30 mai 2008

La route de Pékin passe par Montréal

Alex Wrubleski n'a pas la notoriété de Geneviève Jeanson ou de Lyne Bessette auprès des amoureux du vélo qui ont l'habitude d'assister à la Coupe du monde de cyclisme féminin. Mais cela pourrait bien changer, demain, à l'occasion de la 11e présentation de l'événement sur le parcours du mont Royal.

La cycliste originaire de Regina célébrera son 24e anniversaire le jour de la course, dont le départ aura lieu à midi, en face du parc Jeanne-Mance. Et le plus beau des cadeaux de fête l'attendra selon toute vraisemblance au terme des trois heures et des poussières de l'épreuve : un laissez-passer pour les Jeux olympiques de Pékin.

Wrubleski, qui en sera à sa troisième visite à Montréal, a connu un printemps remarquable dans les épreuves européennes de Coupe du monde. Sixième du Tour de Drenthe (Hollande), quatrième de la Flèche wallonne, quatrième du Tour de Berne : l'ancienne patineuse de vitesse, déjà huitième au Championnat du monde 2007, est en train de prouver qu'il y a une relève aux Jeanson, Bessette et Clara Hughes dans le cyclisme canadien.

« Je n'avais jamais couru en Europe auparavant et j'y ai acquis une expérience qui va me servir pendant longtemps », a dit Wrubleski, hier, en marge de la conférence de presse du comité organisateur de l'épreuve.

« C'était crucial qu'elle aille en Europe, confirme l'entraîneur de l'équipe nationale sur route, Vincent Jourdain. On savait ce qu'elle pouvait accomplir, mais c'était encore fragile. Le voyage lui a permis de prendre confiance dans un peloton international. Tout le gratin mondial était à la Flèche wallonne, qui présente un parcours sélectif et comparable à celui de Pékin. »

Une qualification assurée
Le Canada est présentement 13e au classement de l'Union cycliste internationale en vue des Jeux olympiques. Cela l'assure d'avoir trois athlètes féminines dans l'épreuve sur route des JO (et une dans le contre-la-montre).

Les titulaires des deux premières places seront connues au terme de la course de demain : ce seront celles ayant obtenu les deux meilleurs résultats canadiens en Coupe du monde cette année. En raison de ses deux quatrièmes places, Wrubleski peut sans doute déjà acheter son billet pour la Chine. « Il faudrait que deux Canadiennes fassent mieux que quatrième samedi pour que je perde ma place », explique-t-elle.

Ça ne risque guère d'arriver. Pas avec un peloton bardé cette année encore de quelques-unes des meilleures cyclistes de la planète, dont l'Allemande Judith Arndt, qui trône en tête du classement cumulatif de la Coupe du monde, et l'Italienne Fabiana Luperini, gagnante l'année dernière à Montréal.

Il y a un an, Arndt avait chuté à 300 mètres de l'arrivée, située pour la première fois sur l'avenue du Parc (et non plus en haut de la montée Camilien-Houde, que les coureuses grimperont de nouveau 11 fois cette année). De tels incidents pourraient fort bien se reproduire demain sur le parcours de 10 km. Non seulement plusieurs coureuses joueront-elles leur qualification olympique, mais on annonce de la pluie. Un cocktail potentiellement explosif. « Ça pourrait être hyperdangereux, parce que les athlètes vont vouloir absolument performer », a commenté le président de l'événement, Daniel Manibal.

Vingt-quatrième au Tour de Berne, Erinne Willock, de Victoria, est présentement la mieux placée pour accompagner Wrubleski aux Jeux. La Montréalaise Anne Samplonius, les Ontariennes Susan Palmer-Komar et Leigh Hobson et le vétéran Felicia Gomez sont également sur les rangs, tout comme la toute jeune Julie Beveridge (20 ans), récente gagnante de la classique du mont Hood, aux États-Unis.

Coéquipière de Wrubleski chez Webcor, Willock ne cache pas qu'il risque d'y avoir une course dans la course, demain. « Je vais savoir à tout moment où sont les autres Canadiennes », dit-elle en riant. Willock devrait profiter d'un coup de main de ses coéquipières (qui comprennent aussi deux Américaines). « On va certainement essayer d'aider Erinne le plus possible », a ajouté Wrubleski, revenue de son séjour en Europe avec un très bon français.

Des fonds supplémentaires
Peu importe qui se qualifiera (la troisième coureuse sera choisie à la mi-juin par le comité de haute performance de l'Association cycliste canadienne), l'équipe nationale peut dire merci à Wrubleski. Selon ce qu'a appris La Presse, ses récentes performances en Europe ont convaincu les gestionnaires du programme Vers l'excellence, dirigé par l'ex-olympien Alex Baumann, de débloquer des fonds supplémentaires pour la préparation en vue des Jeux. Au lieu de devoir partir directement pour la Chine, l'équipe participera à une course en Allemagne, du 22 au 27 juillet, avant de passer une dizaine de jours en camp d'acclimatation, au Japon.

Malgré une injection récente de fonds de la part d'Ottawa, Vers l'excellence concentre son aide dans les sports où le Canada a les meilleures chances de gagner une médaille. Un scénario apparemment plausible dans le cas de Wrubleski, que Clara Hughes, qui lui a servi de mentor au cours des dernières années, qualifie de surprise possible (dark horse) à Pékin. En voilà une qu'il faudra suivre de près en cette année où les espoirs de médaille du Canada ne sont pas légion.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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