21 avril 2008
Yvon Blazy
Odessa : jour de repos
Nous voici donc ce dimanche 20 avril jour de repos à Odessa. Il fait beau et même chaud; ce matin nous avons visité la ville à pied et ce fut un réel plaisir; outre la cathédrale, l'opéra, le ballet, les différents musées (par exemple celui de Pouchkine, écrivain poète mais aussi peintre), cette ville fondée à la fin du XVIIIe siècle présente de jolis immeubles avec beaucoup de charme. Ceci est notamment dû au fait que des architectes de différentes nationalités (français, italiens, etc.) ont apporté leur contribution, ce qui fait la variété des constructions.
Bien sûr, je n'oublierai pas de dire qu'Odessa c'est aussi une belle porte ouverte sur la Mer Noire. À Odessa un grand escalier (près de deux cents marches) descend jusqu'au port : certains se souviennent sans doute du film Potemkine et de ce grand escalier... (je manque de place pour rappeler la célèbre scène dans cet escalier de la poussette qui descend, descend, descend).
J'ai eu le temps ce dimanche matin aussi d'aller me promener au marché d'Odessa : fabuleux ! On y essaye son jean ou son soutien-gorge au milieu des étals de viande, de poissons, de paniers d'osier, de fruits et légumes (presque banal !), ou encore de viande fraîche que l'on débite sur place ! Il me faudrait quatre pages pour raconter et un grand album pour toutes les photos.
Ce dimanche était le jour des rameaux des orthodoxes et dimanche prochain leur jour de Pâques. Dans les rues, au marché, aux abords des églises, les branches couvertes de bourgeons ou de fleurs naissantes, toutes décorées indiquaient que la foi est bien présente en Ukraine. Plusieurs religions (orthodoxe, chrétienne, musulmane, voire juive cohabitent sans problème majeur).
En Ukraine devenue indépendante après l'éclatement du bloc soviétique, on parle encore beaucoup le russe même si bien sûr la langue officielle est l'ukrainien; il faudra une ou deux générations pour inverser le rôle des langues car la langue imposée durant des décennies avait évidemment pris toute sa place ! Un mot encore sur l'écriture : dur dur pour nous de s'y retrouver puisque c'est l'alphabet cyrillique qui est utilisé. À 100 % ? Pratiquement même si l'on peut apercevoir notamment au niveau des publicités, l'émergence de la langue latine. Dans notre (bel) hôtel, les mots casino, bar, restaurant et music-hall sont écrits en langue latine et en français (!)
Une semaine fort éprouvante
Oui, nous profitons en ce jour de repos d'un bel hôtel; il faut l'apprécier après la semaine que nous avons passé et celle qui nous attend : les bivouacs se succèdent parfois avec bonheur, parfois plus difficiles à gérer. Pas de doute, l'aventure commence après un mois de mise en jambe (!).
Par exemple mardi dernier la météo nous a "offert" une rude journée avec des trombes d'eau, du froid et du vent tantôt latéral, tantôt de face, sans oublier l'intense circulation, notamment de poids lourds qui sur des routes roumaines en mauvais état nous aspergeaient, nous frôlaient, bref ne nous faisaient pas de cadeaux. La vigilance était plus que de mise avec des mains engourdies posées sur le guidon et incapables de serrer les freins ! C'était le moment de prier pour ne pas crever une roue, sinon la réparation aurait été difficile. Les cyclos comprendront ! il est vrai qu'en Roumanie, les structures sont en très mauvais état et laissées à l'abandon. L'Europe a fort à faire (mettre la main à la poche en fait !) pour aider ce pays à se remettre à niveau.
La Moldavie
Jeudi, nous sommes entrés en Moldavie. 1 heure 30 pour passer la frontière; cela nous sembla long mais nous avions tort (voir plus loin !). La Moldavie est un petit pays bien pauvre mais la gentillesse de ses habitants n'a d'égal que leur propreté. Des maisons modestes mais toujours bien repeintes avec des jardins bien entretenus.
J'ai eu la chance de rencontrer avec deux collègues un groupe d'élèves parlant français dans le village de Valeni (voir compte-rendu sur le site officiel); nous avons passé une heure avec eux; c'étaient les collégiennes les plus bavardes heureuses de rencontrer "leur" premier Français ! Ce n'était ni un play-boy, ni un jeune, mais elles étaient trop heureuses de parler de la France et de parler français. J'ai pu repartir à condition de promettre de leur envoyer des nouvelles de l'expédition; ce que je ferai avec grand plaisir.
Ce soir-là, nous avons été accueillis dans un petit village de 1500 habitants qui avait mis les petits plats dans les grands. Accueil vraiment émouvant comme des héros que nous ne sommes pas avec bouquets de fleurs et applaudissements; nous avons partagé le pain et le sel et bu leur vin de pays qui avait le goût du vin que le grand-père Guiraud faisait du côté de Cucussac dans le Tarn (non loin de Roquecourbe, pour ceux qui connaissent). Les discours officiels se sont succédés et il y avait notamment un certain André Tchmil, ancien coureur pro vainqueur notamment d'un Paris-Roubaix, actuellement ministre des sports en Moldavie. Que du bonheur de rencontrer cet homme très attachant.
Nous avions prévu de déposer dans ce village plusieurs vélos des écoles solidaires et ce fut un excellent choix. Les enfants ont offert un long spectacle de danse puis un buffet "énôrrme" nous attendait. Après la longue journée avec de longues rampes (certaines à plus de 10 % sur plusieurs km) qui firent mal à bien des mollets, le buffet a été apprécié. Rentrés à la nuit (par une dernière longue grimpette !) au centre de vacances qui nous accueillait, ce fut sac de couchage et dodo !
L'Ukraine
Le lendemain nous quittions la Moldavie, ses jolis paysages et ses gentils habitants pour l'Ukraine. Une étape de plus de 140 km ; après 40 km et quelques bosses, nous voilà à la frontière. Il était 10 heures... Après quelques siestes, pauses casse-croûte et même une séquence entretien du vélo (ce qu'il faut bien sûr penser à faire si l'on veut qu'il ne se vexe pas et vienne avec nous à Pékin !), il est 14 H 30 et nous entrons en Ukraine; il reste 100 km à faire pour atteindre le bivouac ! sans oublier la police qui nous oblige à rouler groupés et sans oublier les crevaisons ou autres qui retardent le groupe des 100 cyclos !
Conclusion, nous arrivons à nuit noire à Tatarburnary où heureusement l'intendance a trouvé un lycée pour nous héberger qui dans des couloirs, qui dans une salle de gym. Un lycée actuel d'Ukraine avec trois robinets, des WC turcs sans chasse d'eau et un mobilier qui nous rappela les lycées des années 50 ou même avant de chez-nous. Evidemment, un soir sans douche après une telle étape; chose qui va nous arriver de plus en plus souvent !
Une aventure riche de rencontres inoubliables
Voilà pourquoi nous apprécions en ce dimanche 20 avril l'hôtel d'Odessa. J'ai encore beaucoup de choses à raconter car notre aventure est une aventure de cyclotourisme qui, pas toujours mais souvent, me permet de freiner, vite sortir l'appareil photo, fixer un paysage, une scène de vie et des portraits de tant de gens étonnés mais toujours heureux de voir des cyclistes aventuriers ou présomptueux (?) qui veulent rejoindre Pékin. De toute façon, même si nous n'y arrivons pas, nous aurons le souvenir de toutes ces rencontres, de tous ces moments et de ces occasions que cela m'aura donné de communiquer avec vous tous qui lirez ces quelques lignes.
À bientôt à tous (en espérant que les moyens techniques nous le permettront encore longtemps sur la route de Pékin)
Clin d'oeil !
Un dernier mot pour les écoles de Vernajoul et Lamartine de Lavelanet qui reprennent l'école ce lundi : bon courage pour bien finir l'année scolaire. Bon courage aussi aux enseignants et surtout à ceux de Lamartine dont je crois savoir qu'ils ont un rude combat à mener (avec les parents, les élus et tous les amis de l'école) pour sauver le poste menacé de fermeture afin de conserver l'excellence d'enseignement qui est pratiquée dans cette école. En tant que DDEN de l'école, bien qu'éloigné de Lavelanet, je suis de tout cœur à vos côtés.
Je pense aussi en ce 20 avril à ma fille aînée à qui je souhaite un bon anniversaire !
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