Note du webmestre :
Si vous suivez les courses de vélo depuis déjà un bout de temps, vous avez lu quantité d'articles de Simon Drouin, journaliste à La Presse.
Hier Simon n'était pas à la conférence de presse de la FQSC car il travaillait à une autre affectation, que nous raconte ce matin sa collègue Michèle Ouimet.
C'est mon patron qui a eu l'idée. À 16h, hier.
« Michèle, tu vas au Centre Bell ce soir ?
- Es-tu fou, je ne connais rien là-dedans ! »

« Là-dedans », c'est non seulement le hockey, mais aussi toute la culture qui l'entoure, les Go ! Habs ! Go ! hurlés à plein poumons, l'enthousiasme délirant, la foule qui trépigne quand les joueurs du Canadien tricotent autour du but des Flyers.
« Pas le hockey, les gens, la foule qui sort du Centre Bell, la police, a précisé mon patron.
- Bon, d'accord. »
C'est là qu'il a eu une autre idée. Misère !
J'ai rejoint Simon, mon collègue des sports, rue de La Gauchetière, en face du Centre Bell. Il portait un chandail des Flyers. Méchante idée.
Il venait de l'acheter dans une boutique du centre-ville. La vendeuse l'a regardé comme s'il arrivait d'une autre planète.
« Traître ! » lui a-t-elle lancé sur un ton sérieux.
Puis, elle lui a souri. « Dommage que tu sois un loser. »
Je me promenais en arrière de Simon, un carnet à la main. Il s'est fait copieusement huer, mais le ton était bon enfant. Des gars voulaient se faire prendre en photo avec lui. Simon, téméraire, levait les bras en signe de victoire. Les gens riaient, d'autres le regardaient, incrédules.
Une femme a crié, en le montrant du doigt : « Hé ! Il est malade ! »
Un type lui a lancé : « C'est pas ici, Philadelphie ! »
C'est là que j'ai compris que c'étaient les Flyers DE Philadelphie. On en apprend tous les jours.
Plus loin, deux hommes lui ont demandé : « Es-tu complètement soûl ?
- Non, a-t-il répondu.
- Ben nous autres, oui ! »
Il y a eu une seule remarque hostile. Un jeune, avec un mohawk sur la tête, lui a lancé sur un ton sérieux : « T'es chanceux qu'il y ait de la police ! »
Bref, un hit.
Pas comme lundi soir, quand les partisans des Bruins ont été accueillis avec une brique et un fanal. À la sortie du Centre Bell, ceux qui portaient le chandail des Bruins se sont fait brasser. Il y en a même un qui a reçu un coup de poing sur le nez. Un Montréalais, dont le chandail portait l'inscription «Habs Suck», a été pris en chasse par une cinquantaine d'amateurs survoltés qui lui ont lancé de la bière et donné des coups de pied.
Pendant que Simon se promenait avec son chandail et que je trottinais derrière lui, j'ai découvert un univers insoupçonné de fans finis, d'hommes qui se peinturent le visage aux couleurs du Canadien, de musique tonitruante et de filles sexy qui dansent sur une estrade en se dandinant.
Je me sentais comme un australopithèque qui débarque sur la planète hockey.
Autour du Centre Bell, l'atmosphère était tranquille. Rien à voir avec la fébrilité de lundi. Comme si la foule revenait d'une brosse. Elle avait un air fripé de lendemain de veille. La présence de la police était discrète : des policiers sur des chevaux, d'autres sur des bicyclettes ou à pied. Pas d'hélicoptère dans les airs, du moins pas avant le début de la partie.
La foule avait la gueule de bois.
22h. Extérieur du Centre Bell, le Canadien vient de marquer le but gagnant. Les policiers sautent de joie et se tapent dans les mains. Ils courent se coller le nez dans la vitrine d'un restaurant pour voir le but.
La partie est finie. Quelques minutes plus tard, le Centre Bell crache des centaines de spectateurs qui hurlent Go ! Habs ! Go ! Ils aperçoivent Simon avec son chandail des Flyers. Une vingtaine de personnes l'entourent, le prennent par le cou et se mettent à danser en sautant sur place. On jurerait des orangs-outans. L'ambiance est électrique. Un peu trop électrique.
La foule se dirige vers la rue Sainte-Catherine. Les conducteurs klaxonnent, les gens marchent sur le trottoir en criant, le bruit est assourdissant.
Simon continue de se promener avec son chandail honni sur le dos. Un gars l'apostrophe. « Comment on se sent quand on est le seul loser de la place ? »
À chaque coin de rue, une vingtaine de policiers essaient de contenir la foule. Ils sont nerveux. Tout à coup, un homme frappe une femme avec une bouteille de bière au visage. Une demi-douzaine de policiers sautent aussitôt sur lui et tapent dessus à coups de matraque. Sans ménagement.
Je me demande qui est l'australopithèque dans toute cette histoire.
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