Corsica, 2 avril 2008

Le « dopage du pauvre » pique le Tour de Corse

Alors que le cyclisme professionnel est régulièrement secoué par des affaires de dopage, on constate que, chez les amateurs, la pratique, plus artisanale, gangrène aussi le milieu. La Corse et son Tour n'y échappent pas non plus.

Marion Galland

Sur le podium, l'homme savoure l'instant. Yoni Beauquis, maillot Jaune sur les épaules, affiche un large sourire. Le coureur de la formation du Vaucluse vient de remporter le Tour de Corse. De cette image que restera-t-il dans les livres d'histoire quand la justice sportive aura fait son oeuvre ? Plus grand-chose. Yoni Beauquis ainsi que le Pyrénéen Franck Parolin, vainqueur des deux premières étapes de la course, Bastia-Calvi et Corte-Porto Vecchio, ont été contrôlés positifs à la cortisone et aux stéroïdes anabolisants. Deux produits abordables à ce niveau.

L'EPO ? Trop cher : 7000 euros par trimestre en moyenne, réservé aux salaires des pros. Le traitement de base du bon amateur, ce sont les corticoïdes. Un moyen d'alléger la douleur, en injection de préférence, plus efficace. Il y a aussi la caféine pour stimuler. Le Lasilix pour maigrir. Les antalgiques pour mieux récupérer. Les amphétamines pour garder le sourire. Un mélange de produits autorisés, détournés ou interdits, qui se fait à la maison, en cuisine, à sa sauce, avec, pour seul conseil médical, les notices de boîtes d'emballage.

L'information officialisée dès le mois de février n'a finalement été dévoilée qu'au début du mois de mars dans les colonnes de Corse-Matin. Un laps de temps relativement long qui s'explique notamment par la lenteur et la lourdeur de la procédure. « Entre l'envoi des échantillons au laboratoire de dépistage du dopage de Châtenay-Malabry et les conclusions de celui-ci sur d'éventuels cas positifs il peut se passer plusieurs semaines », explique Jo Battaglini, médecin conseiller général, responsable du dispositif médical de la course, chargé de mettre en place les contrôles effectués par deux de ses confrères préleveurs d'échantillons.

Le Stanozolol, produit que Franck Parolin aurait consommé, est celui qui avait valu au sprinteur canadien Ben Johnson, l'exclusion des Jeux Olympiques de Séoul en 1988. Alors que Yoann Beauquis aurait décidé dans l'ombre d'arrêter le vélo, Franck Parolin clame son innocence et a décidé de faire appel.

Dominique Bozzi, le directeur du Tour de Corse, a lui aussi appris la nouvelle, il y a seulement quelques jours. « J'ai évidemment été un peu surpris sur le coup, mais cela ne m'a pas affaibli, au contraire je dirai même que c'est presque une victoire pour nous. C'est sûr, je me serais bien passé de cette publicité, mais c'est un mal pour un bien, nous voulons un Tour propre et dorénavant les tricheurs sauront qu'en Corse on ne peut plus faire n'importe quoi. Cela donne à notre course une certaine valeur ajoutée ».

Alors que dans l'antichambre du monde professionnel, les contrôles antidopage sont quasi inexistants, la direction du Tour de Corse avait choisi d'y recourir - une douzaine - et la révélation de cette affaire ne fait que la renforcer dans cette voie. « Je suis en contact avec la Fédération, explique Dominique Bozzi, et nous allons faire en sorte que ces contrôles soient encore plus drastiques. Jusqu'à présent nous nous contentions de tests urinaires, mais à partir de cette année nous allons mettre en place des tests sanguins, qui sont plus efficaces. Et peu importe ce que cela nous coûtera sur le plan financier ».

Pourquoi des amateurs ont-ils pris autant de risques ? La plupart n'ont pas conscience des dangers encourus - troubles rénaux et gastriques, ou, à long terme, hépatites, tumeurs, ruptures d'anévrisme... Pour certains, la simple perspective d'avoir leur nom à la une d'un quotidien régional après la victoire remplace toutes les justifications. Le lundi, au boulot, ce sont eux les rois. L'appât du gain et la perspective d'être remarqué par un directeur sportif d'équipe professionnelle a aussi son rôle. « Je sais de quoi je parle, malheureusement, moi aussi je suis passé par là, et je le regrette, confesse Dominique Bozzi. J'avais dix-huit ans, je venais de quitter la Corse et on m'a presque mis le couteau sous la gorge. Quand on est jeune, on ne pense pas aux conséquences, on pense à son compte en banque et à sa carrière. Mais aujourd'hui, je suis directeur technique régional (DTR) et quand des parents me confient leurs enfants, je veux qu'ils soient sûrs qu'ils sont entre de bonnes mains ». Officiellement, présidents de club et entraîneurs sont tous « contre le dopage ». Pourtant dans les faits, certains préfèrent fermer les yeux, faute de preuves. Le succès du dopage amateur, à l'instar de celui des pros, est en grande partie lié à la loi du silence. Dans ce cas précis, Dominique Bozzi et les organisateurs du Tour de Corse ont clamé haut et fort que pour « éradiquer le dopage il fallait en passer par là. » Reste à espérer que les partenaires de l'épreuve en ont aussi conscience.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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