
Des yeux nommés Alexandre
Ne cherchez pas le moindre handicap chez le cycliste Alexandre Cloutier. Doté d’une solide carrure, en excellente condition physique, il prendra part néanmoins aux Jeux paralympiques de Pékin.

Cloutier, 34 ans, n’est pas diminué par un handicap. Pourtant, il reçoit son financement du gouvernement. C’est qu’il concourt en tandem servant de pilote à Daniel Chalifour, un non-voyant, qui monte sur la selle arrière. Il vit donc de son sport, étant membre également de l’équipe de cyclisme Volkswagen.
« En vélo, nous sommes les seuls athlètes non handicapés dont la performance est reconnue officiellement. Nous sommes admissibles aux bourses du gouvernement et nous recevons également une médaille quand nous montons sur le podium. On nous considère comme partie intégrante de la performance », dit-il.
Il s’en réjouit, tout en trouvant la situation injuste pour d’autres comme lui qui font la paire avec des athlètes handicapés. « Je pense aux guides en athlétisme, par exemple. Celui qui accompagne un coureur aveugle aux 10 000 mètres doit afficher une condition physique impeccable. »
En paire depuis deux ans
Cloutier, un résident de Saint-Antoine-de-Tilly, pédale avec Chalifour, un gars de Mont-Laurier, depuis deux ans. Le duo multiplie les succès à l’échelle internationale.
Si un pépin mécanique les a limités à la 13e place au championnat du monde, à Bordeaux, en France, ils ont remporté trois médailles d’or aux Jeux panaméricains ouverts de paracyclisme à Cali, en Colombie. « Ce ne sont pas tant les médailles qui nous ont emballés, mais le deuxième meilleur temps mondial que nous avons réussi en poursuite. »
Chalifour et Cloutier se sont rencontrés par la Fédération québécoise de cyclisme.
« Daniel l’a contacté pour avoir de l’information sur les vélos en tandem. Il a été encouragé à s’inscrire à des compétitions. À sa première saison, il a été jumelé à un pilote qui roulait pour s’amuser. Ayant un emploi, il n’affichait pas une grande condition. La deuxième année, la Fédération m’a pressenti, sachant que j’avais couru pendant cinq ans en tandem. Ça a cliqué entre Daniel et moi. Nos qualités physiques se ressemblent. »
Quatre courses
Le duo québécois participera à quatre courses en Chine, deux en piste et deux sur la route. Ils quitteront le 15 août pour se rendre en Australie pour un camp d’entraînement.
Actuellement, Chalifour, 36 ans, s’entraîne chez lui sur un vélo stationnaire et sur la route, aidé par un membre de sa famille. Cloutier reste fidèle à son programme régulier d’entraînement.
Ce dernier ne sait trop à quoi s’attendre à Pékin. « Je n’ai jamais été en Asie. Ces Jeux soulèvent plusieurs interrogations. J’ai hâte de voir les installations et les services que nous recevrons. Je garde un mauvais souvenir des Jeux paralympiques d’Atlanta, où nous mangions dans des tentes et dormions dans des dortoirs. »
Tout le contraire à Sydney. « J’y ai vraiment vécu le feeling des Jeux olympiques. Nous étions traités comme les athlètes qui les ont animés. L’ambiance était tout simplement extraordinaire. On comptait juste moins de journalistes, mais je ne recherche pas la publicité et les grands reportages. »
Un complément
Cloutier a découvert le vélo à 14 ans. Il s’adonnait au patinage de vitesse sur courte piste. « Je cherchais un sport complémentaire, l’été. Mes amis se retrouvaient tous à vélo. J’ai vraiment accroché. Contrairement au patinage, le cyclisme ne me donnait pas de maux de dos. »
Au sein de l’équipe Volkswagen, Cloutier fait un peu de tout : vélodrome, piste, etc.
En septembre, il commencera sa formation pour devenir pompier.
31 juillet 2008

« Je retire un grand plaisir des Jeux paralympiques » - Alexandre Cloutier
Cycliste de compétition, Alexandre Cloutier n’a jamais participé aux Jeux olympiques. Pourtant, il a pris part à plusieurs compétitions nationales et internationales, étant membre de l’équipe Volkswagen depuis une dizaine d’années.
En se rendant à Pékin, il en sera à sa troisième présence aux Jeux paralympiques. Il a vécu ceux d’Atlanta et de Sydney.
« Après l’Australie, j’ai décidé de poursuivre ma carrière en solo et j’ai mis tous les efforts pour me rendre à Athènes. À mes deux premières années, tout a bien fonctionné en compagnie de mon équipier, Martin Gilbert. Nous avons obtenu de bons résultats dans des championnats ainsi qu’en Coupe du monde. »
La sauce s’est gâtée à la troisième année. « Le calibre a considérablement augmenté et nous n’avons pas réussi à nous qualifier. Seules les 12 meilleures équipes au monde se rendaient en Grèce. J’ai pris la décision d’oublier les J.O. ».
Gilbert, plus jeune que Cloutier, a poursuivi sa carrière et se rendra en Chine. De quoi lui faire regretter sa décision ?
« Absolument pas, répond Cloutier. Je retire un grand plaisir des Jeux paralympiques. C’est le trip total pour moi. Je n’éprouve aucun regret. J’ai essayé, mais ça n’a pas fonctionné. Je ne suis pas nostalgique non plus quand je pense au cheminement qui a été le mien. »
Aime
• la menuiserie, l’ébénisterie, les travaux manuels, les sushis, les mets épicés.
N'aime
• la circulation, le vent, le mauvais stress, ceux qui se prennent pour d’autres, le monde en retard.
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