22 mai 2008

Paris-Pékin à vélo : vie du groupe en Ukraine

Henri Gaulard, membre de la FFCT, répond ici à toutes les questions que vous vous posez sur la vie du groupe et l'aspect technique du parcours de ce Paris-Pékin.

Dimanche 2 Avril: Odessa : repos
Journée de repos. Rendez-vous pour le tour de la ville à pied, il fait chaud. Nous déambulons dans les rues au milieu de très beaux immeubles rénovés ou en cours de rénovation.

Odessa, ville portuaire et riche, autrefois les notables soviétiques y avaient un pied à terre. Quelques vues sur le port, sur la mer Noire et, ce qui pour moi est le symbole d'Odessa, l'escalier. Odessa, c'est Potemkine, c'est la magnifique chanson de Jean Ferrat, c'est le film : Le Cuirassé Potemkine et ses révoltés. L'après-midi, on se repose et on nettoie les vélos. Visite de la gare qui est un magnifique édifice avec colonnes de marbre et coupole peinte. Impressions: Odessa me fait penser à St Pétersbourg en plus petit. Les 8 prochains jours seront durs...

Lundi 21 Avril: Odessa-Nikolaïev: 146 km en 7H15
Après avoir rempli les jerricans d'eau pour la journée, je me prépare au départ qui a lieu à 8h30 derrière la police. Temps superbe, beau ciel bleu et température douce. Nous traversons Odessa et repassons devant l'escalier, l'air de Potemkine me trottera dans la tête une bonne partie de la journée ! À la sortie de la ville, nous nous mettons par groupe, la police nous laisse assez libre.

La route toute droite traverse l'immense plaine garnie de blé et de colza. Une crevaison nous retarde un peu. C'est très agréable, quelques côtes agrémentent le parcours. Nous nous arrêtons pour le pique-nique à Kobleve, il y a de la vigne, du poisson séché avec un bras de mer s'enfonçant dans les terres. L'après-midi, même paysage, très peu d'habitations. À l'arrivée, nous sommes conduits par la police dans un gymnase qui nous accueille pour la nuit, cette nuit, il n'y aura pas de bivouac, les organisateurs s'arrangeant pour nous trouver un hébergement en dur.

Point technique !
Certains demandent des détails techniques alors voici une description de notre vélo pour les amateurs : il est de couleur bleue... avec tout l'équipement nécessaire au cyclotouriste (garde-boue, éclairage), il est équipé de trois plateaux et de 9 pignons à l'arrière. Il pèse 16,17 kg. Nous avons une sacoche à l'arrière plus 2 sacoches à l'avant où nous transportons pique-nique, vêtements de pluie, change pour la journée, pneu, quelques encas.

À l'arrière un sac sur le porte-bagage pour le petit matériel de dépannage et autres. Au guidon une petite sacoche pour l'appareil photo, l'argent, les papiers etc. Le tout pèse bien 25 kilos ce qui change beaucoup de choses et explique en partie la moyenne assez faible.

Mardi 22 Avril: Nikolaïev-Kherson: 78,29 km en 4h28
Le petit-déjeuner est pris, le matériel rangé... cela commence à se rôder. Ce matin, intervention du responsable des écoles solidaires qui fait le point et explique le rôle de chacun. A-t-il réussi à convaincre l'auditoire, c'est moins sûr !

Nous quittons Nikolaïev en groupe complet derrière la police, rien ne presse, l'étape est courte. Les groupes de couleurs se reforment sous la direction bienveillante de la police. L'arrêt pique-nique se fait dans une station-service, au mécontentement de tous, il y avait un village juste avant, de nouveau c'est la grogne et l'incompréhension entre les responsables.

Les derniers kilomètres ressembleront à ce début d'étape, de longues lignes droites, la plaine toujours la plaine et une circulation assez importante, le cyclotourisme est totalement absent. Nous arrivons à Kherson à 14h30, la ville est très verte. Petite promenade : rue piétonne, 2 églises et le port au bord du Dniepr. A 21h00, toujours pas d'eau à l'hôtel... douche à oublier, une fois n'est pas coutume ! Un deuxième abandon est annoncé.

Comment vit le groupe ?
Je fais partie du groupe bleu, nous sommes 21 : 16 hommes et 5 femmes, 20 Français, 1 Danois. Note capitaine est Geneviève, une infirmière de la région stéphanoise et particulièrement dynamique, elle ne se met jamais en colère et sait prendre les bonnes décisions (au début je trouvais qu'on roulait trop vite, je l'ai dit et maintenant c'est mieux). Le groupe est assez homogène du point de vue niveau et les plus forts savent se mettre au niveau de ceux en petite difficulté.

Nous roulons toujours ensemble (ce qui n'est pas le cas de certains groupes où il y a des cyclos partout). Quand nous roulons, Geneviève désigne un régulateur qui donne l'allure et un serre file qui est derrière le groupe pour contrôler ceux qui manquent (arrêt photos, signalement d'incidents mécaniques). Tout ceci s'effectue toujours dans la bonne humeur. Pour l'instant pas d'accrochage !

Mercredi 23 Avril: Kherson-Nova Kakhova: 84 km en 3h56
C'est la plaine avec un vent favorable qui nous pousse à une allure très vive, les kilomètres défilent sans difficultés. Pour le pique-nique, cuisine locale avec beignet à la pomme de terre et vrai café !

Le début de l'après-midi est un vrai plaisir tant le vent est violent et nous pousse sans pédaler à plus de 30 km/heure. Par contre, en obliquant légèrement, nous le prenons de côté et cela nous gêne considérablement, nous faisant faire des embardées et des figures incontrôlées. Petit clin d'œil aux élèves de Montebourg : pour donner suite aux photos du dossier, j'ai photographié un cimetière ukrainien et un marché.

Jeudi 24 Avril : Nova Karkhovka-Mélitopol : 175,06 km en 8h00
Le réveil se fait tôt vu qu'à 5 heures il y en a qui se promènent déjà dans le gymnase avec leurs chaussures cyclistes...

À 8h00, tout le monde est prêt, l'étape sera longue. Il faut s'habiller chaudement, la température étant d'environ 4°C, la veste d'hiver, le bonnet et les gants sont de retour.

La campagne est monotone, des champs à perte de vue, pas de villages, pas de virages... le vent s'est calmé mais il est toujours favorable. Nous trouvons notre lieu de pique-nique : une épicerie sur le point de fermer, nous trouvons là tout ce qu'il faut : un abri, à boire et même des pâtisseries locales.

Nous repartons, il nous reste environ 70 kilomètres : le paysage ne change pas ! Nous atteignons Melitopol après une longue traversée de la banlieue industrielle puis de la ville. Nous couchons à la fac dans le gymnase, on est entassé car c'est petit mais c'est pas plus mal... nous nous tiendrons chaud ! Nous avons fait 175 km sans trop de fatigue et tant pis pour le manque d'attrait touristique, nous avançons dans notre but : atteindre Pékin.

Vendredi 25 Avril : Mélitopol-Berdians'k : 122,47 km en 7h04
La nuit a été assez bonne malgré la promiscuité mais comme hier la nuit s'est arrêtée à 5h00 pour les mêmes raisons que précédemment... Petit déjeuner au restaurant universitaire trop léger, l'organisation le complète.

Vers 8h30, le départ se fait avec le recteur de l'université. Le vent très fort est défavorable. Au bout d'une dizaine de kilomètres, une chute met à terre 3 cyclos de notre groupe, sans gravité heureusement. La vitesse est faible, le vent nous bloque à 15 à l'heure.

Je passe devant le groupe, je n'aime pas être en milieu de peloton, j'estime que c'est encore plus dangereux, je préfère prendre le vent. L'arrêt prévu étant trop loin, on s'arrête à une station service. Au redémarrage, le vent de nord a viré sud-est et comme nous obliquons à gauche, il est moins défavorable.

Nous nous arrêtons au village de Prymors'k, cela rompt avec la monotonie. Il est très joli. Nous continuons avec vue sur la mer à l'arrivée. Jean-François, le chef de l'expédition, intervient pour mettre les points sur les i : il nous répète la déontologie de l'expédition, la solidarité qui doit régner entre nous... je trouve dommage que certains (il y en a peu) ne comprennent toujours pas qu'il faut se serrer les coudes, se respecter et ne pas faire preuve d'égoïsme.

Samedi 26 Avril: Berdians'k-Mariupol: 95,18 km en 5h51
Nous partons à 10h00, ce qui me laisse le temps d'aller faire une promenade en bord de mer, avec la statue de Lénine, des kiosques à musique. L'étape est donnée courte, nous prenons le temps de visiter : arrêt au premier village. La suite de l'étape est assez pénible : vent de face et paysage vallonné. Je mets un peu de terre d'Ukraine dans un tube que je ramènerai en France !

Dans le courant de l'après-midi arrêt dans un commerce où l'épicière fait l'affaire de l'année ! Mariupol baigne dans un nuage de pollution. Nous sommes logés au lycée de l'Alliance française. J'ai mal aux épaules, je consulte les osthéopathes. Les premières douleurs apparaissent mais le moral est toujours bon.

Dimanche 27 Avril: Mariupol-Taganrog: 131,19 km en 8h08
Pas de police ce matin, nous partons sous le ciel gris, vent toujours violent et défavorable. La pluie menaçante ce matin est bien là et s'intensifie. À 12H30: arrivée à la frontière et l'attente commence : 5 heures après nous sommes officiellement en Russie. Quelles palabres pour quitter l'Ukraine : on passe 7 par 7. le passage de la frontière russe sera plus rapide, visa oblige. Décalage horaire : une heure.

C'est groupé et encadré par la police que nous faisons nos premiers kilomètres en Russie. Il est 18h00 et nous n'arriverons qu'à 22h30 à l'hôtel. Ma roue arrière qui n'arrêtait pas de sauter a tenu le choc, c'est déjà ça !

La première journée totalement russe est très décevante : aucun intérêt touristique, police omniprésente et très directive (nous faisant faire des kilomètres en plus) et mauvaise volonté de certains cyclos... Les premières difficultés surgissent, la tension monte, ce soir, c'est un peu la grogne qui prédomine.

Nous avons dépassé le tiers du parcours, des étapes 40 sur 117 et parcouru 4700 kilomètres. Depuis le début, je n'ai pas de temps libre occupant ce temps à mes écrits... je ne m'ennuie pas, je n'ai rien à dire contre l'organisation, au contraire, je la félicite pour le travail effectué, le dévouement, pour que l'on soit bien, ce n'est pas toujours facile.

Je fais partie des 105 privilégiés ayant été retenu pour ce périple et je pense à ceux n'étant pas là, donc pourquoi se plaindre comme le font certains ? Que toute l'équipe de la FFCT soit félicitée, que celle présente sur le parcours le soit aussi et ce pour que notre rêve se réalise. Je suis heureux d'être là même si quelquefois c'est un peu dur à gérer.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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