, le designer a fait ses preuves. Malgré son poste à la tête de l'entreprise, M. Garneau continue de dessiner lui-même plusieurs de ses produits, et des dizaines de brevets - pour casques de vélo, lunettes et vêtements cyclistes - lui ont été accordés.

Selon l'homme d'affaires, le succès appartient aux passionnés. « Ma vie, c'est le vélo, déclare Louis Garneau. J'ai fait de la compétition jusqu'aux Jeux olympiques à Los Angeles, en 1984, j'ai rencontré ma blonde à vélo et je fais des affaires depuis 19 ans dans le domaine cycliste. Mes produits m'intéressent vraiment; ce ne sont pas que des moyens de faire de l'argent. »

Les deux pieds sur terre
Animé par la passion du vélo et des affaires, Louis Garneau n'en est pas moins réaliste. La mise en marché d'une nouvelle ligne de produits représente toujours un certain défi et la création d'une nouvelle chaîne de montage pose un risque encore plus grand.

Louis Garneau a choisi un sous-traitant asiatique pour la fabrication de ses vélos et appareils d'entraînement. « Nous ne pourrions pas être compétitifs si nous les fabriquions sur place, explique l'ex-champion cycliste. L'Asie est à la fine pointe de la technologie et ses prix sont imbattables. Contrairement à ce que bien des entrepreneurs pensent, les Asiatiques sont très rapides en affaires. Ils sont toujours prêts à investir dans les nouvelles technologies, sont disposés à se déplacer et nous donnent souvent une réponse en 24 heures. »

Selon Louis Garneau, la sous-traitance est inévitable dans certains secteurs industriels. « Plus il faut de temps pour fabriquer un produit, plus l'Asie est concurrentielle. Alors, on cherche à fabriquer ici les produits qui demandent moins de temps de fabrication et on sous-traite ceux qui nécessitent beaucoup de temps de main-d'oeuvre. On peut faire de très bonnes affaires sans tout fabriquer soi-même, ajoute-t-il. Après tout, le géant Nike ne fabrique rien, il sous-traite tout et fait un chiffre d'affaires de 15 milliards de dollars ! »

Bien que la sous-traitance nécessite des investissements moins importants que l'installation d'une nouvelle chaîne de montage, il faut tout de même s'attendre à certains frais. « Pour entreposer nos vélos et nos appareils d'exercice, il a fallu acquérir un nouvel entrepôt de 45 000 pieds carrés, affirme Louis Garneau. Heureusement, nous avons pu acheter le bâtiment voisin, inoccupé depuis la fermeture de l'entreprise qui l'habitait. »

Malgré les grandes possibilités des usines asiatiques, l'usine québécoise de Louis Garneau Sports possède un avantage dans son domaine : « Les usines québécoises sont concurrentielles si elles se limitent à ne produire que ce qui est commandé. De cette façon, nous sommes en mesure de livrer le matériel prévu à temps », explique l'entrepreneur.

Pour ce qui est des exportations, il reste prudent : « Il ne faut pas commencer trop gros. Nous allons d'abord nous implanter solidement sur le marché canadien avant d'essayer de pénétrer le marché américain », conclut-il.


nouvelles achat & entretien rouler au Québec hors Québec sécurité course cyclos montagne industrie quoi d'autre ?

une page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

veloptimum.net