31 mai 2008
L'auto a ralenti à notre hauteur. «Hé les cyclistes, vous devez rouler sur une file !», a lancé sa conductrice.
Michel Thibault
« Roule, ma poule ! », a répliqué le journaliste de Vélo Mag qui pédalait dans mon dos. Toutes les autres voitures nous ont dépassés sans mot dire. L'espace ne manquait pas même si on moulinait côte à côte en jasant. Ce n'est pas tous les jours qu'on a la chance de se promener avec un athlète qui a participé au Tour de France.
Dans le cadre de la Coupe du monde de cyclisme féminin qui amène les meilleures de la discipline à Châteauguay lundi prochain, les journalistes étaient invités à rouler à Mont Saint-Hilaire en compagnie de Thomas Liesel l'autre vendredi. Liesel qui a fait la Grande Boucle en 2003.
Les nuages se sont présentés au rendez-vous avec beaucoup de précipitations mais pas les collègues. Le peloton s'est résumé à un quatuor.
« Avez-vous l'occasion de parler vélo dans votre journal ? », m'a demandé le gars de Vélo Mag. Un sentiment de fierté m'a empli la poitrine. «Certain ! Martin Gilbert et Czeslaw Lukaszewicz habitent Châteauguay et on a plein de courses au programme. »
Czeslaw qui a été quatre fois champion canadien et qui a représenté le pays aux Jeux olympiques d'Athènes. Toujours en selle à 44 ans et encore capable de rivaliser avec les plus forts 20 ans plus jeunes. Martin Gilbert, 25 ans, également champion canadien et espoir olympique.
Ce que cet athlète de Châteauguay a accompli est phénoménal. Il se distingue dans une discipline où la compétition est extrêmement forte sur la scène internationale et qui bénéficie d'un piètre encadrement au Canada : le cyclisme sur piste. C'est comme si un Cubain brillait en patinage de vitesse.
Au Québec, il n'existe aucun vélodrome couvert pour s'entraîner à longueur d'année. Le soutien offert à l'élite cycliste est minime.
Pas mal laissé à lui-même, Martin a quand même réussi à se hisser devant la porte des Jeux de Pékin. Il a contribué à classer le pays en 16e place alors que 15 sont admis au grand-rendez. Il lui reste encore une chance de franchir la ligne. On croise les doigts.
Le gouvernement devrait offrir davantage aux cyclistes de haut niveau parce que, au-delà des médailles, ils sont des modèles pour les autres. Ils transmettent leur passion, produisent un effet d'entraînement précieux à l'heure où bien du monde manque d'exercice.
Sous l'impulsion de Martin, Czeslaw et plusieurs passionnés qui les entourent, le cyclisme connaît un essor fulgurant dans la région. Inexistante il y a cinq ans, la compétition court maintenant ses rues. On a eu le Grand Prix de Sainte-Martine à la fin avril; la classique Robert-Brisson, une série de dix épreuves, a démarré jeudi passé à Mercier; Châteauguay accueille l'élite mondiale du cyclisme féminin lundi prochain et la coupe Fichault mardi.
La plupart de ces épreuves ne sont pas réservées aux champions. Les participants ont jusqu'à 65 ans. Pour la majorité, il s'agit d'un loisir après le travail.
Des gens qui s'entraînent et coursent pour le plaisir. C'est la première motivation. Plusieurs ont commencé par se greffer aux groupes assez forts qui roulent dans la campagne des environs. Ils se sont améliorés. Sont devenus plus rapides et endurants. L'idée de participer à une course commence à leur trotter dans la tête. Ils se lancent. Comme Daniel Bourgeois qui a fait sa toute première course le 22 mai à Mercier. Il a adoré. « Essaye ! Ça se passe chez nous, il faut participer », il m'a encouragé. Quelques autres aussi. Bon ok.
Un effet d'entraînement, je vous dis.
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