Stéphane Mandard
Un chiffre impressionnant. Depuis 1968, date du premier coureur positif sanctionné, 85 % des vainqueurs du Tour de France ont été impliqués dans des affaires de dopage. Contrôles positifs (l'Américain Floyd Landis), aveux (le Danois Bjarne Riis), poursuites pénales (l'Italien Marco Pantani) : 34 des 40 derniers maillots jaunes ont été rattrapés par le dopage. Ces données sont le résultat d'un travail minutieux de Pierre Ballester, coauteur de L.A. Confidentiel, les secrets de Lance Armstrong (éd. La Martinière, 2004).
85 %, c'est aussi le pourcentage des personnes sondées par l'Institut Sportlab en septembre 2007 qui déclaraient ne plus croire aux résultats des courses cyclistes à cause du dopage. Dans la foulée du Tour 2007, une étude d'opinion a été réalisée à la demande des sponsors de la Grande Boucle, inquiets de savoir si leurs investissements dans l'épreuve en valaient toujours la chandelle. Tempêtes sur le Tour en livre les conclusions : 69 % estiment que tous les cyclistes de haut niveau sont dopés et 55 % déclarent n'avoir "pas du tout envie" de suivre le Tour 2008. Et, quand on demande aux sondés pourquoi ils regardent le Tour à la télévision, la réponse la plus fréquente est "pour les paysages" (22 %). A titre de comparaison, ils ne sont que 8 % à déclarer regarder la Grande Boucle "pour les champions et leurs exploits", deux fois moins que "pour les affaires de dopages" !
Au-delà des chiffres, l'ouvrage de Pierre Ballester révèle que, malgré la multiplication des scandales et la désaffection grandissante du public, le Tour fait encore l'objet de toutes les convoitises. En dix ans, France Télévisions a perdu 1,5 million de téléspectateurs sur ses retransmissions du Tour de France. Mais pas question pour le groupe public de remettre en cause la diffusion de l'épreuve en juillet. "La visite touristique va s'améliorer lors de la programmation du Tour 2008. On va augmenter le nombre de "cartes postales" pendant le direct", répond Daniel Bilalian, le directeur des sports de France Télévisions. Pas question non plus pour les sponsors, en dépit des scandales à répétition, de se désengager.
Depuis l'affaire Festina, en 1998, seuls quatre sponsors d'équipes ont quitté le cyclisme. Et, sur la quarantaine de partenaires que compte chaque année l'organisateur du Tour de France, Amaury Sport Organisation (ASO), sept seulement se sont retirés. "Pour un sponsor, quitter le cyclisme est une belle connerie, estime Gilles Dumas, l'auteur de l'étude d'opinion de septembre 2007. Pour Cofidis, les affaires de dopage (en 2004) ont été formidables parce qu'elles ont fait grimper son taux de notoriété, ce que cette société de crédits venait chercher au départ dans le cyclisme, sans pour autant écorner son image."
Les villes continuent de se battre pour recevoir le Tour. Londres, d'où avait été donné le départ en 2007, aurait récolté 172 millions d'euros de retombées économiques pour une mise de 1,5 million d'euros. "En dépit d'une certaine érosion, le Tour reste une excellente affaire", résume Daniel Bilalian. Une excellente affaire d'abord pour le propriétaire du Tour. De 2003 à 2005, souligne Pierre Ballester, tandis que la crédibilité sportive du Tour s'effondrait, les bénéfices d'ASO ont pratiquement doublé. En 2006, ils s'élevaient à un peu plus de 30 millions d'euros. Une manne financière qui suscite la convoitise de l'Union cycliste internationale (UCI). Le bras de fer vient de déboucher sur une rupture entre l'UCI et ASO qui a annoncé, le 3 juin, que le Tour 2008 ne se courrait plus sous la tutelle de la fédération.
TEMPÊTES SUR LE TOUR de Pierre Ballester. Editions du Rocher, 248 pages, 18 €.
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