ÉPO et hockey ne font pas meilleur ménage qu’Érythropoïétine et cyclisme.
François Gagnon
Pourquoi je vous balance ça par la bande ?
Parce qu’en rentrant de 110 %, j’ai passé des heures à me demander si je n’avais pas donner l’impression de vouloir banaliser l’aveu de Maurice Duquette, le médecin qui a « empoisonné » la carrière de Geneviève Jeanson, qui a aussi conseillé des joueurs du Canadien et des Alouettes.
Ces informations aussi surprenantes qu’inattendues ont suivi les différents plaidoyers de culpabilité déposés par Duquette lui-même devant ses pairs du Collège des médecins.
Les joueurs du Canadien, pas plus que ceux des Oiseaux, ont été identifiés.
La seule information qui a glissé stipule que les joueurs du Canadien visés par les confessions du Dr Duquette n’occupent plus le vestiaire du Canadien parce qu’ils ont depuis été échangés à des équipes de l’Association Ouest par le Tricolore.
Cela dit, ils ne sont pas nombreux : Craig Rivet, José Théodore, Mike Ribeiro et Aaron Downey viennent en tête de liste.
Le nom de Sheldon Souray suit immédiatement après, même s’il a été embauché à titre de joueur autonome par les Oilers d’Edmonton l’été dernier.
Le Dr Duquette peut-il faire la différence ?
Est-ce que j’en oublie ?
Parlant de Duquette, on peut scander haut et fort – ses changements de versions des faits devant le Comité de discipline du Collège des médecins le permettent facilement – qu’il soit un fieffé menteur.
Il a nié avoir transformé Jeanson en laboratoire – ce que la jeune femme a nié aussi jusqu’aux larmes – avant que la cycliste le reconnaisse elle-même minant à jamais sa crédibilité.
Mais dans ce cas-ci, qu’aurait-il à gagner de mentir ?
Tant qu’à tomber face contre terre, Duquette est mieux de vider son sac de confidences ne serait-ce que pour amortir sa propre chute.
Y aurait-il des tricheurs dans le vestiaire du Canadien ?
Sans doute. Comme dans les vestiaires de toutes les équipes de la LNH cela dit.
Mais si je me suis montré tendre à l’endroit de l’ÉPO c’est que cette drogue – ce médicament – est normalement prescrite par des orthopédistes – spécialité de Duquette – pour favoriser la guérison de blessures ou d’une greffe.
L’ÉPO augmente la concentration de globule rouge donc l’oxygénation du sang, donc par ricochet et très grossièrement, la capacité du corps de se soigner.
Cette vertu médicale est aussi associée à une autre, qui l’est beaucoup moins, et qui permet à un athlète de pointe déjà en grande forme d’améliorer ses capacités aérobiques.
D’où le drapeau rouge qui doit être levé à la suite des confidences de Maurice Duquette.
Comme on l’a fait dans le monde du cyclisme qui pédalait – et pédale encore ? – dans l’ÉPO, les hormones de croissance et autres stéroïdes, dans les gymnases et partout où des hommes et des femmes sont prêts à tout pour soulever 500 grammes de plus là, pour retrancher quelques dixièmes de secondes ici, ou sauter un brin plus haut ou plus loin là-bas.
Cette révélation prouve qu’il serait temps de faire enquête.
Et ne vous fiez pas aux démentis du Canadien et des autres équipes.
Car ce qui est le plus intéressant dans tout ce rebondissement, c’est d’apprendre que les joueurs du Canadien qui ont consulté Maurice Duquette, l’ont fait dans le dos du Canadien, de ses dirigeants, de ses entraîneurs et surtout de son équipe médicale à commencer par le médecin chef jusqu’aux soigneurs et responsables du conditionnement.
Et ça c’est inquiétant.
Très !
Car cela veut dire que des joueurs, chèrement payés par le Canadien, sont en mesure de jouer dans le dos de leur employeur sur des questions aussi cruciales que leur état de santé.
On ne parle pas ici de gars qui sautent le couvre-feu en enfilant quelques bières de trop. On parle de gars qui jouent carrément avec leur santé et avec leur carrière.
Et si cela arrive à Montréal, c’est bien évident que ça peut arriver ailleurs…
Où ces révélations nous mèneront-elles ?
Pas la moindre idée.
Mais elles doivent être prises très au sérieux et surtout pas balayées du revers de la main comme les révélations de Dave Morissette sur la consommation d’un tas de substances illicites dans les vestiaires de toutes les équipes hockey.
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