3 juillet 2009

"Le retour d'Armstrong rouvre le dossier du doute"

Lorsqu'il a quitté la présidence d'Amaury Sport Organisation (ASO), la société propriétaire du Tour de France, en octobre 2008, Patrice Clerc a dû s'engager à ne pas s'exprimer dans la presse avant le 4 août, soit après l'arrivée de la Grande Boucle. Pour Le Monde, il a accepté de sortir du silence.

Stéphane Mandard

Arrivé à la tête d'ASO après l'affaire Festina, en 1998, Patrice Clerc s'est battu pendant dix ans pour tenter d'imposer une politique antidopage susceptible de restaurer la crédibilité de l'épreuve au prix d'un bras de fer avec l'Union cycliste internationale (UCI).

Alors que le 96e Tour de France s'élance, samedi 4 juillet, de Monaco, son ancien patron estime que " le cyclisme a raté un virage".

Le retour de Lance Armstrong dans le peloton est-il une bonne chose pour le Tour de France et le cyclisme ?
À court terme, sur le plan de la notoriété, c'est plutôt une bonne chose pour la course car on en n'a jamais autant parlé depuis qu'il a annoncé son retour. Mais à moyen et à long terme, ce n'est pas bon pour le vélo. Le retour d'Armstrong rouvre une page trouble de l'histoire du vélo à un moment où le vélo a précisément besoin de retrouver sérénité et crédibilité.

Si vous aviez encore été aux commandes du Tour, vous n'auriez donc pas accepté sa présence sur la Grande Boucle ?
Je suis parti le jour où Lance Armstrong a annoncé son retour à la compétition. Je ne sais pas ce que j'aurais fait. Je peux comprendre la décision des organisateurs : il a gagné sept fois le Tour (de 1999 à 2005), il n'a jamais été sanctionné pour dopage et il tente un come-back comme peu de sportifs en ont réussi. Mais, sur le long terme, on rouvre le dossier du doute, un chapitre que je croyais fermé avec son dernier Tour en 2005. Or le doute, il n'y a rien de pire.

Vous reprochez à Lance Armstrong de ne pas avoir levé ce doute ?
Le président de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), Pierre Bordry, lui a tendu la perche en lui proposant de faire tester de nouveau les échantillons d'urine du Tour 1999 (dont le journal L'Equipe avait révélé en 2005 qu'ils contenaient des traces d'érythropoïétine (EPO)). Lance Armstrong n'a pas voulu. Il s'est enfermé dans ses affirmations en disant en substance "c'est archifaux" alors qu'il s'est sûrement passé des choses. Cette attitude est très américaine. Souvenez-vous de Nixon et du Watergate. Aux Etats-Unis, le parjure est pire que le crime. Si on change d'avis, on est mort. S'il disait " OK, je l'ai fait" après avoir toujours affirmé " je n'ai rien fait", il serait mort.

Au-delà du cas Armstrong, vous n'êtes donc pas très confiant pour l'avenir du cyclisme ?
Je crois que le vélo a raté un virage. Ce n'est pas par un coup de baguette magique qu'on change l'histoire et les comportements. L'AFLD fait un travail remarquable et l'accord passé entre l'agence et l'UCI pour ce Tour va dans le bon sens. Mais la lutte contre le dopage est un combat long et difficile qui nécessite une vigilance de chaque instant.

Or, au regard des dernières affaires (le cas Boonen, les révélations de Bernard Kohl...), j'ai l'impression qu'on a baissé la garde. J'ai la conviction que le cyclisme peut être un grand sport mais seulement s'il sort de ses travers, qui ont éclaté au grand jour en 1998.

En dix ans, il y a eu des avancées et des reculs. Quand on est face à un problème soit on essaie de le cacher, de le contourner ou de le combattre. Cacher a longtemps été la règle d'or. Le contourner, on ne peut pas : ça aurait impliqué de légiférer dans le sens d'une plus grande permissivité. Il n'y a pas d'autre solution que de le combattre ou alors ce sport va connaître une lente plongée vers une décrédibilisation.

Les affaires de dopage qui accompagnent le Tour depuis dix ans n'ont-ils pas déjà largement entamé sa crédibilité sportive ?
Non, car je pense qu'il y a encore une majorité de coureurs qui font leur travail honnêtement et le public le sent. Il suffit de regarder les encouragements qui accompagnaient le grupetto (les coureurs lâchés) lors du dernier Tour.

D'un autre côté, j'ai l'impression que le public s'est accommodé du dopage. Je suis arrivé à ASO le 1er octobre 2000, en plein procès Festina. On avait commandé une étude pour savoir ce qu'en pensait le public. Et en gros, les réponses étaient : " On s'en fout", "Vous nous emmerdez avec vos histoires de dopage", "On ne veut pas savoir, rendez-nous notre Tour avec nos héros"...

Peut-être que le XXIe siècle est prêt à admettre le risque de voir ses champions se faire prendre régulièrement par la patrouille et jeter en pâture au bon peuple et aux médias, mais ce n'est pas un gage de crédibilité.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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