29 mars 2008


photo : Rob Jones, The Canadian Cyclist

La place ne tient qu'à un fil

Martin Gilbert devra protéger la qualification du Canada

Le cycliste Martin Gilbert a connu une excellente saison 2007 sur route en décrochant des victoires aux Championnats panaméricains et aux Championnats de critérium des États-Unis. L'athlète de Châteauguay a néanmoins calculé que son rêve olympique passerait par la piste, même s'il savait que la fédération nationale ne l'aiderait pas dans sa démarche.

Après des mois d'efforts, d'incertitude, de joies et de frustrations, Gilbert connaîtra son sort, aujourd'hui, à l'issue de la course à l'américaine (ou Madison) des Championnats du monde sur piste de Manchester, en Angleterre.

Le défi est à la fois simple et compliqué : le duo formé de Gilbert et de l'Albertain Ryan McKenzie doit maintenir le 15e rang mondial pour que le Canada obtienne son ticket en vue des Jeux olympiques de Pékin.

Pour ce faire, Gilbert et McKenzie devront résister aux trois pays qui les suivent au classement : la Nouvelle-Zélande, le Japon et la Corée. « Notre objectif principal est d'obtenir une place pour les Jeux. Pour cette raison, on est prêts à courir de façon plus défensive, a expliqué Gilbert plus tôt cette semaine. On va essayer de marquer les porte-couleurs de la Nouvelle-Zélande, car on sait que ce sont eux les plus forts. »

À sa première sortie sur la piste de Manchester, mercredi, Gilbert a chuté lors de l'épreuve de scratch, absente du programme des JO. Il n'a subi que quelques égratignures. « Je ne me suis pas fait mal, a-t-il assuré dans un courriel. C'est seulement frustrant car que je sais que j'aurais pu bien faire au sprint final. »

Le cycliste de 25 ans croit fermement en ses chances à la Madison. Éric Van den Eynde, entraîneur de l'équipe canadienne à Manchester et coach personnel de Gilbert, est plus prudent. « Sans être pessimiste, j'évalue leurs chances à probablement une sur 10, a-t-il évalué en toute franchise. C'est très difficile. La vitesse moyenne de cette course sera probablement de 56 km/h. Je ne crois pas que le partenaire de Martin (McKenzie) soit en mesure de tenir ce rytheme pendant 50 kilomètres. »

Il faut reconnaître que les pistards canadiens n'ont pas bénéficié de très bonnes conditions de préparation. Il y a d'abord l'éternelle question des infrastructures. Sans vélodrome couvert au pays, il est impossible de s'entraîner sur piste l'hiver. Burnaby en possède un, mais une moto (le derny), essentielle pour recréer le rythme d'une course, ne peut y circuler.

Avant le début de la saison, l'Association cycliste canadienne (ACC) a prévenu Gilbert et ses coéquipiers pistards qu'ils ne recevraient aucune aide. Le processus de qualification - qui impliquait des voyages aux quatre coins de la planète - se ferait selon leurs propres moyens, organisationnels comme financiers.

« Ça n'a aucun bon sens, a affirmé Gilbert, choqué par l'incurie de sa fédération. C'est un manque total de vision. À quoi sert une fédération nationale si ce n'est d'aider ses athlètes à se qualifier pour les Jeux ? Ils disent qu'ils n'ont pas d'argent. S'il n'y a pas d'argent, c'est qu'il y a eu mauvaise gestion. Il y a un manque quelque part. Je ne pense pas que les Cubains, les Chiliens ou les Uruguayens payent pour leur voyage ici. »

Van den Eynde, qui a claqué la porte de l'ACC en octobre 2006, a été rappelé en catastrophe à la demande des rares athlètes qui se sont lancés dans l'aventure. Certes, il est présent à Manchester, mais aucun camp préparatoire n'a été organisé, déplore Gilbert, ancien champion des Mardis de Lachine.

Or il va de soi qu'une épreuve où l'on se relaie à grande vitesse en swinguant son partenaire à la volée (à la main) requiert un entraînement spécifique.

« La dernière Coupe du monde de Copenhague est l'une des meilleures de Martin et Ryan sur le plan athlétique, mais ils ont raté trois relais, a relevé Van den Eynde. Pourquoi ont-ils raté trois relais ? Parce qu'ils pratiquent le jour de la course, à 65 km/h dans le trafic... »

À ce compte, la présence de Gilbert et McKenzie parmi les 18 équipes invitées pour la course à l'américaine est déjà un exploit, soutient Van den Eynde, entraîneur-chef route et piste à la Fédération québécoise des sports cyclistes. Les Australiens, doubles champions olympiques en titre, n'y sont pas parvenus, souligne-t-il.

Si Gilbert parvient à se qualifier pour Pékin, on sait à qui il ne dira pas merci.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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