

Simon Lambert Lemay, des flandriennes aux ardennaises
En venant en Europe pour la seconde consécutive, Simon pensait participer à la version juniors de la Reine des Classiques. Comme en 2007 pour Guillaume Boivin, ou plus tôt encore avec Charly Vives, il espérait trouver une place dans une formation belge pour découvrir les pavés et le vélodrome qui ont la renommée de l'épreuve roubaisienne. Malheureusement pour lui, cette année, la course qui emprunte les mêmes derniers secteurs pavés entre Orchies et Roubaix que pour les élites faisait partie pour la première fois de la Coupe des Nations. Simon ne pouvait donc la disputer qu'au sein de la sélection canadienne. Promptement il contacta les responsables de l'Association cycliste canadienne et pendant quelques temps il eut l'espoir de retrouver l'Enfer du Nord au sein d'une formation mixte. Il restait à trouver une seconde nation, un dirigeant, un mécano, un véhicule, toute une infrastucture spéciale à l'évènement... Bref, vous l'avez compris, l'espoir pour Simon d'ouvrir la voie à Tom Boonen, O'Grady et autres Backstedt s'envolait.
Il allait largement se consoler en participant le 1er mai dernier à la Flanders Classic, le Tour des Flandres Juniors. Au départ de la ville flamande de Geraadsbergen (bien connu par son célèbre mont qui bien souvent finalise la hiérarchie au Ronde van Vllanderen), Simon retrouvait tous les juniors avec lesquels il court chaque dimanche depuis la fin mars. Depuis un mois qu'il habite ce petit coin des Flandres, il sait maintenant reconnaître chacun de ces gamins qui apprennent à devenir les « flahutes » qui apporteront dans quelques années au public local le spectacle qu'il est venu chercher sur les pentes des « bergs » avoisinants.
Sur la ligne de départ il possède un avantage par rapport à ses trois coéquipiers américains de la Hot Tubes débarqués tout récemment à Bruxelles. Il connaît ses adversaires. Il sait analyser les différents protagonistes des premières tentatives de fuite. Il a appris à se méfier et ne saute plus dans toutes les roues. Il sait sélectionner et de ce fait il économise ses forces pour la suite de l'épreuve. Cela lui sera fort utile et précieux sur un parcours de 127,6 kilomètres empruntant les célèbres monts comme le Bosbeg et se terminant par un circuit local de 10,8 kilomètres à parcourir 5 fois avec à chaque fois une ascension du célèbre mur de Grammont !
Dans un des premiers « berg » de la journée, le champion du Québec juniors du clm sent le bon coup. Il s'échappe avec un Français puis le groupe grossit petit à petit pour monter jusqu'à 12 unités. Encore une fois il a bien senti la course, l'échappée est la bonne, il passera la journée devant et sera soutenu, tout comme les autres, par un public venu très nombreux le long des montées et aux abords de la ligne d'arrivée. Le cyclisme est une religion ici dans les Flandres. « C'était tellement dur, mais je suis tellement content de ma journée » nous confiera-t-il quelques temps après avoir coupé le fil d'arrivée en 8ème position et premier non Belge.
Comme pour imiter le calendrier des pros, Simon a enchaîné le dimanche suivant avec une épreuve inter clubs à Liège. Qui dit Liège dit donc Liège – Bastogne – Liège et ses parcours vallonnés dès que l'on sort de la « cité ardente ». Sur un tel parcours, et compte-tenu de ce qu'il nous avait déclaré, on ne savait pas comment aller évoluer notre homme. Et pourtant, sur une épreuve qui comptait six Grand Prix des Monts, Simon a souvent été devant pour éviter les mauvais coups. En agissant ainsi Simon a franchi les côtes wallonnes avec les meilleurs et a peut-être ainsi perdu quelques forces au moment de la décision finale. Cependant, sa deuxième place dans une course de type « ardennaise », après ses réalisations très correctes en pays flamand, démontrent le caractère de gagneur de l'ancien de l'équipe québécoise André Cycle idCad.
Gageons que les téléphones de Simon et de Dominique Rollin ont dû chauffer dernièrement car le coureur de Longueuil nous avouait la semaine dernière qu'ils se donnaient régulièrement des nouvelles. « Dominique me donne d’excellents conseils et d’expérience de vie, ayant vécu exactement ce que je vis présentement. Il m’a appelé après sa grosse victoire au Tour de Californie, pour partager avec moi son bonheur ». Normal quand on se souvient que le pro de chez Toyota était préparé lors de ses débuts par Pierre Lemay.
Grande évolution donc chez notre junior qui ne faisait que subir la course il y a un peu plus d'un mois et qui impose maintenant son rythme pour influencer l'épreuve. Avec un tel parcours, aussi rapide qu'efficace, le leader de la Hot Tubes ne tardera certainement pas à attirer les recruteurs de tous poils et quand on évoque avec lui une carrière au plus haut niveau, il garde les pieds sur terre en nous avouant : « Bien sûr, je rêve de prendre part au grandes classiques et aux grandes courses, mais je rêve aussi à gagner avant des grosses courses internationales, et devenir champion du monde Junior ». On le voit, le garçon a de la volonté, et jusqu'à maintenant il est dans les traces qu'il s'est fixées : découvrir, apprendre et gagner.
Il me reste maintenant une seule question : qui sera le premier Québécois au départ du Tour de France depuis Pierre Gachon en 1937 ? Une certitude, il ne faudra plus attendre 70 ans maintenant, avec tous les jeunes de la Belle Province qui se profilent à l'horizon soit en Europe soit en Amérique du Nord. Du très bon travail en ces temps difficiles pour le cyclisme, de la part des clubs, des éducateurs, de la FQSC, dans un pays où le cyclisme n'est pas, et de très loin, le plus médiatique.
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