9 mai 2008
Yvon Blazy
Depuis une semaine, nous voilà en Russie.
Un passage de frontière interminable
Un passage de frontière le jour des Pâques orthodoxes qui s'est déroulé dans le vent et sous la pluie et nous a demandé 5 heures de patience d'un contrôle à l'autre avec en plus des imprimés écrits en russe à remplir sous la pluie ! Malgré nos visas. Le hasard a voulu que je sois le premier à entrer en Russie et donc à avancer ma montre d'une heure en attendant le passage des 120 personnes de l'expédition (un peu moins, car pour diverses raisons 3 membres sont rentrés chez eux). Par rapport à votre heure d'été, nous avons donc 2 heures d'avance et prochainement trois ! Ce soir-là, nous sommes arrivés à plus de 22 heures à l'hôtel après ce long passage et une longue étape difficile vu les conditions météo et la nuit. C'était à Taganrog, patrie de l'écrivain Anton Tchekhov.
Un parcours hyper encadré
En Russie, notre vie de cyclotouristes est complètement chamboulée car nous sommes hyper-encadrés : un agent de liaison qui ne pédale pas, deux agents de liaison en vélo et suivant les circonstances deux ou trois voitures de police qui n'hésitent pas à user (abuser ?) de leur sirène si l'on s'arrête faire une photo ou autre ! Seuls les "arrêts-pipi" et les pauses repas sont acceptés ! Ainsi nous avançons en gros peloton de cent unités et la moyenne n'est pas terrible car nous devons attendre les plus faibles; cela ne déplaît pas tout à fait aux organisateurs qui sont sûrs de ne perdre personne (!) et dont le but (unique ?) est de mener une centaine de personnes à Pékin !
J'ajoute que nous empruntons les grands axes y compris l'autoroute notamment celle qui va vers Moscou que nous avons "frôlé" à 950 km environ ce qui est peu par rapport aux 5000 km que nous avons au compteur depuis Paris. À décharge, il faut dire que le réseau secondaire est peu existant dans ce sud de la Russie ou de mauvaise qualité; on trouve de grands axes qui ne traversent pratiquement jamais de villages lesquels sont desservis par de petites routes rarement goudronnées. Ainsi d'une grande ville à l'autre peu de rencontres à faire : des grandes plaines et des routes droites avec d'amples vallonnements parfois.
Contact avec la population
Je peux dire que je regrette comme bien des cyclos, la traversée de la Hongrie, la Moldavie ou même la Serbie où dans de nombreux villages nous rencontrions beaucoup de villageois enfants ou adultes. Ici, en Russie, il nous reste les réceptions officielles dont les russes ne sont pas avares et j'avoue que je me porte volontiers volontaire pour toutes afin d'avoir une ouverture vers ces populations autre que celle proposée par nos agents de liaison. Ainsi à Rostov-sur-le-Don, nous avons été invités à visiter l'une des 40 académies du sport : véritables fabriques de champions : à Rostov on est fier de nous annoncer 9 champions olympiques, 34 médaillés et 100 sur les 6OO de l'académie participant aux championnats nationaux. On visitera surtout les installations avant d'être reçus à la mairie par les élus qui annonceront aussi champions et héros (en Russie, ce sont les choses les plus annoncées dans la présentation d'une ville ou d'un établissement) et là nous rencontrerons quelques jeunes qui pratiquent bien le français. Le plus extraordinaire ce sont aussi les accueils qui nous sont faits lors de diverses arrivées dans les villes. À Chakty, nous sommes accueillis par élus, population, jeunes cyclos et enfants des écoles devant la mairie en musique et nous avons même droit à la Marseillaise avant l'hymne russe. Impressionnant ! À chaque fois, le pain et le sel (et parfois la vodka) nous sont offerts.
Les cosaques
Le jour du 1er mai, nous entrions en pays cosaque et à quelques kms de Bélaïa- Kalitva devant un monument impressionnant le groupe est accueilli par une délégation officielle de cosaques qui "règnent" sur cette région du fleuve Don. À côté d'une immense croix orthodoxe, un cheval de bronze pleure éternellement la mort de son cavalier mort à ses pieds (cosaque évidemment). Ensuite en délégation nous serons reçus au palais du gouvernement régional où des militaires cosaques "tapissés de médailles nous saluent, nous simples cyclos, comme des "héros". Il est vrai que même si nous n'en sommes pas tout à fait conscient, tous ces peuples, tous ces pays traversés nous considèrent comme des ambassadeurs de la paix entre les peuples non seulement parce que nous allons vers les jeux Olympiques dans le plus pur esprit mais surtout parce qu'en allant de pays en pays en tendant la main à tous nous formons une chaîne d'amitié entre tous les pays que nous traversons et que nous transmettrons aux pays participant aux Jeux.
Volgograd
Dimanche 4 mais nous arrivions à Volgograd ex Stalingrad. Ville chargée d'histoire avec cet épisode de la 2è guerre mondiale qui vit la ville bombardée à 100 % pratiquement. La ville fêtera le 9 (le lendemain de la France où la victoire est fêtée le 8) le 63è anniversaire de la victoire mais nous nous avons été reçus par les autorités sur l'allée des héros et dans notre tenue de cyclos, après avoir posé nos vélos, nous avons eu droit à tous les honneurs. Bien sûr le pain et le sel mais aussi discours puis dépôt par quelques cyclos de fleurs devant la flamme du monument aux héros. Le lendemain, lundi 5, nouvelle réceptions officielle à l'impressionnant musée de la bataille de Stalingrad : l'adjointe du gouverneur de la région et diverses autres personnalités nous ont salué avant la Marseillaise puis remise de cadeaux et nous avons eu droit chacun à une médaille commémorative de notre passage !
À Volgograd, nous avons rencontré la Volga et mardi quand nous l'aurons franchie pour redescendre vers la mer de Crimée nous aurons définitivement quitté tout ce qui pouvait nous rattacher encore à l'Europe !
Dernière bouteille à la mer
Voilà pourquoi à Rostov-sur-le-Don j'ai jeté ma dernière bouteille à la mer. Une bouteille jetée dans l'estuaire de ce grand ffleuve Don que le tsar Pierre le Grand avait fait aménager pour que la flotte russe accède à la mer. ... Comme le fera ma bouteille qui est partie rejoindre la mer d'Azov, la Mer Noire et enfin la Méditerranée cet été, un Ariègeois en vacances à Collioure, Le Cap d'Agde ou Canet, un Lavelanétien pourquoi pas au camping Roudière à Saint Cyprien ou ma petite fille Carla sur la plage de Gruissan trouveront peut-être ma bouteille avec pour seul message : "Je quitte l'Europe, l'Asie est là; bientôt si tout se passe bien j'arriverai à Pékin à la force de mes jarrets puis vite je reviendrai dans nos Pyrénées ariègeoises, au pied de Montségur pour vous parler de cette grande aventure qui pour l'instant se déroule sans problème".
Aventure Postale
Jeter des bouteilles à la mer pour donner des nouvelles, pourquoi pas ? Acte de rêveur ? peut-être... en tout cas moins stressant que de mettre une lettre à la poste en Russie où dans une agence postale (excès de zèle d'une employée ?) il m'a fallu changer mes enveloppes contre des enveloppes officielles, mettre mes cartes postales dans ces mêmes enveloppes et en plus écrire les adresses en cyrillique ! Heureusement, une jeune fille voyant que je ne comprenais rien et en anglais m'a tout expliqué et a pris la situation en mains pour écrire tout cela car malgré mon alphabet cyrillique j'aurais eu beaucoup de peine : comme un enfant du CP qui en début d'année voit l'alphabet et tente d'écrire une page d'écriture sans savoir la lire !
L'aventure a duré fort longtemps alors que la file des usagers s'allongeait et je passe sur les détails car j'ai un 2è retour à cette agence avec notre agent de liaison pour quand même aposer sur les enveloppes une 2è adresse en français pour nos facteurs. Je me demande quand vont arriver ces lettres : avant ou après la bouteille ?
Nous avons-nous de plus en plus de peine à trouver des connexions internet et donc je vous dis à bientôt sans savoir quand sera notre prochain rendez-vous....
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