Denis Trossero
Si les magistrats se dopaient à l'audience, la justice serait-elle plus rapide ? Belle question suggérée hier par cette affaire partie le 30 mars 2004 du bureau de poste d'Auriol. Un colis étiqueté "Eporon injection". Les douanes qui s'en mêlent. Et voilà Jean-Philippe Wagner, le destinataire, un cycliste amateur de 36 ans, pointé du doigt.
Très vite, les gendarmes vont remonter jusqu'à Jean-Sébastien Poletti, 30 ans, le vendeur, installé à Istres, cycliste amateur lui aussi. Parce qu'il n'est pas toujours facile d'accomplir ses rêves, il a voulu écrire l'autre scénario de sa vie. Celui d'un coureur devenu champion, mais qui, pour le procureur Marc Rivet, ne s'est révélé qu'en tricheur professionnel.
Poletti est un touche-à-tout du produit dopant. Il revend pot belge, EPO, testostérone et autres hormones de croissance. Il sera mis en cause dans une autre affaire à Bordeaux. A la barre du tribunal correctionnel de Marseille, il n'a pas formulé hier de regrets spontanés. "Je ne suis plus dans la pression sportive aveuglante, a-t-il seulement lancé. On se cherche des excuses. On se dit que les effets secondaires seront dans 10, 20 ou 30 ans."
Pour le procureur Rivet, c'est "une passion dévoyée", "une logique de performance méprisable" qui l'a dévoré. Et de l'apostropher: "Vous avez utilisé des procédés de dealer." Me Pierre Ceccaldi, l'avocat de Poletti, a cependant décrit un homme qui "n'a pas tergiversé" face à la justice, rappelant que le premier Tour de France avait connu sa première tricherie. Poletti a écopé de 18 mois avec sursis, Wagner de 9mois avec sursis.
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