11 août 2008


Portrait de famille de Élise Hofer et de son conjoint Dominique Perras.
photo : André Pichette

(Sur)vivre avec un athlète

Avouez : en regardant le bel Alexandre Despatie, ou encore la jolie brochette de nageuses synchronisées, vous allez sans doute vous mettre à rêver. Et si un jour vos destins se croisaient ? Attention, danger. Vivre avec un athlète, ça n'a rien d'un conte de fées. Désolée.

Silvia Galipeau

Une faim de loup. Des pâtes, de la viande, des légumes. Même trio tous les soirs. Jamais d'alcool. Ni de sorties trop tardives. Des valises qui traînent dans la maison. Un sommeil sacré. Même avec un bébé.

Mais tout cela, ce n'est rien. Le pire, ce sont les hauts, et surtout les bas. « Il y a beaucoup plus de bas que de hauts. C'est pas facile. Tu veux pas voir ton conjoint malheureux. »

Élise Hofer en sait quelque chose. Son conjoint, père de son fils de 1 an (pour lequel il ne s'est « jamais, jamais, jamais » levé la nuit), est Dominique Perras, cycliste québécois sacré champion canadien sur route en 2003. Il ne s'est pas qualifié pour Athènes. « Le plus dur, c'est avant une grosse compétition. Si ça ne se passe pas bien, il a un gros down. Une grosse déprime d'une journée, puis il se concentre sur sa prochaine course. Ça pèse. »

La jeune femme, qui travaille en publicité, est l'une des rares femmes d'athlètes qui ne soit pas elle-même issue du monde du sport.

Pour cause : pas facile de survivre à un athlète, quand on ne connaît pas déjà les exigences de ce mode de vie. « Non, c'est pas facile, parce que le sport est la priorité. C'est pas tout le monde qui va accepter que le sport passe avant. » Daniel Saint-Hilaire est entraîneur d'athlétisme depuis près de 40 ans. Il a connu près de 2000 athlètes, dont Bruny Surin et Nicolas Macrozonaris. S'il n'y a évidemment pas de statistiques officielles sur la question, la grosse majorité des athlètes professionnels qu'il a côtoyés sont célibataires, avance-t-il. Et de tous ceux qui vivent en couple, seuls 10% tiennent le coup. « Quatre-vingt pour cent se séparent. »

Pour se préparer pour les Jeux, certains mettent même un terme à leur relation. « C'est pas un travail de 9 à 5, il faut être concentré 24 heures sur 24. Souvent, cela crée des tensions, explique l'entraîneur, lui-même resté longtemps célibataire. Si t'es bon, t'es hors de chez toi 40 semaines par année. C'est dur pour la vie de couple. »

Souvent, le conjoint (généralement LA conjointe) ne comprend tout simplement pas le rythme de vie de l'athlète. L'entraîneur doit parfois se transformer en thérapeute conjugal. Il se souvient d'un athlète qui lui a un jour demandé de parler à sa copine. « Elle comprend pas, peux-tu lui expliquer ? »

En cas de séparation, les athlètes vivent généralement une «grosse» déprime qui dure maximum... sept jours. Pas une minute de plus. « Comme pour Céline Dion. Si un jour ça va mal avec René, quand elle va chanter, il ne faut pas que cela paraisse. The show must go on. »

Guy Thibault, ex-entraîneur chef de l'équipe nationale de patinage de vitesse courte piste, abonde dans le même sens. « Pour un athlète olympique, chaque minute compte. Chaque minute que tu donnes à quelqu'un, c'est une minute que tu enlèves à ta préparation olympique, à ta médaille. »

Tous les sacrifices que l'athlète est prêt à vivre (le régime strict, les horaires régimentaires), « le conjoint va les subir ».

Alors quoi, mission impossible, vivre une idylle avec un athlète ? « Cela prend quelqu'un de très patient et de très ouvert d'esprit. C'est pas évident, répond Guy Thibault. Parce que c'est sûr que l'athlète fait des sacrifices, mais le conjoint en fait encore plus. »

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Note du webmestre : L'épouse de Dominique Perras et le frère de Dominique ont fait parvenir les messages qui suivent à l'auteur de l'article :

« J’ai lu l’article de ce matin sur notre famille avec beaucoup de déception…

Je reçois énormément de commentaires d’amis et de membres de ma famille qui me demandent si ma vie est si pénible que ça et que j’ai l’air d’une martyre !!! L’article a pris un angle qui ne représente pas du tout la réalité que l’on vit, Dominique & moi. Ceux qui nous connaissent ont été TRÈS surpris.

Je voulais simplement te laisser savoir que notre vie est, bien au contraire, un conte de fée… J’ai un mari extraordinaire qui s’occupe de notre fils parfois plus que moi, avec qui je voyage et vis des expériences de vie intenses. Je ne survis pas aux côtés de Dominique, au contraire, je partage sa passion à fond. »

Elise Hofer

* * * * *

« Bonjour Madame Galipeau,

Nous avons lu votre article intitulé “(Sur)vivre avec un athlète”. Il est dommage que l’article ne réponde qu’à des stéréotypes et à des idées pré-conçues que l’on peut se faire à propos des sportifs.

Dans le cas de Dominique, ce dernier a pris énormément de temps pour s’occuper de son fils alors que la maman retournait au travail, entre autres.

Il aurait été intéressant d’aller plus loin et de montrer comment ces couples arrivent à partager les tâches et à changer leurs horaires en conséquences ou, dans ce cas précis, comment le couple arrive à assouvir sa passion du voyage sous prétexte de courses à l’étranger tout en s’occupant du petit !

J’ai l’impression que cet article brosse un portrait plus pour donner un spectacle que pour donner une information pertinente ! »

François Perras


11 août 2008

Bianelle Legros : l'art de mettre de l'eau dans son vin

Vivre avec un athlète, ça n'est pas un conte de fées. Plutôt un travail d'équipe. C'est ainsi que Bianelle Legros, femme du sprinter olympique Bruny Surin, résume sa vie avec son mari. « Quand on travaille en équipe, des fois, il faut mettre de côté ses objectifs personnels », poursuit-elle, en entrevue au bout du fil.

Silvia Galipeau

Bianelle rencontre Bruny Surin il y a près de 20 ans. À cette époque, elle est à l'université, en administration. Bruni, de son côté, a déjà participé à ses premiers Jeux olympiques (au triple saut, à Séoul), et se concentre désormais sur la course.

Six mois après s'être rencontrés, les amoureux emménagent sous le même toit. Six mois plus tard, ils se fiancent. Dès le début, Bruny est très clair : il veut des enfants. Et pas un ou deux, madame. Quatre. « Mais en fait, dans mon plan de carrière à moi, je n'en voulais pas d'enfants ! Alors on partait de loin ! », commente la principale intéressée en riant. (Elle a finalement deux filles.)

Bianelle veut d'abord finir ses études. Mais une fois son diplôme en poche, elle décroche un boulot pour la Banque Nationale comme directrice adjointe au service à la clientèle. Un vrai job de 9 à 5, difficilement compatible avec l'horaire pour le moins atypique d'un athlète. Dur dur pour le couple.

« C'était très compliqué. Bruny voyageait énormément. » Entre la saison de compétition intérieure, le camp d'entraînement, et les compétitions extérieures, il était parti six mois par année. «Je voyais mon mari six mois sur 12. C'est ça l'athlétisme. »

Les départs sont toujours déchirants. « À chaque fois, c'était des crises de larmes, se souvient-elle. Ça a duré des années. Quand il partait, je trouvais ça tellement dur. Et puis à un moment donné, tu t'habitues. »

Il faut dire que pour sauver son couple, Bianelle met un frein à sa carrière. Exit la Banque, elle s'occupera désormais de l'agenda de son mari. « Il me l'avait demandé plusieurs fois. J'ai toujours dit non. Moi j'ai ma carrière, toi t'as ta carrière », se disait-elle. Mais la réalité a vite fait de la rattraper. « À un moment donné dans la vie, il faut faire des choix. Moi, je voulais un couple qui fonctionne, je voulais finalement des enfants. Alors j'ai mis ma carrière sur hold », explique-t-elle.

Mais elle s'est bien rattrapée. « J'ai voyagé, j'ai vécu trois Jeux olympiques, j'ai une famille équilibrée, mes filles ont vécu plein de choses. »

Parenthèse et le partage des tâches, avec un athlète olympique, ça a l'air de quoi, madame Surin ? « Disons que t'es contente que ta mère puisse t'aider », répond-elle avec humour. Son aînée est née entre deux compétitions; sa cadette, 18 mois plus tard, en pleine saison d'athlétisme. Ça n'était pas vraiment le moment de demander au père de se lever la nuit aux quatre heures.

« Mais moi je m'occupais de ses affaires tout le temps. Je n'ai jamais eu de congé ! Je venais d'accoucher, et je réglais des problèmes de commandites au téléphone sur mon lit d'hôpital ! » Si ça l'a épuisée ? « Oui ... mais c'est ce qu'il fallait faire. »

Depuis que Bruny a pris sa retraite athlétique en 2002, le couple a dû apprendre à se connaître. Vivre au jour le jour. Apprivoiser le quotidien. Comme amants, mais aussi comme parents. De son côté, Bianelle a dû lâcher du lest « et me retirer de certains dossiers ». Quant à Bruny, il a cessé d'être le papa gâteau qu'il avait toujours été. Et à ses filles, « il a dû apprendre à dire no ». Une tâche olympique.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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