
L'équipe canadienne Calyon vient de commencer son second séjour en France. Comme en 2007, Bernard Vives et ses hommes avaient choisi la classique Paris-Troyes, qui fêtait cette année sa cinquantième édition. Comme il se doit, un tel anniversaire cela s'arrose et les Dieux, qui ne sont pas toujours cyclistes, n'ont pas oublié de mouiller copieusement cet événement. Comme l'an passé, les conditions climatiques étaient excécrables et un fort vent était prévu sur un parcours tournant dans tous les sens dans cette campagne champenoise.
Dans la voiture qui menait ses coureurs dans la charmante cité médiévale de Provins, Bernard Vives donnait ses dernières consignes alors que les coureurs, inquiets, scrutaient la moindre accalmie côté météo. Dans le parc des coureurs, chacun se réchauffait comme il le pouvait alors que Bernard et son assistant Raphaël Bodin préparaient les vélos au milieu des flaques d'eau... Juste à quelques minutes du départ, le manager réunissait ses troupes dans un escalier, bien au chaud, pour une réunion de dernière minute. « Les gars, comme l'an passé, cela va partir vite, il faut être devant dès le départ pour ne pas se laisser piéger » rappelait-il à ses coureurs, tout en répartissant le rôle de chacun sur cette journée.
Le départ est donné sous la pluie qui redouble juste à ce moment et, comme l'avait prédit Bernard, l'allure est vive, tellement rapide qu'une chûte jette à terre quelques coureurs au bout de 50 mètres de course.
« C'était fou, tout le monde voulait être devant » nous ont déclaré tous les coureurs à l'arrivée. En effet, dans la voiture, le compteur frisait parfois les 60 kilomètres heure ! Dans ces conditions-là la sélection allait se faire par l'arrière et les moins forts, les moins aguérris, ceux qui n'ont pas encore beaucoup de kilomètres au compteur, allaient vite devoir lâcher prise.
À l'avant du peloton, les Calyon ont bien écouté les consignes du boss, « cela va nous permettre de ne pas en perdre tout de suite » me signale Bernard Vives. Hélas, cela ne dure pas longtemps, très vite Radio Tour annonce des attaques, dès le kilomètre 2 c'est parti, le préposé au micro n'arrêtera pas pendant la première heure de course et pourtant le vent et la pluie sont toujours là.
Nous sommes dans la voiture 22, la dernière dans la file des Directeurs Sportifs, nous ne voyons que très loin nos coursiers, nous espérons encore pour eux bien que Bernard reconnaisse qu'ils ont très peu d'entraînement derrière eux. « Après le Tour de Bélize, et compte tenu de la neige chez-nous, ils n'ont que du garage !!! » reconnaît-il.
Soudain, au détour d'un parcours qui tourne dans tous les sens, on croit apercevoir un maillot blanc et noir lâché du peloton. David Bergeron effectivement est lâché. Compte-tenu de la vitesse à l'avant il ne reviendra plus, on le double en lui signalant que la voiture balai est derrière. Le pauvre y passera toute sa journée à rouler à très faible allure derrière ceux qui refuseront de monter dedans et préfèreront terminer à Troyes, largement hors-délai. Très rapidement, il sera rejoint par beaucoup d'autres courreurs ayant préféré « mettre la flèche » alors que nous en doublons beaucoup qui eux montent se mettre au cahud dans les voitures de leurs équipes.
Bernard m'avoue qu'il a peur pour Mathieu Roy car c'est sa première expérience en France et qu'il ne connaît pas les courses de bordures et les évantails. La radio annonce une chûte collective dans le peloton. Comme dernière voiture nous arrivons pour constater que personne de chez-nous a été pris. Ouf ! Il n'y a pas 25 kilomètres que la course est partie et déjà de nombreuses bordures ont cassé le peloton. La radio annonce une échappée de 17, dedans on note 5 « Bretagne Armor Lux », je signale immédiatement à Bernard que c'est la bonne, la course me semble pliée.
Cette attaque a encore plus cassé les groupes de poursuivant. Math Guse, pour qui c'est cette année la première course est lui aussi victime de cette nouvelle cassure. Il monte avec nous en voiture pour se réchauffer. « C'est vraiment quelque chose de courir ici » nous dit-il immédiatement alors que nous rattrapons un petit peloton de 29 coureurs qui s'est regroupé plutôt que de rouler tout seul. Dans ce petit groupe, les plus actifs à l'avant sont le plus souvent les 4 « Blanc et Noir », Mathieu Roy, Maxime et Charly Vives et William Goodfellow. « Ils font leur training » plaisante Math à l'arrière de la voiture alors que la bagarre est forte pour garder sa position. Juste derrière eux, nous pouvons remarquer que les plus expérimentés savent écarter les moins costauds des abris et, à ce petit jeu, les jeunes de Bernard manquent d'expérience. « C'est bien pour cela que nous sommes venus, pour continuer à apprendre » reconnaît mon chauffeur qui se déclare déçu de la prestation de son leader américain que nous avons dû laisser à l'arrière complètement « lessivé ».
Notre petit groupe continue son chemin avec le plus souvent à l'avant les Calyon qui prennent un maximum de vent pour abriter leurs adversaires qui profitent bien évidemment de la situation. La pluie revient. Est-ce elle qui empêcha ce groupe de trouver la bonne route ? Finalement la radio nous apprend qu'un groupe a pris un raccourci. Nous ne croyons pas que cela soit le nôtre, nous voyons toujours des signaleurs et des spectateurs sur le bord de la route. Une voiture de commissaire monte à la hauteur du groupe de nos coureurs et lui signale qu'ils sont mis hors-course pour ne pas avoir emprunté le bon circuit. Bernard se porte à la hauteur de cette commissaire et lui demande des explications. Soudain, des voitures ouvreuses, des motards de la Gendarmerie nous doublent et nous demandent de nous arrêter. Ils en font de même avec nos coureurs qui, transis de froid, regardent passer la course qu'ils vont devoir quitter.
Après le passage des échappées, des poursuivants, du peloton, des voitures suiveuses, notre petit groupe repart pour aller au moins jusqu'au « ravito ». Ils sont trempés, gelés, mais veulent continuer alors qu'en plus de la météo apparaissnt les premières bosses sérieuses du parcours. Un à un, nos Calyon vont rendre les armes. Pour la petite histoire on retiendra que c'est Mathieu et Roy et William Goodfellow qui sont allés le plus loin dans ce groupe sans but.
Dommage, le groupe aurait voulu continer à apprendre, une erreur de parcours ne leur aura pas permis. Une erreur de parcours ou une faute volontaire d'un groupe de coureurs expérimentés ? Charly, qui connaissait le parcours, s'est posé la question à ce carrefour où il pensait devoir tourner mais où les gars qui menaient ce peloton de battus ont emmené tout droit pour prendre un raccourci faisant de ce peloton de battus, un peloton d'avant-garde malgré lui !!!
Une fois dans la voiture, Mathieu Roy tentait une explication : « dès le départ je me disais cela va ralentir, cela va ralentir, mais non, c'était le rythme de l'épreuve » alors que d'autres se disaient « les bordures, il va falloir apprendre cette technique et ne pas se faire éjecter dès le premier coup » et que William concluait par un « c'est une autre planète » très significative.
Ils sont venus pour apprendre, ils ont la volonté d'acquérir un « bagage », on les retrouvera dimanche sur la Toue tourangelle, une épreuve du même rang UCI que Paris-Troyes mais gageons que d'ici là les jeunes de l'équipe de Bernard auront eu à coeur de s'entraîner et de revoir quelques petits réglages. Pour ce faire, certains vont s'aligner sur des kermesses en Belgique et en Belgique justement c'est le pays des bordures ... surtout quand la météo n'est pas de la partie, comme en ce moment dans notre petit coin du vieux continent.
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